Les rassemblements s'amplifient chaque semaine à Budapest pour dénoncer l'interdiction, par le parti du Premier ministre Viktor Orbán, de la Pride LGBT+, prévue cette année pour le 28 juin. Cette semaine, plus de 10.000 personnes ont manifesté dans la capitale de la Hongrie.
"À bas Orbán ! Nous voulons la démocratie !" Le mouvement de contestation contre le gouvernement du Fidesz, le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, s'intensifie depuis l'adoption le 18 mars d'une loi visant à interdire la marche des Fiertés, dont l'édition 2025 (la trentième) est prévue pour le 28 juin. Si la première manifestation n'avait réuni que quelques milliers de personnes le 25 mars, plus de 10.000 personnes ont manifesté ce lundi 1er avril, selon l'Agence France-Presse (AFP) sur place.
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"Nous manifesterons tant que cette loi ne sera pas abrogée", confirme auprès de têtu· Ákos Hadházy, un parlementaire indépendant ayant quitté le parti de Viktor Orbán en 2013. Aujourd'hui proche de la gauche, le député fait partie de l'organisation des manifestations hebdomadaires contre la nouvelle mesure qu'il dénonce comme "techno-fasciste". Basée sur la loi LGBTphobe adoptée en 2021 interdisant toute représentation de l'homosexualité ou des transidentités auprès des mineurs, celle-ci prévoit l'usage d'outils de reconnaissance faciale pour identifier les participants à une marche des Fiertés, menacés d'une amende de 500 euros.
"C'est formidable de voir une foule diverse : jeunes et vieux, membres de la communauté LGBTQI+ mais pas seulement… Les Hongrois comprennent que cette interdiction concerne tout le monde, pointe Ákos Hadházy. Il ne s’agit pas uniquement d’interdire la Pride : la prochaine étape sera d'abroger les prochaines manifestations anti-gouvernementales." D'ores et déjà, pour parachever son œuvre anti-LGBT, Viktor Orbán souhaite encore faire modifier ce mois d'avril la Constitution hongroise – dont son parti est déjà l'auteur – afin d'y inscrire l'interdiction de tout rassemblement public de personnes LGBTQI+.
L'Europe échoue à contrer Viktor Orbán
Pour l'heure, les réactions de l'Union européenne (UE), dont la Hongrie est membre depuis 2004, ne sont guère à la hauteur de la nouvelle offensive anti-LGBT de l'allié du Rassemblement national. "Nous soutenons la communauté LGBTQI en Hongrie et dans tous les États membres de l'Union européenne. Le droit de rassemblement pacifique est un droit fondamental qui doit être défendu dans toute l'UE", s'est émue la Commissaire européenne à l'Égalité, Hadja Lahbib.
Mais l'Europe a-t-elle le moyen de faire respecter ce droit ? Une procédure d'infraction est déjà en cours à la suite de la loi de 2021, et a abouti à ce que la Commission saisisse la Cour de justice de l'Union européenne. C'était en juillet 2022. Dans une tribune publiée par têtu·, 150 personnalités politiques et de nombreux parlementaires européens ont appelé les institutions de Bruxelles à "agir, et vite, pour stopper ces dérives". Ákos Hadházy veut y croire : "Si nous sommes persévérants, nous parviendrons au retrait de cette loi. Le fait que nous étions si nombreux lundi est déjà porteur d’espoir." Des élections législatives, prévues au printemps 2026, dessineront également le futur de la Hongrie.
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Crédit photo by Attila KISBENEDEK / AFP