SantéCancer : testicules et prostate, ça se dépiste !

Par Laure Dasinieres le 22/11/2023
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Chaque année en novembre, le mouvement Movember et son armée de moustachus sensibilise sur la santé masculine, en particulier les cancers de la prostate et des testicules. En la matière, la prévention est comme toujours cruciale, et donc les bons gestes et réflexes de dépistage…

"On ne va pas se mentir, faute de prises de parole institutionnelles claires, c’est un peu le bazar concernant le dépistage des cancers de la prostate et des testicules. Alors les personnes concernées font un peu comme elles peuvent, et souvent elles ne font pas", regrette le Dr Patrick Papazian, médecin sexologue aux hôpitaux La Pitié Salpêtrière et Bichat à Paris. À l’occasion du Movember, le mois de lutte contre les cancers dits masculins en novembre, on met tout ça à plat, parce qu’un cancer dépisté tôt, c’est un cancer qui se soigne mieux.

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Rappels essentiels pour commencer : 
– Les cancers de la prostate et des testicules ne se dépistent pas lors d’un bilan sanguin ni lors d’un dépistage des IST.
– Ils ne sont pas causés par des pratiques sexuelles réceptives ou par des massages prostatiques.
– Ils peuvent concerner les femmes trans selon les chirurgies qu’elles ont effectuées.

Cancer des testicules : risques et symptômes 

Si le cancer des testicules est relativement rare, il frappe principalement les jeunes, ce qui en fait le premier type de cancer chez les hommes de 20 à 35 ans. C’est aussi un cancer qui se soigne bien, avec un taux de survie de 97% à 5 ans et un taux de guérison proche des 100% pour les formes non métastatiques. C’est donc dès la sortie de l’adolescence qu’il faut faire preuve de vigilance, tout particulièrement si vous présentez des facteurs de risque, comme une cryptorchidie (testicule non descendu), une atrophie testiculaire (notamment après avoir eu les oreillons), des antécédents familiaux, une infection au VIH. C'est peu connu, mais la consommation régulière de cannabis a également été identifiée comme un facteur de risque. 

Parmi les signes qui doivent attirer votre attention : 
– Une sensation de lourdeur et/ou d’inconfort.
– Une augmentation du volume d’un testicule.
– Une masse sous la peau.
– Une impression de rugosité et/ou d’irrégularité sous la peau.
– Une diminution de la mobilité du testicule. 
– Une douleur localisée au testicule ou à distance, dans l’aine.

Dépistage : l'auto-palpation

Quand on pense dépistage du cancer des testicules, on pense d’abord auto-palpation. Idéalement, celle-ci devrait être faite une fois par mois, là encore tout particulièrement par les personnes présentant des facteurs de risque. Elle se fait de préférence au sortir de la douche ou du bain, lorsque le scrotum et les muscles qui maintiennent les testicules sont dilatés par la chaleur. La marche à suivre est simple : il s’agit d’examiner les testicules l’un après l’autre en faisant rouler la glande entre le pouce (placé en haut du testicule) et les quatre doigts (placés en dessous). Attention à faire preuve de douceur et à ne pas manipuler le testicule brutalement au risque de provoquer une torsion testiculaire : non seulement c’est extrêmement douloureux, mais cela constitue également une urgence médicale. 

À noter : il est normal qu’un testicule soit plus gros que l’autre, tout comme il est normal de sentir sur le dessus du testicule une petite formation allongé : c’est l’épididyme, un canal qui contient des spermatozoïdes. À noter aussi : toute anomalie – boule ou masse – à la palpation n’est pas synonyme de cancer. "Dans la majorité des cas, ce que l’on dépiste est bénin", rassure Patrick Papazian, qui explique qu’il peut s’agir d’une varicocèle (dilatation des veines du cordon spermatique), d’une orchite (une inflammation causée par une infection) ou encore d’un hydrocèle (l'accumulation de liquide dans la poche entourant le testicule). Pas de panique, donc, mais en cas de doute, consultez sans tarder un médecin qui saura y répondre. 

