théâtreFestival d'Avignon : drôles et cruels, "Les garçons de la bande" n'ont pas vieilli

Par Franck Finance-Madureira le 18/07/2025
"Les Garçons de la bande"

Classique du théâtre gay, Les Garçons de la bande triomphe au festival off d'Avignon 2025 grâce à une troupe de neuf comédiens remarquables et à la force d'un texte qui traverse les années.

Pièce pionnière du théâtre contemporain new-yorkais mais très peu montée en France, Les garçons de la bande est l’un des hits du festival off d’Avignon 2025, preuve s’il en fallait de sa puissance originelle. Devenue un classique du théâtre gay, la pièce créée par Mart Crowley à Broadway à la fin des années 1960 (The Boys in the Band en VO), et qui a donné lieu à deux films (le chef-d’œuvre de William Friedkin en 1970 et un remake honorable signé Ryan Murphy pour Netflix en 2020), est donc de retour sur les planches avec une nouvelle adaptation théâtrale française par Antoine Courtray.

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L’argument de ce huis-clos qui se situe en 1968 est simple : sept amis gays se retrouvent dans l’appartement de Michael – un bourgeois des beaux quartiers engoncé dans sa foi catholique, incarné par Mathieu Bisson – pour fêter l’anniversaire d’Harold, un artiste fumeur d’herbe et passablement misanthrope (Frédéric Andrau). C’est le beau Donald, jeune ami/amant de l’hôte (Benjamin Canonne) qui accueille le public en slip avant que les uns et les autres fassent leur entrée dans ce bel appartement : le couple mal assorti que forment l’ex-hétéro en plein doute Henry (Geoffroy Guerrier) et le jeune libertin Louis (Olivier Renaty), la folle latina Roberto (Sebastian Galeota) et son meilleur ami aux allures d’homme d’affaires parfait (Eebra Tooré).

Un théâtre qui nous parle toujours

Mais chacun à leur façon, deux invités surprise vont influer sur le cours de cette soirée, amenant chacun des personnages à se remettre en question au fil des verres, des blagues bien senties et de cruelles saillies : un faux cow-boy et vrai escort (Maxime Galichet) et Alan, un ami de jeunesse hétéro, dépressif et coincé de Michael (Adrien Melin), un personnage qui a la lourde tâche d’embrasser le regard extérieur de la société.

L’intelligence de l’adaptation et de la mise en scène précise et ludique d’Antoine Courtray, c’est de faire confiance au propos original de la pièce et à cette troupe idéale de neuf comédiens. Malgré l’époque (on est juste avant Stonewall, et encore loin d’envisager la crise sida), bien présente dans les références et l’ambiance musicale de la soirée, tout ce qui se dit reste d’une pertinence folle aujourd’hui.

Les personnages réunis pour cette fête d’anniversaire représentent une micro-société, avec ses codes communs et ses parcours singuliers, et la bulle de cette soirée entre amis homos va éclater dans la confrontation avec l’autre, mais aussi aux souvenirs, aux traumas, aux regrets, à la façon qu’a chacun de vivre sa sexualité et d’accepter ou non qui il est. On passe du rire aux larmes, et la modernité du texte et des enjeux résonne puissamment avec les différents retours de bâton anti-LGBT que charrie l’actualité. Le succès avignonnais devrait permettre à cette nouvelle version de la pièce-culte de circuler très prochainement en régions et d’être reprise à Paris…

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>> Les Garçons de la bande, jusqu’au 26 juillet à 21h40 au Théâtre du Roi-René (Salle de la Reine) à Avignon (relâche le 23/07).

Crédit photo : Tangi Seznec