cinémaCésar 2026  : "Deux personnes échangeant de la salive", une dystopie lesbienne à voir sur Canal+

Par Tessa Lanney le 19/02/2026
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Nommé aux César et aux Oscar, le court-métrage Deux personnes échangeant de la salive, de Natalie Musteata et Alexandra Sigh, imagine un monde où s'embrasser est passible de la peine de mort. À découvrir sans plus attendre sur Canal+.

En lice pour les Césars (26 février) et pour les Oscar (15 mars), Deux personnes échangeant de la salive, de Natalie Musteata et Alexandra Sigh, a déjà remporté près de vingt prix internationaux dont le Grand Prix du Jury (Live Action Short) à l’AFI Fest, le le Prix du public au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand et le Golden Gate Award au Festival de San Francisco. Récompenses méritées pour ce petit bijou de culture, bourré de références où chaque détail participe à la création d'un univers dystopique puissant. Autre gage de qualité, Isabelle Huppert et de Julianne Moore en sont les productrices exécutives.

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Dans une société froide et morose où l’échange de salive est passible de la peine de mort, deux femmes, Malaise et Angine (interprétées par Zar Amir Ebrahimi et Luàna Bajrami), se frôlent, s’observent, résistent tant bien que mal à leur attirance. La rencontre de ces inconnues au beau milieu des Galeries Lafayette, l'une est vendeuse, l'autre cliente, bouleverse leur quotidien. Dans ce monde où les gifles reçues font officie de monnaie, chaque transaction prend des allures de séance BDSM où chacune dissimule autant que possible son excitation. Filmé en noir et blanc, le court métrage annonce d’emblée son programme : observer comment, dans un système économique et moral qui contrôle l'intimité, le désir persiste malgré tout.

Dans cet univers cadenassé, chaque éventuel indice de transgression – l’achat d’un dentifrice, une peau effleurée, un regard appuyé – est aussitôt découragé par la répression. Un voisin curieux, une collègue soupçonneuse, l’arrestation spectaculaire d’une contrevenante à la règle en plein milieu du magasin…chacun surveille. Malgré ce contexte de terreur, Malaise et Angine sont aimantées l'une à l'autre.

La tension atteint son paroxysme lorsque la gracile Angine, bourgeoise bien sous tous rapports, slalome comme une dératée dans les couloirs des boutiques pour retrouver sa vendeuse favorite. Elle feint d'ailleurs de recevoir un appel pour se débarrasser de la collègue insistante de Malaise. On devine, dans ce faux appel, qu’elle commence par "Bonjour Chagrin", une référence à Bonjour tristesse, roman de Françoise Sagan qui fait scandale lors de sa parution en 1954. Son personnage principal, Cécile, a des relations sexuelles avec son petit ami avant le mariage. Françoise Sagan y interroge la moralité et l’immoralité de ses personnages dans une ode à la liberté.

Si les réalisatrices excellent à montrer le désir contrarié, elles portent un soin tout particulier au décor qui participe de faire ressentir au public. Des Galeries Lafayette, temple de consommation écrasant à l'appartement dépouillé et froid d'Angine, tout nous dit l'absence d'intimité, le contrôle des corps et des désirs, l'austérité d'une société qui réprime la tendresse.

Durant 35 minutes, le spectateur est tenu en haleine. Les deux protagonistes vont-elles transgresser les règles au risque de leur vie ? La menace plane et le film rappelle que l'homosexualité est passible de la peine de mort dans onze pays.

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Crédit photo : Canal +