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musiqueArlo Parks, la renaissance par le clubbing

Par Florian Ques le 08/07/2026
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[Portrait à retrouver dans le magazine de l'été, en kiosques ou sur abonnement.]La jeune star britannique Arlo Parks nous invite à la suivre jusqu’au bout de la nuit avec Ambiguous Desire, un troisième album sorti le 3 avril en forme d’hommage à la culture clubbing et à la liberté qu'elle offre aux queers. Un indispensable pour les soirées d'été.

Croyez-le ou non, Arlo Parks n’a rencontré le monde de la nuit qu'il y a deux ans. C’est qu’à 18-19 ans, l’âge où jeunesse se passe sur les pistes de danse, la Britannique née en 2000 avait déjà entrepris de percer dans la musique, signant dès 2019 chez Transgressive Records – label qui a produit Sophie ou le groupe Foals –, avant de sortir son premier EP et son titre phare, guère annonciateur de fête : Super Sad Generation. Las, prévue pour février-mars 2020, sa première tournée européenne achoppe comme le monde entier sur une pandémie qui la renvoie dare-dare chez elle.

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Dans son infortune, Arlo Parks a une chance : les titres qu’elle sort en 2020, "Eugene" et "Black Dog", explorant une veine intimiste et introspective de pop de chambre, trouvent naturellement leur place dans les playlists de confinement. L’année suivante, ils intègrent son premier album, Collapsed in Sunbeams, qui vaut à la chanteuse un Mercury Prize et le prix de la Révélation de l’année aux Brit Awards. La voilà en première partie de pointures comme Harry Styles ou Billie Eilish.

Les montagnes russes de ses débuts ont-elles joué ? Toujours est-il qu’en 2022, la chanteuse annule sa tournée prévue aux États-Unis : "Je me suis poussée à l’extrême, bien plus loin et bien plus fort que je n’aurais dû (…), je suis à bout et j’ai vraiment besoin de faire une pause, de rentrer chez moi et de prendre soin de moi", écrit-elle à ses fans, épuisée d’être sans cesse sur les routes, ainsi que par une rupture amoureuse. C’est pendant cette pause loin de la scène, au cours de laquelle sort toutefois son deuxième album, My Soft Machine (2023), qu’elle trouve le chemin des clubs, à New York mais aussi dans sa ville natale, Londres. "Je peux aller n’importe où, tant qu’il y a de la bonne musique", résume-t-elle lorsque nous la rencontrons dans un hôtel du IXe arrondissement de Paris, à l’occasion de la sortie de son troisième album, Ambiguous Desire.

Album joyeux pour génération "super triste"

Fini la bedroom pop, Arlo Parks lui préfère désormais des touches mesurées de techno ("Heaven") et une inspiration UK garage ("Nightswimming"). À 26 ans, ses influences se sont étendues et la chanteuse évoque aujourd’hui Massive Attack, LCD Soundsystem ou encore Theo Parrish, le DJ américain spécialiste de la house, ainsi que Madonna, période Ray of Light. "En termes d’atmosphère, j’ai beaucoup été inspirée par des films de la Nouvelle Vague, qui misaient sur un rythme plus lent tout en se focalisant sur le langage du corps et la danse", complète celle dont le prénom civil, Anaïs, révèle des racines francophones. Car si son père est Britannique d’origine nigériane, sa mère, d’origine tchadienne, lui a appris le français avant même l’anglais.

Piste après piste, Ambiguous Desire retrace tout un itinéraire de la fête, du trajet en taxi pour se rendre en boîte avec les copines – elle inclut d’ailleurs des bribes d’enregistrements de ces moments réels –, jusqu’aux lendemains de soirée. Ce faisant, l’album aborde l’expérience physique, psychologique et émotionnelle du clubbing. "Quand je suis en boîte, je me laisse totalement happer par la musique et l’ambiance, développe-t-elle. Tout à coup, c’est comme si je prenais conscience de moi-même, de mon corps, des émotions conflictuelles qui me traversent." Une ambivalence qui hante l’album jusque dans son titre. "Pour dépeindre une vérité entière, il faut s’autoriser à montrer une chose et son contraire, philosophe la jeune femme. Il n’y a pas d’ombre sans lumière, et vice-versa."

Bisexuelle, Arlo Parks a trouvé au passage son "Pink Pony Club". "Les clubs queers forment des bulles rassurantes, avec des gens qui te ressemblent, pour une durée limitée, expose la nouvelle convertie. Ce sont des espaces où tu peux être qui tu as envie d’être, tout en satisfaisant un besoin de faire communauté."

Lucide sur sa génération "super triste" prompte à se replier dans des espaces virtuels, c’est pour elle qu’elle a pensé cet album, comme "une célébration profondément joyeuse de l’identité queer et du fait de devenir pleinement soi-même". Comme, aussi, une incitation à sortir, de soi et de chez soi, pour se rencontrer à nouveau : "Grâce à Internet, tu peux entrer en connexion avec des gens comme toi mais tu restes quand même dans ta solitude, ta distance. Se déplacer pour rencontrer ses adelphes, c’est bien plus concret et satisfaisant !" Épiphanie validée.

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Crédits photo : Alistair McVeigh