[Article à retrouver dans le magazine de têtu· de l'automne, ou sur abonnement.] Pour la sortie de son nouvel album, Val Synth, nous avons rendu visite à Flora Fishbach chez elle, dans les Ardennes, où elle a trouvé son équilibre.
Fishbach prend un malin plaisir à déjouer les attentes. La visite de son village, près de Charleville-Mézières, démarre d’ailleurs par un passage chez Leroy Merlin, pour les préparatifs de sa maison, en vue d’une semaine de résidence d’artiste qu’elle organise avec une poignée de copains. Depuis qu’elle est revenue dans ses chères Ardennes qui l’ont vue grandir, la chanteuse a entrepris de retaper entièrement sa bicoque, et son quotidien est désormais peuplé de scies à métaux et de sets de menuiserie.
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Flora Fishbach a donc quitté Paris pour vivre le rêve de toute gouine cottagecore. Cueillir des framboises et des mûres le matin en saluant ses vieilles voisines lesbiennes affairées au jardin, bricoler sur la terrasse, danser dans sa cuisine baignée de lumière… On a du mal à croire que Val Synth, son troisième disque, soit pensé pour se déchaîner sur le dance-floor, sous les stroboscopes. N’allez pas croire que la campagne lui ait inspiré un opus à écouter devant sa cheminée : Fishbach revient avec un projet résolument pop et “abusivement disco”, qu’elle revendique avec malice comme “le disque de l’antimaturité, volontairement naïf et candide” : “J’ai encore envie de clubbing, j’ai envie de faire des bêtises”, confesse la chanteuse de 34 ans.
La ligne est claire : la joie pour contrer le blues. Un virage, après son précédent album très mélancolique, Avec les yeux, sorti en 2022. Révélée au grand public avec À ta merci cinq ans plus tôt, Fishbach traverse alors une dépression : “apathique”, la jeune femme se sent “observatrice de sa propre vie”. Sa collaboration avec Aymeric du Cadet, directeur artistique et réalisateur qui la met en scène, l’aide à renouveler son imaginaire visuel, avec des clips en forme de tableaux hallucinés dans des costumes pop surréalistes. Au passage, Flora découvre l’esprit de troupe et l’énergie joyeuse que procure le collectif : “Là où je suis bonne, c’est quand je m’amuse. Et je pense que les gens vont s’amuser si je m’amuse.” Loin de s’être isolée telle une ermite fuyant la société, la chanteuse a trouvé dans son Grand-Est une assiette qui lui permet d’exploser sur scène le moment venu.
Val Synth, album de l'épanouissement
Une spontanéité retrouvée qui transparaît dans Val Synth, composé rapidement, dans une poétique de l’instant : “C’est une photographie, je l’accepte avec tous ses défauts”, développe-t-elle en promettant que c’est “un disque heureux, avec de la mélancolie, parce qu’on ne se refait pas, mais c’est un disque heureux !” Fishbach, c’est un peu l’héritière indocile d’Armande Altaï, sur laquelle elle est d’ailleurs intarissable sur la terrasse où nous prenons l’apéro : même passion pour le baroque, goût partagé pour la grandiloquence théâtrale, même manière d’user de sa voix comme pour une incantation. Une cliente, qui nous interrompt poliment, ouvre la porte vers une autre référence en lui lançant : “Vous me faites penser à Brigitte Fontaine jeune !” De retour à la maison, notre hôte se lance dans la préparation du dîner avec sa spécialité… des pâtes au pesto, dont les bocaux s’entassent dans son placard. Secret de la cheffe : verser la sauce froide directement sur les pâtes express cuites en trois minutes.
Ce n’est pas pour rien que l’artiste revendique désormais son prénom dans son nom de scène, comme un équilibre retrouvé entre Flora et Fishbach. Celle qui nous emmène en forêt pour la promenade d’Ardent, son chien de berger, celle qui déguste une fricadelle sauce Brésil au bord de la rivière, puis celle qui électrise le public du Virage, à Saint-Ouen, pour un DJ-set de folie improvisé jusqu’à 5 heures du matin. “On a plusieurs voix, on est multiple, philosophe-t-elle. J’ai trouvé mon équilibre en étant moi-même à fond, c’est-à-dire en étant plurielle et en changeant sans cesse.” Sur Val Synth, la chanteuse alterne ainsi les styles, jouant avec facilité de ses différents timbres pour passer de la candeur à la sensualité. Un théâtre vocal où s’entremêlent la forme et le fond, l’insouciante qui danse sur les tables et la solitaire qui se plonge toute la journée dans les sons qu’elle aime en buvant de la camomille. Si Val Synth n’est pas l’album de la maturité, il est certainement celui de l’épanouissement.
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Crédit photo : Tessa Laney