centre-val de loireNon-mixité : à Tours, la marche contre les LGBTphobies annulée à cause des menaces

Par Nicolas Scheffer le 12/05/2021
Touraine

L'extrême droite et la droite locale reprochent au Centre LGBTI de Touraine d'avoir voulu organiser un cortège en non-mixité lors d'une marche contre les LGBTphobies prévue samedi.

Ce samedi, soit deux jours avant la journée internationale du 17 mai, le Centre LGBTI de Touraine avait prévu une marche contre les LGBTIphobies à Tours. Las, celle-ci a dû être annulée ce mercredi 12 mai à la suite d'une nouvelle polémique lancée par l'extrême droite sur la non-mixité.

La manifestation prévoyait en effet qu'une partie du cortège serait non-mixte. Le compte Instagram du Centre a ainsi partagé une story d'un collectif anti-raciste partenaire, où l'on pouvait lire cet avertissement : "La non-mixité n’est en aucun cas négociable et toute personne blanche qui essaiera de s’incruster dans ce cortège se fera cordialement (ou non) dégager". Et de développer : "On ne sera sûrement pas 10.000 mais c'est pas l'important. Même si on est que trois dans ce cortège, ce qui compte c'est qu'on soit ensemble (...) pour prendre la place qu'on mérite et se soutenir dans cette double lutte contre les LGBTphobies et le racisme".

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Un post rapidement supprimé, ce qui n'a pas empêché l'extrême droite de le relever avec l'obsessionnelle indignation qu'on lui connaît sur le sujet. Engendrant une telle tempête que ce mercredi en fin de matinée, le Centre LGBT s'est résolu à annoncer l'annulation de la marche : "Le Centre LGBTI de Touraine a pris la décision d’annuler la marche prévue ce 15 mai 2021, en l’honneur de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, devant les menaces et les risques encourus pour l’association mais aussi pour toutes les personnes qui souhaitaient s’y rendre".

Le maire de Tours évoque des "menaces de mort"

Dès mardi, le site identitaire fdesouche en avait fait un billet relevant : "Le maire écolo de Tours valide le fait que des 'personnes racisées ne se sentent pas à l’aise' pour marcher avec des Blancs".  Sur la brèche également, Valeur actuelles reproche de son côté aux militants LGBT+ de "renforcer un clivage déjà bien prégnant à Tours car en janvier dernier, le centre-ville avait été le lieu de l’opposition entre les cortèges pro et anti-PMA". Le magazine de la droite extrême oublie de préciser que ce jour-là, le drapeau arc-en-ciel qui ornait l'hôtel de ville avait été volé et découpé en lambeaux, comme le rappelle Infos Tours. Evidemment, la chaîne CNews a embrayé sur ses petits camarades.

Conséquence de ces cries d'orfraies : le Centre LGBTI de Touraine a rapidement croulé sous les réactions et même des menaces, rapporte Johan Yagger, co-président du centre LGBTI de Touraine, à France 3. Sur Twitter, le maire EELV de Tours, Emmanuel Denis, a dénoncé "les menaces de mort dont [le Centre] est l'objet", lui renouvelant sa "confiance (…) face à la polémique instrumentalisée par l'extrême droite".

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Le Centre LBGT de Tours s'explique

"Nous avons reçu immédiatement beaucoup de messages. Certains étaient menaçants, d’autres se posaient des questions., confirme l'association toujours à France 3 Centre-Val de Loire. C’est pourquoi nous avons tenu à clarifier la situation". Un nouveau post a ainsi été publié sur les réseaux sociaux pour préciser que "toutes les personnes qui le souhaitent peuvent venir à la manifestation et marquer leur engagement dans la lutte contre les LGBTIphobies !".

Le Centre a par ailleurs pris le temps d'expliquer à nouveau le sens d'une zone en non-mixité : "Certaines personnes racisées ne se sentent pas à l’aise dans des cortèges mixtes et ont demandé une zone non-mixte dans laquelle iels se sentirons plus à l'aise. Nous l'avons donc mis en place. À nouveau, aucun contrôle ne sera réalisé et nous comptons sur la conscience de chacun·e. Des bénévoles seront présent·e·s pour expliquer cette organisation et fournir de la documentation !". L'interassociative rappelle d'ailleurs que "cette initiative n'est pas nouvelle et a déjà été mise en place par et pour des personnes trans à Paris lors de la marche pour la journée de visibilité lesbienne par exemple !".

La non-mixité "pas nouvelle"

Ancien militant actif au Centre LGBTI de Tours, Sébastien Tüller rappelle également que "les pratiques militantes de non-mixité, tout comme les mesures spéciales qualifiées de 'discrimination positive', sont simplement des moyens temporaires permettant de corriger les effets de précédentes discriminations pour atteindre un modèle de société fondé sur l'égalité". Et d'ajouter : "Ces 'mesures spéciales' sont d'ailleurs directement prévues dans la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (article 1.4). Non, les mesures visant à corriger les conséquences d’une discrimination antérieure, ne peuvent pas être considérées comme discriminatoires". Cette Convention internationale a été adoptée en 1965.

Dans son communiqué annonçant finalement l'annulation de la manifestation prévue samedi, le Centre martèle : "Nous tenons à réaffirmer nos valeurs de lutte contre toutes les discriminations dans la non-violence, la bienveillance et la sensibilisation. Il n’a jamais été question d’organiser une manifestation non-mixte et encore moins violente".

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Crédit photo : Jasmin Sessler / Unsplash