cinémaQueer Cannes, le bilan : "Titane", "La Fracture"... les films queer en force !

Par Franck Finance-Madureira le 18/07/2021
Cannes

Chaque jour, TÊTU revient sur les films et les personnalités queers qui font le festival de Cannes. Entre une palme d'or à "Titane" et une Queer Palm acclamée, l'édition 2021 s'est avérée beaucoup plus rainbow que prévu.

« La monstruosité qui fait peur à certains et qui traverse mon travail, c’est une arme et c’est une force pour faire repousser les murs de la normativité qui nous enferment et qui nous séparent. Parce qu’il y a tant de beauté, d’émotion et de liberté à trouver dans ce qu’on ne peut pas mettre dans une case et dans ce qui reste à découvrir de nous, et je voulais remercier infiniment le jury de reconnaître, avec ce prix, le besoin avide et viscéral qu’on a d’un monde plus inclusif et plus fluide… », c’est avec ces mots que Julia Ducournau a remercié le jury dirigé par Spike Lee de cette palme d’or historique pour Titane.

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Les jurés ont osé remettre ce prix à une jeune femme (la deuxième de l’histoire du festival après Jane Campion pour La Leçon de Piano en 1993, ex-aequo avec Chen Kaige pour Adieu ma concubine !) qui s’attaque au film de genre pour créer une œuvre pop, d’une modernité folle, fondamentalement queer et transgressive qui bouscule tous les codes.

Queer Palm pour "La Fracture"

Côté Queer Palm, c’est un film de combat(s), un film à l’énergie dingue qui a été récompensé. Le jury de Nicolas Maury a choisi d’honorer le film de Catherine Corsini, La Fracture. Ce quasi huis-clos en hôpital porte en lui tous les maux de la société et met en scène, sur un rythme fou qui oscille entre comédie et drame, un couple lesbien avec enfant comme très rarement vu au cinéma et sans que cela ne soit un sujet. Catherine Corsini, a reçu le prix avec sa productrice et compagne Elisabeth Perez :

« Je suis très émue parce que le film raconte un peu de notre histoire, j’ai eu deux interprètes merveilleuses, Marina Foïs qui joue Elisabeth et moi je me suis pris Valeria ! Je suis heureuse parce que j’ai pendant longtemps été une lesbienne, une homosexuelle qui n’osait pas vivre mon homosexualité au grand jour, j’ai mis du temps et aujourd’hui que j’obtienne la Queer Palm c’est quelque chose d’assez extraordinaire parce que cela relate le chemin que j’ai fait. (…) Aujourd’hui ce qui me tenait le plus à cœur, c’était de raconter un couple, de femmes d’une cinquantaine d’années qui vit le fait de s’assumer, d’avoir un enfant (…) Toutes ces choses sont dans le film mais glissent à travers plein d’histoires. J’aime que, dans le film, l’homosexualité soit en sujet mais n’en soit pas un parce que le film traverse beaucoup plus d’histoires et de choses humaines qui font qu’on déjoue les préjugés (…). Ce qui est merveilleux dans le fait que vous ayez remis le prix à ce film, c’est que l’homosexualité, elle est là, mais elle est intégrée » a-t-elle déclaré lors de la cérémonie de remise du prix.

Un Certain Regard... queer

Enfin, le jury d’Un Certain regard, la section « auteur » de la sélection officielle du festival de Cannes, présidé par la cinéaste anglaise Andrea Arnold a donné son prix du jury à Grosse Freheit (Great Freedom), un film germano-autrichien important et très fort de Sebastian Meise, qui suit le destin de de Hans Hoffmann, un homosexuel emprisonné parce qu’homosexuel qui tente d’aller vers l’amour et la douceur pendant sa vie en prison. 

Ces trois films récompensés sont extrêmement représentatifs de la richesse des propositions cannoises et montrent l’étendue des possibles en termes de récits queer. Un film de genre qui casse les codes, une comédie sociale qui vire au drame, un film « à sujet » délicat. Trois réussites heureusement célébrées. 

La rencontre du jour : Isabel Sandoval, réalisatrice

Cannes

Après le joli succès à travers le monde de son très beau Brooklyn Secret (Lingua Franca), la réalisatrice était à Cannes pour boucler les financements de son nouveau projet Tropical Gothic, un film historique qui va s’intéresser au passé de son pays d’origine Les Philippines. 

Têtu : Que pouvez-vous nous dire de votre projet Tropical Gothic ?

Isabel Sandoval : J’aime ces mots parce que c’est à la fois un titre et une esthétique. Après Brooklyn Secret, cette histoire est une allégorie ou une parabole au sujet du colonialisme et de l’impérialisme, cela se passe au 16ème siècle aux Philippines pendant les premières années du régime colonial espagnol. Quand ils sont arrivés, ils ont pris les résidences de nombreux Philippins mais une femme du pays va prétendre être possédée par l’âme de l’épouse défunte de son maître espagnol pour conserver ses terres. C’est donc une histoire de manipulation psychologique.

Têtu : A quel stade en est le projet ?

Isabel Sandoval : J’ai fini d’écrire le scénario et nous sommes en train de commencer à envoyer les éléments à de potentiels producteurs dont une qui m’excite beaucoup mais je ne peux pas encore en parler ! Nous aimerions pouvoir tourner en début d’année prochaine. Pour mes trois premiers films, mes tournages étaient plutôt courts, le plus long a été celui de Brooklyn Secret et il a duré seulement 18 jours au total ! Celui-là devrait prendre au moins un mois et, j’espère, que nous pourrons tourner sur place, aux Philippines où l’histoire se déroule.

 

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