Alors que sa tournée va bientôt passer par la France, nous avons rencontré la chanteuse belge Orlane qui a sorti son album premier Aller-retour sorti en mai 2025.
Sororité, attachement, estime de soi, solitude choisie…Du haut de ses 27 ans, Orlane chante les préoccupations et les désidératas de sa génération. Depuis la sortie de Aller-retour le 2 mai 2025, la chanteuse bruxelloise s’est imposée comme l’une des voix les plus fines de la pop francophone. Récompensée comme Révélation belge de l’année aux NRJ Music Awards 2025, Orlane a rencontré le succès grâce à sa pop efficace traversée par sa bisexualité et vectrice d'un discours lucide et profondément féministe. Elle s'apprête à défendre son album sur les scènes françaises : Bordeaux le 4 décembre, Toulouse le 5, Nantes le 17, Rennes le 18, puis une Maroquinerie parisienne le 7 janvier 2026.
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Avec Aller-retour, Orlane a condensé trois années de chaos affectif et existentiel en quatorze titres qu’elle décrit elle-même comme un "rollercoaster émotionnel, psychologique, amical, amoureux". Elle résume : "J’ai pas mal déménagé, j’ai tourné le dos à mes études de médecine pour faire de la musique. Cet album regorge de tous mes questionnements entremêlés, sur les relations, sur moi. J’ai créé quelque chose qui sort des cases, mais où je me sens bien. Cet album, c’est un petit octopus, avec ses tentacules qui effleurent plusieurs choses. Moi, je me sens bien en équilibre entre tout ça." C’est aussi un disque de travail intérieur : "C’est à travers la musique que je me découvre. J’ai de petites épiphanies en composant. J'extériorise, je comprends mieux ce que je ressens, ce qui me traverse, développe-t-elle. Écrire les choses noir sur blanc, ça aide à prendre de la distance, à avoir une vision plus claire. Les chansons permettent de transformer un évènement compliqué en quelque chose de beau. Créer une chanson, c’est à chaque fois une petite victoire", se réjouit l'artiste. On est moins dans la confession brute que dans une auto-pédagogie émotionnelle, où chaque morceau est un chapitre de thérapie.
La fin du mythe de la fille facile à aimer
Tout commence par un constat amer. Dans la vie de tous les jours, Orlane se sent souvent "trop" ou "trop peu". "L’art, c’est le seul espace où on te permet d’être cette personne mal calibrée qui ne correspond pas aux attentes, explique la jeune femme. Le fait de retranscrire cette impression dans mes sons et de tout simplement l’imposer dans mes chansons, ça fait du bien." La rupture qui traverse Aller-retour n’est pas seulement la fin d’une histoire, c’est la fin d’un mythe, celui de la "fille facile à aimer" qu'on cherche toutes à incarner. "Le point central de cette séparation, c’était moins de savoir s’il s’agissait ou non de la bonne personne, que de devoir confronter certaines parties de moi-même, affirme-t-elle. Dire 'c’est comme ça, je ne vaux pas moins' et ne pas baisser ses standards, c’est tout un apprentissage." Si elle apparaît pétillante et sûre d'elle, les dents ornées de strass et le sourire aux lèvres, elle y lit aussi sa propre histoire d’attachement anxieux et en tire des leçons. "J’ai compris que ma façon de m’attacher était très liée à des traumas liés à la famille qui se sont répercutés sur mon couple. La personne avec laquelle j'étais devenait le miroir de tous ces trucs-là, ce qui venait rallumer des insécurités chez moi." En arrière-plan, ses lectures de Bell Hooks, qu’elle cite à l'envi : le premier geste féministe, c’est d’apprendre à s’aimer soi-même, à séparer sa valeur des diktats qui pèsent sur le corps et sur le couple.
Musicalement, elle transforme cette révolution intime en une électro pop sensible et intense. "Je pense que cet esprit est inhérent la communauté queer : une sensibilité mêlée à une colère qui nous traverse. Cette dualité nous confère de la force", déclare-t-elle. L’album, co-réalisé avec Dani Terreur et Alice et Moi, s’inscrit dans une lignée de pop moderne où la production électro décomplexée sert des textes très écrits, héritiers de la chanson française. Dans "Mal d’amour", c’est un flou entre amitié et désir entre filles qui affleure, comme un rite initiatique discret par lequel on est toutes passées : "On comprend que je parle d’une relation avec une fille à travers les accords. C’est subtil, mais c’est là parce que c’est comme ça que ça m’est venu." Avec "Amour pluriel", un morceau prévu pour la fin de l'année, elle compte poser clairement les thermes. "C'est le premier titre où j’ai l’impression de faire un coming out", réalise-t-elle. Elle y décrit avec honnêteté et vulnérabilité son itinéraire queer, comment elle s’est "découverte, comprise puis affirmée". Sa queerness n’est pas un gimmick, elle infuse la manière dont elle raconte l’amour, la rupture, les allers-retours émotionnels.
"La seule constante, c’est que je serai toujours là pour moi"
Si Aller-retour fonctionne aussi bien, c'est parce qu'il est sincère. La sororité dont il est question se retrouve dans les moindres recoins de la vie d'Orlane. "Un espace sans masque, sans pudeur sociale, où il est permis de creuser, de se remettre en question, surtout entre copines. On décortique les choses ensemble, on les affronte ensemble", tranche-t-elle. Son public est à l'image de ce noyau dur : "Il est principalement composé de queers et de meufs qui soutiennent les meufs. Une communauté très bienveillante." Et pourtant, le centre de gravité se déplace peu à peu vers la solitude choisie : "J’ai développé de l’attachement anxieux, une peur de l’abandon. J’essaye d’intégrer que la seule constante, c’est que je serai toujours là pour moi et que si les autres décident de partir, c’est ok, je serais là", décide-t-elle. Habiter la solitude devient une pratique, pratique qui relève du défi pour une fille unique qui s'y est toujours refusé : "Je voulais devenir cette fille capable de s'épanouir seule. Alors j’en ai parlé en musique et ça m’a permis d’y parvenir. ‘Fake it till you make it’ comme on dit." "Mes parents et mes copines sont mes piliers. Ils composent mon armure en attendant que je me forge une carapace", relativise-t-elle. Sororité, famille choisie, cabarets, école de danse queer bruxelloise. Tout son écosystème dit la même chose que ses chansons – mieux vaut être seule, entourée des bonnes personnes, que mal accompagnée au centre de la scène.
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Crédit photo : Clotilde, PIAS