cinémaCannes 2025 : "Love Me Tender", mère lesbienne en apnée

Par Florian Ques le 20/05/2025

Érigée par une Vicky Krieps incandescente malgré la douleur, l'adaptation de Love Me Tender, le livre d'autofiction de Constance Debré, est autant un crève-cœur qu'un de nos coups de cœur du Festival de Cannes 2025.

Paru en 2020 aux éditions Flammarion, l'ouvrage Love Me Tender de Constance Debré s'est vite présenté comme un nouvel inratable de la littérature queer contemporaine. Des années plus tard, c'est à la jeune réalisatrice Anna Cazenave Cambet – révélée grâce à De l'or pour les chiens en 2021 – qu'est confiée la transposition de ce récit d'autofiction sur grand écran. Présenté dans la section Un Certain Regard de ce 78e Festival de Cannes, le produit final est un bijou de sincérité bouleversant – et déjà l'une des grosses réussites ciné de l'année.

À lire aussi : Hafsia Herzi adapte avec grâce "La Petite Dernière" de Fatima Daas

Clémence est séparée de son ex-mari depuis quelque temps et entretient une bonne relation avec lui… jusqu'au moment où, à l'issue d'un dîner, elle lui confie avoir des histoires avec des femmes. Dès lors, pour d'obscures raisons, il entreprend des poursuites afin de conserver la seule garde de leur fils. Dépassée par la tournure des événements mais convaincue de vouloir se battre pour son enfant, la jeune femme devra s'armer de patience pour braver les obstacles qui entravent sa route, notamment un système légal aux dysfonctionnements multiples.

Femme en lutte

Solaire malgré la dureté de ce que traverse son héroïne, Love Me Tender est l'auscultation d'un amour filial à l'épreuve de la loi et, surtout, de l'homophobie, moteur vraisemblable de l'enfer juridique dans lequel est propulsée Clémence. Récemment croisée dans la duologie Les Trois Mousquetaires de Martin Bourboulon, Vicky Krieps livre ici une de ses meilleures performances – on ose le dire ! Grâce à son jeu bourré de nuances, l'actrice luxembourgeoise met bien en exergue l'étau dans lequel se retrouve son personnage, tiraillé entre sa lutte éprouvante pour rester mère et l'exploration bienfaitrice de son désir croissant pour les femmes.

Crédit photo : Tandem

Dès l'introduction du film, Clémence apparaît comme une nageuse aguerrie. L'imaginaire de l'eau est une évidence pour décrire la trame de Love Me Tender où sa protagoniste se bat contre le courant, manque de se noyer, est contrainte de maîtriser l'apnée pour espérer remonter à la surface. Ainsi, même si elle n'est pas exempte de remous, sa relation amoureuse avec Nadia (jouée par Monia Chokri, également présente dans Des preuves d'amour à Cannes cette année) et d'autres filles de passage représentent une bulle d'air et donnent lieu à des scènes d'une tendresse folle. Le lesbianisme comme bouée de sauvetage ? On a envie d'y croire.

À lire aussi : "Des preuves d'amour", joies et tracas de la maternité lesbienne

cinéma | film | culture | Festival de Cannes

Crédit photo : Tandem