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coming outForcé ou empêché : témoignages sur la violence du coming out volé

Par Elodie Hervé le 11/10/2021
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Comment faire son coming out ? Cette question traverse la vie de toutes les personnes LGBTQI+ mais parfois, c'est l'entourage qui y répond à la place des personnes concernées. À l'occasion du "Coming Out Day", journée internationale du coming out, témoignages sur la violence et les conséquences de ce déni de liberté.

Dans un monde idéal, le coming out n’existerait évidemment pas. À la question "est-ce que tu es en couple", chaque personne s'entendrait dire "ok, cool" le cas échéant, quelle que soit la réponse. Sauf qu’en France, en 2021, on en est encore à préciser "c’est pas il, c’est elle", ou inversement, face aux présomptions d'hétérosexualité. De fait, le coming out est encore la plupart du temps un passage obligé. Quand on est prêt·e, et quand on le souhaite, auprès de qui on veut, si on le veut. Mais là encore, c'est la théorie, parce qu’en pratique, il arrive que des personnes mal intentionnées nous volent ce moment-là. Sans vraiment comprendre les enjeux, sans nous laisser le choix. Or, être outé·e n'est pas normal, et souvent d’une grande violence.

"Je n’étais pas prête" au coming out

Margot, 26 ans, s'était confiée à son frère quand elle en avait 17. "Je lui ai fait confiance, je lui ai juste dit que j’aimais les femmes. Et je lui ai demandé de ne pas en parler aux parents. Je n’étais pas prête." Peu après, son grand-père meurt et sans raison aucune, le jour de l’enterrement, son frère lâche : "Margot est lesbienne". "Je n’étais pas présente ce jour-là, mais les mois qui ont suivi, je sentais que quelque chose n’allait pas avec mon père, sans vraiment comprendre pourquoi." Le jour de ses 18 ans, la jeune femme part faire du foot avec des amies. Son père, sous prétexte qu’il n’arrive pas à la joindre, la rattrape, la frappe et l’insulte. Le soir même, son frère lui dira : "Je n’aurais peut-être pas dû le dire à papa…" L’année suivante, Margot partira faire ses études dans une autre ville pour trouver de l'air.

Gloria, 36 ans, était un peu plus âgée quand elle a été outée. "En 2012, le jour de mon pacs, ma mère m’appelle et me demande ce que je fais, raconte-t-elle à TÊTU. On est à trente minutes de la cérémonie et je trouve ça très étrange. Je lui dis que je vais me pacser avec la personne que j’aime sans lui en dire plus. Et là, elle me demande si je suis sûre de faire le bon choix. Je lui dis que oui, que c’est ma vie et je raccroche." À l’époque, Gloria n’a pas dit à ses parents qu’elle est en couple avec une femme. Autour d’elles, une quarantaine d’ami·es, son frère et sa sœur partagent ce moment. Le lendemain, Gloria rappelle sa mère : "Et là, je découvre qu’une personne anonyme a appelé chez mes parents pour leur dire que j’étais en couple avec une femme. Ma mère au bout du fil, pleure, et me dit : 'Tu n’existes plus ma fille, tu es morte. Arrête de m’appeler'."

"Même si je ne peux pas oublier la violence, j’ai pardonné."

À la violence de la séquence s’ajoutent les interrogations. Qui ? Pourquoi ? Neuf ans plus tard, Gloria ne connaît toujours pas l’identité de la personne qui l'a outée. "C’est forcément une personne qui était présente à notre pacs, parce que mes parents habitent dans un tout petit bled et que, pour trouver le nom de leur village et leur numéro de téléphone fixe, il fallait avoir accès aux documents de la mairie." Ces interrogations et la phrase de sa mère vont ronger la jeune femme et même son couple. "Six mois après notre pacs, on s’est séparées. Et défendre son histoire aux yeux de sa mère quand ton couple se casse la gueule, c’est vraiment très difficile." Pourtant, chaque semaine, Gloria appelle sa mère pour lui dire qu’elle n’a pas changé, qu’elle l’aime toujours et qu’elle est toujours sa fille. "Ma chance, entre très gros guillemets, c’est que mon père n’était pas au courant. Donc quand j’appelais et qu’il était là, elle faisait comme si de rien n’était. Quand il n’était pas là, elle pleurait et ne voulait pas me parler."

Pour Gloria comme pour Margot, les relations avec leur famille se sont normalisées au fil des ans, notamment grâce à l’aide des sœurs et frères. Elles ont pardonné le rejet initial qu’elles attribuent à de l’ignorance. "Comment leur en vouloir, reprend Gloria. Je sais d’où ils viennent et je sais qu’aujourd’hui, ils sont de super grands-parents." Margot aussi a pardonné à son père : "Même si je ne peux pas oublier la violence, j’ai pardonné. Et je suis fière de qui je suis devenue aujourd’hui. Je suis heureuse dans ma vie et bien dans ma peau. C’est une vraie victoire pour moi."

Coming out empêché puis forcé au travail

Au-delà du cercle familial, la violence du coming out forcé ou empêché existe aussi souvent en entreprise. Elena (le prénom a été modifié), 28 ans, a commencé sa transition en même temps qu’un nouveau travail. Pendant quatre ans, elle a travaillé l’été dans une boîte de nuit. "J’étais out à peu près partout mais dans ce job, au moment où je voulais faire mon coming out, mon supérieur m’a demandé de ne rien dire." Au quotidien, elle est mégenrée et son dead name continue d’être utilisé. "J’avais peur de perdre ce travail alors j’ai écouté, et je n’ai pas fait mon coming out." Seulement, quelques jours plus tard, elle découvre que son supérieur finalement allé voir lui-même le patron de la boîte pour lui dire : "Elena est trans, ça va être compliqué pour les clients". Il lui faudra plusieurs semaines pour réaliser qu’elle a été outée et comprendre que son supérieur voulait utiliser sa transidentité afin qu’elle soit licenciée. 

"Il m’a volé mon coming out juste pour me nuire."

"Je voulais faire mon coming out, le dire et il m’en a empêchée dans l’espoir de me faire virer. Il m’a volé mon coming out juste pour me nuire. Alors que le seul qui avait un problème avec ma transidentité, c'était lui ! Ni les clients, ni les dirigeants ne m’ont rejetée." Aujourd'hui out dans son travail, dans sa famille et dans son cercle de proches, Elena vit enfin paisiblement sa transidentité. Quant à Gloria, elle cherche toujours qui a pu appeler sa mère ce jour-là : "Neuf ans plus tard, je pense que si cette personne n’avait pas appelé ma mère, mon coming out et surtout ses conséquences auraient été moins violents." On ne le dira jamais assez aux entourages, même bien intentionnés : le coming out est un choix qui ne revient qu'à une personne, et c'est la personne concernée. Où on veut, quand on veut.

Crédit photo : illustration, Sinitta Leunen / Unsplash