[Interview à retrouver dans le magazine têtu· de l'hiver, disponible chez vos marchands de journaux ou livré chez vous sur abonnement.] Enceinte, l'humoriste Tahnee fait une petite pause dans sa carrière. Cela ne l'a pas empêchée de nous accueillir dans sa salle de bains pour parler grossesse, routine beauté et vergetures.
Photographie : Audoin Desforges pour têtu·
- Ça fait quoi, de se voir enceinte dans le miroir ?
Derrière cette grossesse, il y a eu un parcours de PMA, long et fastidieux, qui a suscité beaucoup de charge mentale. Alors, quand j’ai appris que j’étais enceinte, et surtout quand ça a commencé à se voir, j’ai ressenti une immense gratitude envers mon corps. C’est peut-être pour ça que j’aime autant le montrer sur les réseaux !
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- C’est perturbant de voir son corps se modifier au fil des mois de grossesse ?
C’est vertigineux de voir son corps autant se transformer. Surtout quand on sait que certaines traces resteront… Mais il y a aussi les changements qui ne se voient pas : par exemple, à cause des hormones, je peux traverser toutes les émotions en une seule et même journée. De vraies montagnes russes !
- Tu tenais à porter l’enfant pour le couple ?
Je voulais vivre cette expérience, et ma compagne moins. Ma comparaison va être pétée, mais pour moi cette expérience, c’est un peu comme si tout le monde te parlait d’une attraction incroyable dans une fête foraine : ce serait idiot d’y aller sans la faire !
- Tu fais partie des personnes qui ont toujours su qu’elles voulaient être parent ?
Ça a toujours été là, sans doute à cause du "ils-se-marièrent-et-eurent-beaucoup-d’enfants" qu’on nous rabâche. Mais quand tu comprends que tu es lesbienne, tu réalises que ça ne va pas forcément être simple, et alors, ça devient une vraie réflexion. J’avais vraiment envie, parce que j’ai toujours aimé les enfants, les bébés… J’ai un neveu et deux nièces, je les adore, c’est une source d’amour immense. Je savais que c’était pour moi.
- Être enceinte, c’est aussi ralentir niveau carrière. Tu le vis comment ?
Difficilement, car je suis de nature assez hyperactive. J’ai fait ma dernière scène à La Flèche d’or en novembre, et ça m’a fait un pincement au cœur de me dire que je n’allais pas jouer pendant au moins quatre mois. Ça fait un moment que je n’avais pas fait de pause aussi longue. Mais c’est une bonne chose, car on s’autorise très peu de pauses dans le milieu du spectacle. Et puis la grossesse m’inspire des blagues, j’aurai de la matière pour mon retour !
- Si ton enfant s’identifie comme un p’tit mec hétéro cisgenre, c’est la panique ?
Il faut se préparer à cette éventualité ! Mais je vois davantage les choses dans l’autre sens : si mon enfant est queer, je sais qu’il aura plein de ressources et qu’il grandira dans l’environnement le plus sécurisant possible.
- Avec ta compagne, vous avez commencé à aborder le sujet de l’éducation ?
Ce qui est sûr, c’est qu’il ou elle aura deux mamans et un entourage majoritairement queer : il baignera dans cet environnement-là. J’espère qu’il s’en imprégnera un peu, car la culture queer est très belle, elle propage des messages universels forts : s’accepter, être fier de son corps, s’affirmer en dépit des différences…
- Quel est ton indispensable de salle de bains ?
La musique ! J’aime prendre ma douche en chanson. C’est l’endroit où j’arrive le plus à me couper du monde et où j’ai souvent des idées de blagues.
- Ça t’arrive de prendre des bains pour te détendre ?
Parfois, même si je culpabilise, car ça consomme beaucoup d’eau. J’en prenais pas mal au début de la grossesse, mais aujourd’hui, c’est fini, car je suis incapable de trouver une position confortable dans la baignoire !
- Ta routine beauté a-t-elle changé depuis que tu es enceinte ?
Ma routine beauté était déjà très limitée. Je reste une petite gouine Decathlon : une brosse à dents, une crème de jour et un shampooing me suffisent. Mais je fais quand même davantage attention à ma peau. J’utilise des crèmes hydratantes à base de vaseline, car j’ai commencé à avoir de grosses vergetures au niveau de la poitrine. Sexy, pas vrai ?
- Quel est ton meilleur souvenir de salle de bains ?
Quand j’habitais dans un petit appartement dans le 12e arrondissement de Paris, j’aimais bien jouer de la guitare dans ma salle de bains, car il y avait une jolie résonance. Je faisais des reprises que je postais ensuite sur YouTube. J’en avais notamment fait une d’Oxmo Puccino… qui m’a ensuite demandé de venir l’interpréter dans une session de Planète Rap !
- Qu’y a-t-il de plus intime dans ta salle de bains ?
Mon corps. La salle de bains est l’endroit où je me connecte avec mon corps, je le regarde changer. Je vois la peau qui s’étend, les cheveux blancs qui apparaissent, les boutons… C’est un vrai moment de connexion à soi, et comme je suis quelqu’un d’assez pudique, c’est vraiment un espace privilégié.
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