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coming outDerrière Angèle, Lil Nas X, Pomme, Elliot Page… les nouveaux visages du coming out

Par Florian Ques le 10/08/2021
Comment faire son coming out ? En 2021, la réponse a changé…

Le coming out est toujours un passage obligé dans la vie d’une personne LGBTQI+. Mais sur la question de "comment faire son coming out", la nouvelle génération queer est bien décidée à changer la donne.

"Frères et sœurs gays, vous devez sortir du placard. Dites-le à vos parents, dites-le à vos proches, à vos amis – s’ils sont bien vos amis. Dites-le à vos voisins, à vos collègues, aux gens qui travaillent là où vous mangez, où vous faites vos courses. Mais, une fois pour toutes, détruisez les mythes." Ces mots, prononcés en 1978 par Harvey Milk, activiste LGBTQ+ et premier élu ouvertement gay des États-Unis, sont-ils toujours valables ?

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En l’espace d’une quarantaine d’années, force est de constater que la société a évolué. Les gays et les lesbiennes peuvent désormais se marier, et l’acceptation s’est faite plus large. Si l’homophobie continue de faire des ravages, dire son orientation amoureuse ou sexuelle – d’ailleurs, on ne dit plus l'"avouer" – quand on est une figure publique semble, a priori, plus facile aujourd’hui.

Pendant longtemps, le coming out se devait d’être une annonce claire, nette et précise. Il suffit de s’attarder sur le cas Ellen DeGeneres. En avril 1997, la présentatrice américaine de talk-show figure en couverture du Time. À côté de sa photo, une citation : "Yep, I’m Gay." Même procédé de notre côté de l’Atlantique avec Emmanuel Moire. En 2009, en une de TÊTU, le chanteur français évoque pour la première fois son homosexualité. De cette époque affleure encore la nécessité d’une étiquette claire, dont la portée est éminemment politique.

Valse des étiquettes

Puis, dans les années 2010, les mécanismes du coming out commencent à se renouveler. L’étiquette persiste, mais les laborieuses explications qui l’accompagnaient commencent à s’évaporer. Les personnalités peuvent désormais se dire gays ou lesbiennes sans avoir le réflexe de justifier leur sexualité. En guise d’exemple, Bella Thorne. L’ex-égérie de Disney Channel s’est contentée d’annoncer sa bisexualité en répondant à un tweet. Alors qu’un internaute lui demandait sans détour si elle était bi, elle a répondu d’un franc et net "yes". Sans chichi, sans blabla.

"Les différences de coming out se font en fonction des milieux sociaux, de la culture, des générations et de plein d’autres contextes", rappelle Élise Goldfarb, cocréatrice du podcast Coming out sur Spotify. Sa partenaire en affaires, Julia Layani, souligne que les mineurs ou les jeunes vingtenaires sont dans une optique différente, toujours moins cadrée, et plus fluide. “Pour quelqu’un de la génération de Bilal Hassani, le coming out est beaucoup plus simple, illustre-t-elle. Notre génération de trentenaires aime ranger dans des cases. Mais les plus jeunes, eux, ne mettent pas de mots sur leur identité, ils s’en fichent totalement."

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Avec cette évolution du coming out, employer un terme particulier pour définir son identité sexuelle devient superflu. Lors d’une session de questions-réponses en 2015, la chanteuse Miley Cyrus précise ainsi avoir déjà eu des relations qui n’étaient "pas hétéros", avant d’ajouter ne pas souhaiter "se mettre d’étiquette". Six ans plus tard, en 2021, Demi Lovato confie se sentir "trop queer" pour être en couple avec un homme cis, un coming out indirect fonctionnant par simple déduction. L’enjeu principal devient alors davantage de dire une appartenance à la communauté LGBTQ+ que de se cloisonner sous une étiquette précise et immuable.

L’ère est à la fluidité des genres comme des sexualités, et la démarche n’est, enfin, plus enfermée dans des règles. Ouvertement lesbienne, la chanteuse Pomme a, de son côté, mentionné en toute légèreté son identité non-­hétéro à travers son titre "On brûlera", sorti en 2017 . "Je me suis dit 'si je dis que je suis lesbienne, ça va être le titre de l’article', et j’étais en promo pour mon album, pas pour mon orientation sexuelle", avait-elle expliqué dans une interview à TÊTU. Même schéma ou presque pour Lil Nas X : le rappeur gay a simplement conseillé à ses fans de faire bien attention aux paroles de son morceau "C7osure" – "Je ne fais plus semblant…" –, dans un tweet ponctué d’un émoji arc-en-ciel. Bien reçu, bienvenue dans la communauté !

