Internet"Un jour sans Twitch" : la plateforme de streaming sous pression contre les harcèlements

Par tetu le 01/09/2021
Jour de grève sur Twitch

Des streamers de Twitch ont lancé pour la rentrée une journée de grève sur la plateforme de diffusion de parties de jeux vidéo en direct. Iels dénoncent une politique de modération insuffisante face aux vagues de haine racistes, sexistes et LGBTphobes de plus en plus fréquentes.

#ADayOffTwitch #TwitchDoBetter, #TwitchBlackout… Si vous avez traîné sur Twitter ce mercredi 1er septembre, vous avez dû voir passer ces hashtags à l'intention de la plateforme de streaming, géant de la diffusion de parties de jeux vidéo en direct. C'est que nombre de ses utilisateur·ices ont décidé de faire pression contre les phénomènes de harcèlement en ligne de plus en plus fréquents sur Twitch et d'exiger de l'entreprise une meilleure politique de modération.

Des raids haineux et LGBTphobes

Pour interpeller le géant américain de la vidéo en direct, qui appartient depuis 2014 à Amazon, de nombreux streameurs et streameuses ont ainsi décrété une journée de boycott : "Un jour sans Twitch" (#ADayOffTwitch). Objectif : obtenir de sa direction une évolution des règles de modération, alors que la plateforme est régulièrement pointée du doigt du fait des campagnes de harcèlement qui y ont cours, que celui-ci soit raciste, sexiste ou LGBTphobe. De véritables "raids de haine" ("hate raids"), passant de plus en plus par des robots ("bots") afin de cibler des créateur·ices pour leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle.

C'est le compte RekItRaven qui, le 7 août, a lancé le mouvement avec le hashtag #TwitchDoBetter. Et d'appeler Twitch à agir "pour réduire les raids haineux contre les créateurs marginalisés", notant que "la haine a augmenté ces derniers temps". Trentenaire, noire, et non-binaire, iel explique, éprouvée, à nos confrères de l'AFP, selon des propos relayés sur le site de BFMTV : "C'est très dur. Et c'est difficile de ne pas intérioriser, parce que je suis haïe pour des choses que je contrôle pas".

"Ce matin je me disais, est-ce que j'ai vraiment envie de me connecter ? J'ai 99% de chances d'être harcelé", abonde dans le même article Gabriel Erikkson Sahlin, un jeune trans suédois de 24 ans, qui a manifestement le tort, pour les haineux sévissant sur Twitch, de jouer aux Sims et à Dragon Age sous le pseudo BabblingGoat ("chèvre qui bafouille"), distillant au passage des conseils au internautes qui ont des questions sur la transidentité.

Twitch admet une "vulnérabilité"

La gestion des messages postés sur Twitch est principalement basée sur la suppression "proactive" de messages détectés à l'aide de termes bloqués et d'AutoMod, son outil de modération automatique. Mais les haters font preuve d'inventivité, ne serait-ce qu'en usant de la bonne vieille méthode de contournement consistant à faire des fautes dans les mots pour tromper les robots. Le reste de la modération est assurée manuellement par des modérateurs de chaînes.

Le 11 août, face à la montée du hashtag l'appelant à mieux faire, Twitch avait répondu aux critiques en annonçant des correctifs de sa politique de modération afin d'endiguer le phénomène. Reconnaissant avoir "pu identifier une vulnérabilité dans [ses] filtres proactifs", la plateforme a assuré avoir "déployé une mise à jour pour combler cette lacune et mieux détecter les discours de haine dans le chat". Et de promettre pour les prochains mois "des améliorations" au niveau de la détection des harceleurs qui parviennent à échapper au bannissement ("ban") ainsi que dans la vérification des comptes.

La réponse a manifestement été jugée insuffisante. Or Twitch joue gros dans cette affaire, puisque la colère de ses créateur·ices est aussi pour la plateforme une affaire de gros sous : elle prélève 50% des revenus générés par ses affilié·es auprès des quelque 30 millions de visiteurs par jour…

Des milliards de messages

Une taille critique qui donne à sa modération une dimension industrielle : dans son premier "rapport de transparence" publié en février dernier, Twitch fait état pour l'année 2020 de 57 milliards de messages de chat échangés.

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Côté modération, les volumes sont également faramineux : 160 millions de messages détectés et effacés par ses robots, avec une augmentation de 61% du premier au second semestre. Par ailleurs, la plateforme a fait valoir que le nombre de messages supprimés manuellement par ses modérateurs de chaînes est passé, du premier au second semestre, de 15,9 millions à 31,5 millions, "soit une augmentation de 98%". Une augmentation exponentielle que la plateforme explique "en partie par la croissance de 33% du nombre de messages de chat envoyés, et la croissance globale de 40% du nombre de chaînes". Certes : un grand pouvoir implique de grandes responsabilités…

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Crédit photo : Caspar Camille Rubin/Unsplash