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interviewRobyn : "C’est toujours mauvais signe quand la pudeur s'invite dans la pop culture"

Par Florian Ques le 27/03/2026
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Interview à retrouver dans le magazine de têtu· du printemps, en kiosques ou sur abonnement.] Avec son neuvième album, Sexistential, dans les bacs ce vendredi 27 mars, la pop-star suédoise Robyn casse son image de romantique esseulée pour révéler une autre facette : celle d’une mère célibataire à l’appétit sexuel exacerbé. Rencontre avec un monument mésestimé de la scène pop internationale.

"Be Mine !", "With Every Heartbeat", "Dancing On My Own"… De décennie en décennie, tube après tube, Robyn est devenue la "reine des peines de cœur". Mais à 46 ans, l’artiste a décidé de mettre de côté cette image qui lui colle à la peau et se réinvente avec son nouvel album, Sexistential, où se confrontent son identité de mère célibataire – elle a donné naissance, par procréation médicalement assistée (PMA), à un petit garçon en 2022 – et celle d’une femme libre, à l’aise avec sa sexualité débordante. Épaulée par le producteur Klas Åhlund, avec qui elle avait travaillé sur Body Talk, son magnum opus paru en 2010, la chanteuse offre un neuf-titres terriblement efficace, dans lequel elle explore sa dualité au son d’une dance pop bouillonnante.

La semaine dernière, j’ai chanté “Dancing On My Own” au karaoké avec des amies. Je suis obligé de te le signaler !

J’adore ! [Rires.] Je ne me suis jamais lassée de cette chanson. En revanche, je me suis lassée de cet archétype de femme triste que j’ai longtemps incarné. Quand je réécoute ce titre [qui parle d’un amour non réciproque, ndlr.] aujourd'hui, je repense à la Robyn qui écrivait ces paroles et je la vois moins comme une victime que comme une héroïne. Je n’avais juste pas le recul nécessaire à l’époque pour en prendre conscience.

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Il s’est passé huit ans entre Body Talk et Honey, puis huit autres encore entre Honey et Sexistential. C’est ton chiffre porte-bonheur, celui qui te permet de sortir un excellent album pop ?

Huit ans, déjà ? [Elle marque une pause.] Mince, c'est vrai ! Après ma tournée précédente, je voulais vite enchaîner avec un album, mais il y a eu la pandémie et ça a tout décalé. J'ai ensuite changé de manager, j'ai eu un bébé… Tout le processus a été ralenti.

Que signifie pour toi ce mot-valise, "sexistential", qui est à la fois le titre de l’album et celui de la chanson la plus expérimentale du disque ?

Pour moi, l’enjeu était de retranscrire ma réalité. Ces dernières années, j'ai dû affronter mes peurs à l'idée de devenir parent tout en continuant de m’amuser et de faire des rencontres. Les attentes que le monde ­extérieur projetait sur moi en tant que mère célibataire me rendaient comme claustrophobe. Je craignais de faire un énième album triste et ce n’est finalement pas le cas : ce disque représente huit ans de ma vie durant lesquels j'ai dû renégocier ma conception de l'amour, du plaisir et de l’intimité.

Dans ce titre aux paroles très décalées, tu parles de ta grossesse !

Il n'était pas facile à écrire ! Dans ma musique, je ne sais parler que des choses que j'ai directement vécues et je voulais retranscrire des expériences très spécifiques. J'ai choisi de le faire avec une certaine ironie et cette approche humoristique qui m’a libérée.

Sabrina Carpenter a récemment signé avec Man’s Best Friend un album très chaud. Penses-tu qu’il faille remettre ce genre de musique au goût du jour ?

Carrément ! Notre époque me rappelle les années 1990, quand ma carrière a débuté. Il y avait une mentalité assez prude et conservatrice dans la pop et j’avais l’impression de ne pas pouvoir me sexualiser, au risque de me sentir comme une proie. J'ai ce même sentiment aujourd’hui, sauf que j'ai davantage confiance en moi. C’est toujours mauvais signe quand la pudeur s'invite dans la pop culture…

On ressent ainsi dans les textes de ton nouvel album une forme de libération, qui tend même vers un esprit de rébellion…

Absolument ! Mais ce n’est pas parce qu’on ressent cette énergie-là en écoutant l’album que je l'ai conçu dans ce même état d'esprit. Ç'a été un processus de création à la fois très méthodique et minutieux, pendant lequel j’essayais d’invoquer un sentiment de spontanéité folle. Cette idée de contraste a vraiment nourri tout le projet.

Est-ce aussi cette soif de liberté qui t’a poussée à devenir artiste indépendante dès 2005 ?

Absolument, et je ne l'ai jamais regretté ! C’était une décision énorme et pas des plus faciles à prendre, même si j’avais une stabilité financière. J'ai été soutenue et j’avais un vrai réseau dans l’industrie musicale. Je pense que c'est plus délicat aujourd’hui pour de jeunes artistes qui voudraient se lancer en ­indépendants, notamment à cause du rôle des réseaux ­sociaux qui font qu’il est difficile pour leur musique de ne pas être enterrée par les algorithmes…

Nombre d’artistes, comme Zara Larsson, Tove Lo ou Charli xcx t’ont citée comme influence. Et toi, es-tu inspirée par cette jeune génération de pop-stars ?

Mais tellement ! Charli est une amie de longue date et on a toujours des conversations éclairantes quand on se croise. Addison Rae a conçu un superbe album l’an dernier. J’aime aussi beaucoup Mk.gee, même si ce n’est pas un artiste pop. Après les années 1980, où des artistes comme David Bowie, Kate Bush, Prince ou Madonna ont révolutionné la pop, celle-ci a été vue comme honteuse. Je pense qu’on est en train de reprendre conscience de son pouvoir.

Existe-t-il une recette miracle pour faire un morceau pop mémorable ?

Il faut comprendre comment le rythme affecte la mélodie et il est parfois plus judicieux d’épurer que d’ajouter trop d’éléments. Less is more ! Mais en vérité, tout est très instinctif. Il n'y a pas de recette à suivre et c’est ce que j’aime avec la musique. C’est un mystère constant que je ne veux absolument pas élucider.

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Crédits photo : Casper Sejersen