Chants homophobes, tensions autour du drapeau LGBT, absence de joueur ouvertement gay… À l'occasion de la Coupe du monde 2026, Julien Pontes, porte-parole de Rouge Direct, dresse le constat d'un football qui peine toujours à faire appliquer ses propres règles contre les discriminations.
La Coupe du monde masculine de football bat son plein en Amérique du Nord (États-Unis, Canada et Mexique). Mais plusieurs groupes de supporters queers ont renoncé à s'y rendre pour des questions de sécurité, des chants homophobes ont été entendus dans les stades lors de certains matchs, et l’Iran s’est opposé aux drapeaux LGBT lors du “match des Fiertés" face à l’Égypte. Bref, l’homophobie galope encore allègrement sur les pelouses… Le point sur ce combat de Sisyphe avec Julien Pontes, cofondateur du collectif de lutte contre l’homophobie Rouge Direct et auteur d’un livre sur le sujet à paraître en août, La ligue des homophobes.
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Rouge Direct signale chaque semaine les chants et propos homophobes tenus dans les stades, et ça vaut en Ligue 1 comme au Mondial…
Julien Pontes : Au Mondial, on assiste à un spectacle en grand de ce qu'il se passe dans le football français. Il faut appliquer le protocole de tolérance zéro de la Fifa contre les discriminations, qui prévoit d'arrêter le match en cas de manifestation d'homophobie. Il y a alors une première annonce du speaker pour prévenir que si ces chants ne cessent pas, le match risque d'être définitivement interrompu. C'est un protocole qui est raisonnable, qui existe, mais qui n’est pas appliqué.
Vous proposez, avec la députée Danièle Simonnet, d'inscrire dans la loi une obligation de résultat pour les clubs : qu’est-ce que ça changerait ?
C’est la solution qui nous paraît la plus efficace et la plus accessible pour mettre les clubs de football face au désordre provoqué par leurs supporters. Cette proposition de loi de Danielle Simonnet vise à inscrire dans le code du sport un arrêt du Conseil d'État qui impose déjà cette obligation de résultat. Concrètement, cela permettrait de rendre automatique l’application du règlement. Parce qu’un arrêt du Conseil d'État peut être remis en cause par une décision administrative. Quand c’est dans la loi, c’est plus solide : manquement à l’obligation = sanctions. On ne demande rien d'extravagant, cette proposition de loi aurait dû être signée par des centaines de députés et portée par la ministre des Sports ! Mais il ne s’est finalement rien passé.
On n'entend pas la ministre des Sports, Marina Ferrari, sur les sujets LGBT+ : comment sont vos relations avec elle ?
On lui a adressé un courrier le 2 janvier, avec l'Inter-LGBT, Stop homophobie, SOS homophobie, la Fédération LGBT+, le Football Paris-Arkansas et le Paname Pride. On voulait lui demander un rendez-vous, notamment au sujet de notre demande d’inscrire dans le code du sport cette obligation de résultat. On a eu une première réunion avec son cabinet en février, on devait rencontrer la ministre en avril, on n'a pas eu de proposition de rendez-vous. Donc on a relancé, on devait la rencontrer le 14 mai, et elle a annulé ce rendez-vous… C'est une injure à la communauté LGBT+. On parle d’une coalition LGBT+ importante, avec des acteurs majeurs de la lutte contre l'homophobie, et on n’a toujours pas été reçus ! On n'a jamais vu ça. La ministre refuse de lutter contre l’homophobie dans le football.
Cette année, la Ligue de football professionnel (LFP) a abandonné les couleurs arc-en-ciel pour la journée dédiée à la lutte contre l'homophobie. Ça vous a découragé ?
Cette opération était intéressante, mais elle demandait un travail d'accompagnement des footballeurs pour qu’ils comprennent un minimum le sens de l'action. Il y avait un travail de réflexion à mener avec la LFP, mais ils ont préféré abandonner et se féliciter de la nouvelle opération, qui invisibilise totalement la lutte contre l'homophobie en rassemblant toutes les discriminations. On a fait tout ce qu'on a pu pour dénoncer cet abandon, mais personne n'a répondu. La LFP a jeté à la poubelle 15 ans de lutte contre l'homophobie.
Quand la Fédération française de foot (FFF) organise un tournoi des Fiertés, c'est un moment important selon vous ?
L'impact est minime. Si un joueur professionnel avait partagé le tournoi des Fiertés sur ses réseaux ou été présent ce jour-là, ça aurait pu avoir une visibilité intéressante. Mais l’urgence se passe surtout quand des supporters créent des désordres dans les stades, du Vélodrome au Parc des Princes. C'est surtout là que la lutte contre l'homophobie a du sens.
Vous attendiez des prises de position de la FFF ou des joueurs à l’occasion du premier match des Bleus contre le Sénégal, où sévit une persécution anti-LGBT. Il ne s’est rien passé, qu’en dites vous ?
La criminalisation anti-LGBT au Sénégal s'est dramatiquement aggravée depuis le mois de mars. Ça aurait été un signal fort, et une prise de parole qui coulait de source puisque c’est un pays avec lequel nous avons une histoire commune. Mais évidemment, ça n'a pas été le cas. C'est à la fois pas étonnant et très décourageant.
Le "match des Fiertés" du Mondial est tombé sur la rencontre Iran-Égypte. Un paradoxe ironique…
Ces pays sont parmi les pires en ce qui concerne les droits LGBT mais on aurait tort de se focaliser sur ce match, même s’ils le méritent. Ce gros coup de projecteur sur eux ne doit pas être une façon de dédouaner la responsabilité des 64 autres pays dans le monde qui criminalisent l'homosexualité. Les enjeux sont bien plus importants.
Le football professionnel manque encore cruellement de représentations gays. Si vous étiez un joueur en activité, est-ce que vous feriez votre coming out ?
Au vu des conditions actuelles, ce serait trop risqué. Comment est-ce qu'un joueur gay, dans ce contexte de banalisation de l’homophobie, pourrait prendre un risque pareil ? Cela signifie le risque de faire s'effondrer d'un seul coup toute une carrière, tous les sacrifices réalisés souvent depuis l’enfance. Si je le faisais, ce serait certainement à la fin de ma carrière.
Qui soutenez-vous pendant cette Coupe du monde ?
J'aime bien l'équipe d'Allemagne de Manuel Neuer, qui a pris des position extrêmement claires et fermes, contre l'homophobie, et depuis longtemps.
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