[Portrait à retrouver dans le magazine têtu· de l'été, ou sur abonnement] On aime les alliés, on aime les musclés, on aime Mathis Chevalier. Le beau gosse du MMA a accepté de participer au shooting spécial de notre numéro des 30 ans avec Bambi, Sharok, Giselle Palmer et Koko Barno. L'occasion de tailler le bout de gras sur les clichés de la masculinité dans le sport.
Photographie : Ben Fourmi pour têtu·
Avec ses 84 kg de muscles, sa mâchoire de superprédateur et son low kick létal, Mathis Chevalier est un mec, un vrai. "Je vis ma masculinité autant que ma féminité", pose-t-il d'ailleurs. Si les champions d'art martiaux subissent aussi les injonctions à une virilité toxique, lui n'a aucunement l'intention d'y céder.
À lire aussi : 30 ans ! Le sommaire du numéro anniversaire de têtu·
À 26 ans, le garçon a déjà une belle carrière sportive derrière lui. Dès ses 5 ans, à Morsang-sur-Orge, dans l'Essonne, il s'illustre sur les tatamis de judo. Avec l'âge, sa pratique se fait plus éclectique et il se met aux arts martiaux mixtes (MMA), qui s'inspirent de tous les sports et techniques de combat. En 2019, il devient champion d'Europe junior de la discipline, puis représente la France lors des Championnats du monde amateurs.
La case du mec dur
Mais ce n'est pas le tout de distribuer les coups à la volée dans une cage. Ado, Mathis s'épanouissait dans sa banlieue parisienne, mais il a très vite été "ennuyé par la case du mec dur" dans laquelle on aimait le maintenir. Or ce qu'il aime, lui, c'est déjouer les attentes. Fort de ses succès sportifs, il décide que ce corps qui transpire la virilité doit lui servir de terrain d'expérimentation, et apparaît d'abord dans des clips de Clara Luciani et de la chanteuse lesbienne Minuit Machine. Le jeune homme se découvre un goût pour l'objectif, et pour le jeu avec les codes et les normes, comme lorsqu'il pose nu pour le photographe gay Marc Martin – qui le filme aussi en CRS amoureux d'une femme trans dans le court-métrage Mon CRS, en 2022 – ou en crop-top sur son compte Instagram, le torse bombé, la tête haute et le regard aguicheur.
"Être un homme, c'est devenu un numéro d'équilibriste", analyse-t-il. Là où tant d'autres tombent dans la caricature, il marche sur ce fil avec une élégance remarquable. Pour ses engagements d'allié de la cause LGBTQI+, il s'est fait traiter de "pédé". Il s'en fout. "Ils veulent être brutaux ? nous tabasser ? J'aurais pu les démonter si j'en avais quelque chose à faire, tranche Mathis. Puisque le MMA est violent, les fachos considèrent que c'est leur territoire. Il faut leur montrer qu'on est présent aussi sur ce terrain-là et qu'on utilise cette rage qu'ils ont envers nous pour faire front." Se fiant aux apparences, l'une de leurs obsessions, les masculinistes le pensent spontanément des leurs et lui tiennent un discours d'hommes des cavernes : "Parce que je suis hétéro et que j'en ai tous les codes, ils pensent qu'on fait partie du même groupe, dit-il en riant. Raté."
Paon sensuel en short de combat, Mathis Chevalier réhabilite la philosophie de vestiaire en faisant rimer brutalité avec subtilité. Si le regard de Marc Martin lui a apporté une chose, c'est de se sentir à l'aise dans sa posture d'objet de désir. "Quand les gens te désirent avec respect, c'est porteur, ça te donne de la force. Tu as envie de leur rendre cet amour", conclut-il avec un clin œil charmant.
À lire aussi : Bambi : "Je voulais connaître une vie ordinaire de femme"