"Que l’on puisse faire son coming out sans devenir un porte-drapeau est intéressant, car c’est un signe révélateur de notre époque."

On avait proposé à Angèle de faire son coming out dans TÊTU. Mais, à l’été 2020, c’est sur Instagram que la chanteuse belge poste une photo d’elle, de dos, arborant un tee-shirt où est écrit "Portrait of women who love women". Elle légende l’image avec les mots suivants : "Au moins, c’est clair… enfin non, pas claire, Marie." Un émoji papillon accompagne le tout, en référence à sa relation avec la vidéaste et comédienne Marie Papillon. Subtilité à tous les étages. "Ce qui était malin avec Angèle, c’est que ça lui permettait non seulement de ne pas se coller d’étiquette, mais aussi de ne pas s’enfermer dans une formulation, fait remarquer Paul Parant, auteur d’Osez faire votre coming out. Ce que je trouve positif, c’est que cela renouvelle un peu le discours et ouvre le langage. Il n’y a plus seulement un sujet, un verbe, un complément pour s’exprimer et parler. Tout ceci représente bien la nouvelle génération, qui communique beaucoup par l’image, par la symbolique et par l’attitude. C’est une façon de faire sauter certaines barrières, et je trouve cela très intéressant." Moins d’étiquettes, plus de fluidité et de liberté : voilà le nouveau coming out.

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La question demeure de savoir si la discrétion des nouveaux coming out peut aussi s’apparenter, dans certains cas, à une forme de prudence. Les optimistes diront que la méthode simple présente l’avantage de banaliser quelque chose qui ne devrait même plus être annoncé. Les mauvaises langues, quant à elles, soupçonneront les célébrités en question de craindre pour leur fonds de commerce en raison d’une identification trop LGBTQ+. Une remarque qui reste valable dans les industries artistiques les plus impitoyables, au premier rang desquelles le cinéma, où la peur de perdre des rôles une fois sorti·e du placard peut encore peser dans la balance. "C’est peut-être moins courageux, analyse Paul Parant. Le problème, c’est qu’on a beaucoup attendu des personnes LGBTQ+. Que l’on puisse faire son coming out sans devenir un porte-drapeau est intéressant, car c’est un signe révélateur de notre époque."

Coming out contraint

Cependant, beaucoup feraient encore volontiers l’impasse sur le coming out. Sauf que, parfois, la pression à sortir du placard émane de la communauté elle-même. En 2020, l’actrice Jameela Jamil (The Good Place) se voit épinglée sur les réseaux sociaux après avoir été choisie comme juge de l’émission de voguing Legendary. Or, aux yeux des critiques, elle n’est ni noire ni queer, et sa légitimité à juger une compétition de voguing, un type de danse né au sein de la communauté queer noire des États-Unis, est alors remise en question. Sous la pression, elle finit alors par faire son coming out queer. Même situation pour Becky Albertalli : accusée de se faire de l’argent sur le dos des personnes LGBTQ+ à travers ses romans, l’autrice de Love, Simon s’est sentie contrainte de clarifier qu’elle n’était pas hétéro.

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Ces derniers temps, la liste s’est allongée de nouveaux coming out – en tout cas, présumés – moins explicites qu’auparavant. On pense à celui de l’actrice Emma Corrin, qui s’est contentée d’écrire "ta mariée queer préférée" en légende d’une photo Instagram sur laquelle elle portait une robe de mariée. Sa consœur Zoë Kravitz s’est montrée encore plus cryptique, toujours sur Instagram, en publiant un selfie la montrant enlacée à une autre actrice, Taylour Paige, avec ces simples mots : "So… this is a thing" ("donc… ça devient sérieux").

Le coming out trans semble, en revanche, toujours se faire "à l’ancienne". L’acteur Elliot Page s’est ainsi fendu d’un long texte sur Instagram pour se décrire comme non-binaire, tandis que Nikkie de Jager a dû publier une vidéo, "I’m Coming Out", sur sa chaîne YouTube, Nikkie Tutorials. Ainsi, la transidentité, ne bénéficiant pas encore d’une acceptation aussi large que l’homosexualité ou la bisexualité, semble toujours contrainte à une sortie explicite du placard. "Il faut davantage passer par les mots, confirme Paul Parant. Mais ça devrait évoluer." On revient aux fondamentaux : avant d’être une liberté, le coming out est une visibilité et une pédagogie.

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Crédits photos : Vanity Fair/Emma CORTIJO-DR/Charlotte Abramow/Out