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Violences policières à la Pride d’Istanbul : Amnesty dénonce la politique anti-LGBT d’Erdogan

Gay Pride d'Istanbul, 2021

La Pride d'Istanbul, en Turquie, a été violemment réprimée samedi par les forces de l'ordre. La Marche des fiertés avait été interdite pour la septième année consécutive par le régime d'Erdogan.

Cette année encore, la Marche des fiertés d'Istanbul tourne au désastre. Ce samedi 26 juin, en même temps que la Pride de Paris, les forces de l'ordre turques ont violemment interpelé des militants LGBTQI+ qui marchaient pour affirmer leur "existence". Profitant de l'interdiction de l'événement pour la septième année consécutive, la police les a battus en pleine rue, dénonce l'association locale KAOS GL, avant de les disperser au détour d'une rue de Taksim, quartier central de la ville.

"Nous ne sommes pas silencieux, nous n'avons pas peur"

"Nous ne sommes pas silencieux, nous n'avons pas peur, nous n'obéissons pas", ont scandé les participant·es en réponse à cette violence. Une vingtaine de personnes ont été arrêtées, dont des bénévoles du comité de la semaine de la fierté LGBTQI+. L'Agence France-Presse rapporte par ailleurs que son photographe sur place, Bülent Kılıç, a également "été interpellé par les forces de l'ordre lorsqu'il couvrait la dispersion de la marche des fiertés d'Istanbul interdite par les autorités, selon des témoins et des défenseurs de la liberté de la presse". L'arrestation a en effet été filmée par des témoins.

Depuis que la Pride de 2014, qui avait rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans les rues d'Istanbul, a tourné à la manifestation anti-Erdogan, celui-ci, entretemps élu président, a toujours interdit la réédition d'une marche LGBTQI+. "Tout rassemblement en faveur des personnes LGBT est interdit malgré une décision de la Cour d’appel d’Ankara", nous confirme Sébastien Tüller, d'Amnesty International. En effet, la Cour d'appel administrative d’Ankara avait bien levé l'interdiction totale de tous les événements queers, imposée dans le cadre de l’état d’urgence instauré après la tentative de coup d'État de juillet 2016 et qui n'avait plus lieu d'être.

Alors pourquoi les Prides sont-elles toujours interdites ? Le motif invoqué est le trouble à l'ordre public. Sébastien Tüller relève qu'"on ne sait pas si c’est le simple fait de parler des personnes LGBTI qui créerait un trouble ou alors, si c’est la non-acceptation des personnes LGBTI qui créerait des violences"… Dans les deux cas, souligne le militant des droits LGBTQI+, cette justification ne tient pas debout  :"Au lieu de faire leur devoir de protection et d’encadrement des personnes qui expriment leur liberté de manifester, on en vient à réprimer ces personnes avec violence." 

"Détérioration générale des droits humains en Turquie"

Une répression en accord avec la ligne du président Recep Tayyip Erdogan. "Cette interdiction est une indication assez symbolique de la détérioration générale des droits humains en Turquie et de l’attitude discriminatoire des autorités envers les personnes LGBTI", relève encore Sébastien Tüller, qui dénonce une rhétorique systématiquement homophobe et transphobe du pouvoir, influençant significativement l'opinion publique.

Une prise de position notamment visible dans les débats autour de la Convention d'Istanbul sur les violences faites aux femmes. Un décret présidentiel avait annoncé le 20 mars dernier la décision du pays de s'en retirer. Or, rappelle Sébastien Tüller, l'un des motifs mis en avant par le gouvernement était alors "l’idée que cette convention servirait à normaliser l’homosexualité". 

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Amnesty alerte sur la situation des droits humains en Turquie, de plus en plus préoccupante. Le 16 juillet prochain se tiendra justement le procès des 18 étudiants poursuivis en justice pour avoir participé à une Marche des fiertés à Ankara. En 2019, malgré l'interdiction, ils s’étaient rassemblés sur leur campus et risquent pour cela trois ans de prison. Sébastien Tüller pointe que "c'est vraiment une décision politique d’intimider, de censurer, de museler les personnes qui se mobilisent pour les droits des personnes LGBTI".

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Crédit photo : capture d'écran Twitter/@khandabani & @istanbulpride


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