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« En l’état, la PMA pour toutes ne nous convient pas » : pourquoi les lesbiennes manifestent ce dimanche

Le collectif Collages lesbiens appelle à manifester à Paris ce dimanche. Elles réclament des améliorations au projet de loi bioéthique, qui ouvre la PMA à toutes les femmes.

"Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable". Cette phrase ne vient pas d'une association de lutte pour l'avancée de droits des lesbiennes. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle a bien été prononcée par Emmanuel Macron en février 2017. Quatre ans plus tard, la promesse d'ouvrir la PMA aux couples de femmes n'a toujours pas été honorée. Maintes fois repoussé, le vote définitif de la PMA pour toutes est promis pour l'été - soit dans un mois jour pour jour alors qu'il n'est toujours pas inscrit à l'agenda parlementaire.

Les couples de femmes n'en peuvent plus d'attendre ce projet de loi qui s'annonce décevant. Alors, elles veulent se faire entendre. Ce dimanche 25 avril, la veille de la journée de visibilité lesbienne, une marche aura lieu dans les rues de Paris. Organisée par la coordination des Collages lesbiens, elle mettra spécifiquement en avant les revendications des lesbiennes. Et elles n'en manquent pas, explique Collages lesbiens. Entretien.

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Pourquoi manifestez-vous ce dimanche 25 avril ?

Nous devons le faire car les droits des femmes lesbiennes ne sont pas pris en compte. Dans un contexte de pandémie, c'est difficile de faire entendre nos revendications. La situation des Fiertés est très compliquée mais plusieurs collectifs tentent de faire exister de moment militant. D'autant qu'en ce moment, la situation de la communauté LGBTI est particulièrement pesante avec la pandémie.

Vous vous revendiquez des Dyke March, qu'est-ce que c'est ? 

C'est un événement lesbien lancé en marge des marches des Fiertés. Une Dyke March permet de porter des revendications spécifiquement lesbiennes. La première Dyke March a eu lieu en 1981 au Canada. C'est un mouvement qui a rapidement essaimé en Europe car au sein de la communauté LGBTI, les questions lesbiennes ne sont pas toujours mises en avant. On a besoin d'avoir un moment où la parole lesbienne puisse être portée en priorité. Ce dimanche, la marche sera ouverte par un cortège en non-mixité mais les allié·e·s sont bien évidemment invités à faire entendre massivement nos revendications dans la rue.

Quelles sont ces revendications ?

Elles concernent principalement la PMA. Le projet de loi actuel ne nous convient pas en l'état. On revendique une PMA gratuite, remboursée pour tous et toutes et sans condition. On veut le droit d'avoir recours à certaines méthodes, notamment la ROPA (où l'une des deux mères fait don d'un ovocyte, et l'autre porte l'enfant, ndlr). Nous demandons également que les personnes trans puissent conserver leur gamètes pour avoir recours à une PMA. On veut avoir le libre choix de l'appariement (qui oblige au couple de trouver un donneur qui possède les mêmes caractéristiques physique, ndlr), notamment pour les personnes racisées. Nous souhaitons qu'une communication soit faite pour appeler au don de gamètes pour que les personnes racisées puissent éviter un mixage forcé. Et plus généralement, nous voulons mettre en avant l'existence lesbienne, le génie lesbien.

Le projet de loi bioéthique accuse beaucoup de retard. Comment le comprenez-vous ?

La bioéthique n'est pas une priorité du gouvernement, qu'il l'assume ! Le gouvernement actuel cherche à satisfaire l'électorat de droite en vue de 2022. Il pense que c'est celui-là qui sera à même de soutenir une potentielle réélection. Certes, la crise sanitaire rend les choses plus difficiles. Mais lorsqu'il s'agit de faire voter la loi sur la Sécurité globale, le gouvernement peut accélérer les choses. Ce gouvernement a des priorités qui ne sont pas les nôtres. On espère que le projet de loi sera voté cet été comme le promet le gouvernement, mais de base, le projet ne nous convient pas.

Vous parlez également de lutter contre la "lesbophobie d'État". Comment se manifeste-t-elle ?

Dans son dernier rapport, SOS homophobie rapporte environ 300 cas spécifiquement lesbophobes. On sait que dans la réalité, c'est encore pire. Le gouvernement connaît ces actes lesbophobes, mais rien ne se passe. Cela fait quatre ans que des choses sont annoncées mais qu'on ne voit rien. On laisse la Manif pour tous défiler dans des rues quand dans le même temps, des lesbiennes se font refuser des logements, des emplois, à cause de leur orientation. L'État ne fait rien, alors qu'on alerte depuis des années. On doit construire un rapport de force, il n'y a que comme ça qu'on peut faire avancer les choses.

Pourquoi ouvrir le cortège en non-mixité ?

C'est un l'héritage des marches lesbiennes. Cela répond à un besoin des lesbiennes de marcher côte à côte. Nous faisons une marche lesbienne avant d'être une marche pour la PMA. On est lesbiennes et on défend la PMA pour toutes, et non pas l'inverse.

 

 

Crédit photo : Wikimedia Commons / Olivier Hoffschir


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