Si l’auto-palpation est le premier moyen de surveiller ses testicules, Patrick Papazian remarque que peu d'hommes l’effectuent régulièrement. Il invite globalement à se réconcilier avec ses organes sexuels et d'y être attentif au quotidien, que ce soit en se lavant ou dans le cadre de sa sexualité. Et parce que prendre soin de ses partenaires, c’est aussi prendre soin de leur santé, le médecin nous invite à leur dire si l’ont sent quelque chose d’inhabituel – exactement comme le fait Anabelle avec Jackson dans la saison 4 de Sex Education lorsqu’elle lui fait remarquer : "C’est sûrement rien, mais j’ai senti un truc dans ton testicule. Une sorte de boule. Tu devrais aller consulter." Bon réflexe : attentifs, ensemble.

Cancer de la prostate : un dépistage au cas par cas

Pour le cancer de la prostate, les choses sont un peu différentes. C’est un cancer qui apparaît généralement plus tardivement – à partir de la cinquantaine – et pour lequel l’auto-palpation est autrement moins pertinente, notamment parce qu’il n’y a pas vraiment de symptômes même à un stade précoce. "Même si vous avez l’habitude de vous stimuler cette zone, vous ne serez pas en position favorable pour faire un bon examen, signale Patrick Papazian. De même, à moins que votre partenaire soit médecin ou bien formé à ce type de dépistage, il est peu probable qu’il sente quelque chose d’embêtant lors d’un massage prostatique – il ou elle pourra toutefois vous signaler su quelque chose lui semble anormal."  Sachez qu’une prostate volumineuse et/ou une PSA augmentée ne sont pas toujours synonymes de cancer : il peut aussi s’agir d’une hypertrophie bénigne, d’une prostatite ou d’un kyste. C'est au médecin, et non à Doctissimo, de le déterminer !

De fait, le dépistage initial du cancer de la prostate repose sur un double examen : le toucher rectal, qui permet de voir si la prostate est volumineuse, dure ou bosselée, et le dosage de la PSA à partir d'une prise de sang. Cet acronyme désigne l’antigène prostatique spécifique, une protéine qui augmente lorsque la prostate est enflammée, est le siège d’une forte activité, ou encore après un rapport sexuel. En général, et même s’il n’existe pas de recommandations officielles sur la fréquence du dépistage, il est conseillé, à partir de 50 ans, d’en effectuer un tous les ans, particulièrement si vous présentez un ou des facteurs de prédisposition suivants :

– Des antécédents familiaux de cancer de la prostate chez un parent de premier degré (père, frère).
– Des antécédents familiaux de cancer du sein ou de l’ovaire chez un parent de premier degré (mère, sœur). Ça peut paraître surprenant, mais l’explication est simple : la mutation génétique BRCA2 impliquée dans le cancer de la prostate est également impliquée dans le développement de ces cancers dits féminins.
– Des origines ethniques en Afrique sub-saharienne et aux Antilles.
– Une exposition aux pesticides et aux perturbateurs endocriniens, et très spécifiquement au chlordécone.

En-dehors de cette indication relative aux facteurs de risque, c’est à vous de discuter avec votre médecin de la pertinence d’un dépistage. Si vous choisissez de l’effectuer, il vous adressera sans doute vers un urologue qui prendra le temps d'effectuer un toucher rectal, évidemment dans le respect de votre consentement éclairé – ainsi que dans celui de votre genre, de votre orientation sexuelle et de vos pratiques. "Si tel n’est pas le cas, n’hésitez pas à couper court, à aller voir ailleurs et à vous tourner vers la médecine communautaire", insiste Patrick Papazian, qui rappelle qu’en aucun cas un médecin n’a à émettre le moindre jugement sur votre identité, vos pratiques ou sur les traces que celles-ci ont pu laisser sur votre corps.

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