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bande dessinéeCamille, auteur du TRANScripteur sur Insta : "J’essaie de montrer le quotidien, sans drama"

Par Laure Dasinières le 25/06/2021
Dessin Camille du Transcripteur

Depuis le 15 avril dernier, Camille raconte sur Instagram sa transition FTM au travail, sous la forme d’une bande dessinée. Du coming out (ou plutôt des coming out successifs) à sa mue, il raconte son quotidien avec humour et tendresse. Rencontre.

Peux-tu te présenter ? 

Je m’appelle Camille, et mon pseudo, sur Instagram, c’est le TRANScripteur. J’ai 29 ans, j’habite dans le Sud et, comme on le voit dans la BD, je vis en couple depuis 11 ans avec mon compagnon. Je travaille dans un service de transcription et d'adaptation de documents pour des enfants en situation de handicap et des personnes malvoyantes. J’ai fait mon coming out trans au travail en septembre, au moment de la rentrée. J’ai une formation en arts appliqués, et j’ai travaillé cinq ans comme graphiste et illustrateur indépendant avant d'obtenir mon poste à la transcription.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ce compte Instagram ?

J’ai trouvé que certaines situations de mon quotidien étaient soit cocasses soit énervantes ou frustrantes, et je les mettais par écrit en me disant qu'un jour ça me ferait rire, ou sourire. Et puis je me suis dit que les raconter sous forme de dessins serait un bon souvenir pour plus tard. Je ne me suis lancé que maintenant parce que je ressens moins de colère et moins de frustration par rapport au début de mon coming out. J’ai un peu plus de recul et je pense que cela permet d’écrire des choses moins dures ou moins salées.

"J’ai envie de retranscrire ce que j'ai vécu sans tomber dans la haine ou le mépris"

Le recul que j’ai sur la situation me permet sans doute d’aborder les choses avec plus de tendresse. Si je l’avais fait six mois plus tôt, je pense que ça n'aurait pas été le même genre de dessin et d’expression. Là, j’ai envie de retranscrire des anecdotes ou des situations que j’ai vécues sans que cela tombe dans la haine ou le mépris. Je ne voulais pas que les gens qui lisent trouvent antipathiques ou jugent les personnes autour de moi.

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Pourquoi avoir choisi de présenter des personnages aux traits animaux ?

Pour moi, c’est plus sympa de dessiner des animaux, d’utiliser leurs traits, par exemple la queue, les poils … pour retranscrire leurs émotions. C’est plus facile de transmettre des sentiments avec eux plutôt qu’en dessinant des humains. On s’attache davantage aux personnages aussi. Et puis il y a la question de l’anonymat : je n’avais pas envie que l’on puisse reconnaître les personnes.

Camille, Transcripteur
crédit : Camille, publié sur l'Instagram TRANScripteur

Il y a quelque chose de très tendre, de très beau, de très positif dans ton travail…

Peut-être que je fais passer ce message malgré moi. Il faut bien l’admettre, j’ai quand même beaucoup de chance et j’ai conscience que ce n'est pas le cas de tout le monde. Je suis vraiment bien accompagné, que ce soit par mon compagnon, au quotidien, par ma famille – qui habite loin mais qui malgré tout a été très compréhensive et très soutenante – ou par la famille de mon compagnon, très présente, et par mes amis… Je n’ai eu aucun souci !

Et, même si ça a été très dur de faire l’effort d’en parler, d'appeler les gens, etc., même s’il ont pu être maladroits… il n’y a pas eu de jugement, pas de rejet, pas de mots durs, mais plutôt des mots drôles. Comme il ne m’est arrivé que du positif, je pense faire passer du positif. J’essaie de montrer le quotidien, sans drama, même si je pointe certains moments éprouvants. La vie suit son cours, même si cela prend du temps.

Au travail, s'il y a des gens qui comprennent direct, d’autres, malgré leur bonne volonté, ont un peu de mal. Beaucoup ont plus de cinquante ans. Aujourd’hui, c’est plus facile, car le traitement hormonal commence vraiment à induire des changements. Les personnes malvoyantes entendaient les variations de ma voix, la mue, alors que je ne l’entendais pas encore.

"Dans les médias, il y a trop peu de représentations d’adultes trans épanouis"

Penses-tu qu’il y a un changement de mentalité sur la transidentité ?

J’ai l’impression d’une situation à double tranchant. Il y a de plus en plus de reportages dans les médias, de témoignages… C’est super pour la visibilité car les gens sont au courant, ils savent que ça existe. Mais, ce qui me pose problème, c’est la façon dont c’est montré, beaucoup dans le drame.

On montre aussi beaucoup d’enfants et de jeunes ; on a souvent le point de vue des parents, des médecins et du cadre scolaire. C’est sûr que ça existe, mais ça donne l’impression d'un "phénomène nouveau". Dans les médias, il y a trop peu de représentations d’adultes trans épanouis, de gens qui vivent leur vie, tout simplement, et ça manque. On voit cela dans le témoignage d’Ocean, et ça fait du bien.

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Camille Transcripteur
crédit : Camille, publié sur l'Instagram TRANScripteur

Qu’est-ce que tu nous prépares pour la suite ?

J’ai encore beaucoup de choses à raconter. Je vais aborder le thème des médias, les soucis de santé que j’ai eus et l’arrivée de nouveaux collègues. Et, quand je n’aurai plus rien à raconter sur la sphère professionnelle, peut-être que je raconterai des choses sur la sphère privée. Je ne sais pas. Au début, je faisais ça sans mon coin, et ça a pris un peu d’ampleur… Je ne suis pas fermé à l’idée d’un format livre ! Je lancerai peut-être une campagne de financement.

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