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interview"Dans mon reflet, je vois le chemin parcouru" : dans la salle de bains de Gigi Goode

Par Florian Ques le 27/03/2026
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[Interview à retrouver dans le magazine de têtu· du printemps, en kiosques ou sur abonnement.] Modèle, créatrice de mode et candidate mémorable de RuPaul’s Drag Race, Gigi Goode a traversé l’Atlantique pour poser ses valises à Paris. À peine installée, elle nous accueille dans son antre de beauté.

Photographie : Yann Morisson pour têtu·

Bienvenue à Paris ! Qu’est-ce qui t’a fait venir ici ?

Je suis venue à Paris l’été dernier pour un mois, puis ça s’est prolongé, encore et encore. J’ai réalisé que j’avais un vrai cercle social ici, encore plus grand que celui de Los Angeles. Je me sentais comme coincée là-bas, je n’y trouvais plus vraiment de sens.

Los Angeles et Paris, ce n’est pas la même ambiance…

Tout est beaucoup plus pratique à Paris, par rapport à Los Angeles où il faut prendre la voiture pour tout et n’importe quoi. Ici, je peux marcher et je suis entrée dans un métro pour la première fois de ma vie ! Et puis, c’est aussi une ville autrement plus riche, historiquement et culturellement.

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Et ton avis sur les Parisiens ?

Je les adore ! Je sais qu’il y a des clichés sur eux, mais je n’ai pas encore eu d’expérience négative. J’ai l’impression que les gens sont plus ouverts et honnêtes qu’à Los Angeles. Paris est aussi une ville où je sens que je peux oser davantage, en termes de mode, sans avoir peur d’être jugée.

Tu as lancé ta première collection en 2024. La suite arrive bientôt ?

J’ai dû me débarrasser de ma machine à coudre en déménageant, mais dès que j’ai un espace à moi, je vais plancher sur une nouvelle collection pour laquelle j’ai déjà les croquis. Je veux faire appel à des étudiant·es en mode pour m’aider.

On imagine qu’en tant que modèle, tu as une routine beauté bien rodée !

J’y passais beaucoup plus de temps quand je faisais une forme de drag bien plus pointilleuse sur scène. Maintenant, mon but est de passer le moins de temps possible dans ma salle de bains. Je commence par laver mon visage avec un nettoyant CeraVe par exemple, sans parfum sinon ça m’irrite la peau. Puis je me rase et j’hydrate : c’est une étape obligatoire, mais je ne suis pas très regardante sur les marques. J’utilise en général les échantillons qu’on m’envoie, comme ceux de Kiehl’s ou Sunday Riley. Ensuite, j’applique un sérum antirides en stick sous les yeux et sur le front, pour terminer par une protection solaire.

Tout ça en… ?

Dix minutes, en comptant un peu de maquillage très léger. Mais depuis ma transition, qui m’a permis d’être plus l’aise avec mon corps, ce qui me prend le plus de temps est ce que j’appelle la “douche totale”. Elle comprend le lavage et l’hydratation des cheveux, le gommage du corps et le rasage de la tête aux pieds… Pour tout ça, je vise au moins une heure. D’ailleurs, je laisse couler de l’eau froide sur les zones fraîchement rasées, ça resserre les pores et permet d’éviter les poils incarnés !

Et le maquillage, indispensable ?

Je le fais un peu tous les jours dans le but de féminiser mon visage. J’applique des traits fins de fard à paupières pour que mes yeux paraissent davantage en amande. Je reste légère sur les sourcils pour qu’ils semblent plus fins et plus clairs. Enfin, je dessine le contour de ma bouche afin qu’il y ait moins d’espace entre les lèvres et le nez, car ça trompe le regard et te fait paraître plus jeune.

D’où sortent toutes ces astuces beauté ?

Ce sont toutes mes sœurs trans avec plus d’expérience que moi qui me les ont apprises. Elles m’ont partagé plein d’autres astuces pour bien récupérer après une opération ou s’assurer qu’une cicatrice ne reste pas sur la durée. Ça m’a sauvé la vie !

Quelle est la pire erreur qu’on puisse faire en maquillage ?

Il ne faut jamais s’endormir sans s’être démaquillée. Même si tu t’es couchée ivre !

Aimes-tu ton reflet dans le miroir ?

Aujourd’hui oui, mais c’était laborieux. C’est vraiment après mon opération de féminisation faciale que j’ai développé un rapport plus sain à mon apparence. Je ne pense pas être vaniteuse, mais disons que quand je vois mon reflet, je vois le chemin parcouru, et ça me fait extrêmement plaisir.

Quel est ton indispensable de salle de bains ?

Un rasoir ! J’en ai toujours un avec moi, en cas d’urgence, ou par exemple au cas où je reste dormir chez un homme…

Quel est ton meilleur souvenir lié à la salle de bains ?

Sans doute ma première expérience de maquillage. J’allais dans la salle de bains de ma mère et elle avait une palette de la marque Clinique qui contenait un blanc nacré, un rose poudré et un marron mat, ainsi qu’un petit pinceau. Quand je gardais ma cousine de 4 ans, je lui faisais un glam complet avec cette palette !

Et ton pire souvenir ?

Quand j’étais petite, mon frère avait une tortue et il lui faisait prendre des bains. Sauf qu’une fois, il ne s’est pas rendu compte que l’eau était bouillante… Speedy ne s’en est malheureusement pas sorti. C’était terrible.

Qu’y a-t-il de plus intime dans ta salle de bains ?

Probablement mes hormones. C’est ce que je garde de plus sacré dans cette pièce.

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