[Rubrique à retrouver dans le magazine de l'été, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.] La Twingo, dont Renault vient de lancer une nouvelle version 100% électrique, occupe une place à part dans l'imaginaire automobile. La petite citadine le doit autant à son sourire que parce qu'elle a su incarner, depuis 1993, l'ouverture d'esprit d'une génération.
“À vous de ré-inventer la vie qui va avec.” En pleine crise de l’essence, la relance de la Twingo, en version 100% électrique, tombe à pic. Dans la veine nostalgique qui a réussi à la Renault 5 en 2024, la marque au losange surfe cette fois la vogue des années 1990 avec le retour de “la grenouille”, dont le slogan originel n’a pas pris une ride.
Quand la Twingo surgit dans le paysage automobile, en 1993, Renault domine les ventes en France avec son premier modèle en “o”, la Clio, lancée trois ans plus tôt. La nouvelle venue doit compléter l’offre du constructeur français avec une citadine moins chère. Et si sa grande sœur se vend comme des petits pains, c’est la cadette qui deviendra une voiture générationnelle, tant elle colle à l’ambiance pop de son époque : Madonna et Michael Jackson dominent les classements musicaux, Céline Dion chante Ziggy, “un garçon pas comme les autres”, Jordy “dur dur d’être un bébé”.
Zéo, Tatoo, Twingo
Ce vent de liberté joyeuse, qui marque le tournant des années 1980-90, souffle aussi sur le design. Les objets prennent des couleurs, comme l’iMac G3 d’Apple, et se mettent à sourire, à l’instar du téléviseur Zéo, dessiné par Philippe Starck pour Thomson. Avec ses phares écarquillés et ses couleurs de M&M’s, la petite Renault ne choisit pas. Loin des bagnoles pensées sur le mode de l’agressivité et de la conquête, elle joue la carte du “charme, pour établir un dialogue positif avec son propriétaire”, explique Patrick le Quément, directeur du design industriel de Renault de 1988 à 2009. Pour le nom, ce sera pareil : il lui faut rompre avec les chiffres désincarnés, comme la Safrane juste avant elle, en moins CSP+. La vogue est aux Wanadoo, Bi-Bop, Tatoo… Ce sera Twingo, un mot dansant, à la croisée du twist et du tango, avec un zeste de swing.
Rompant à son tour avec les codes du marché, la première pub télévisée de la Twingo ne filme pas le produit. Sur une musique enfantine, le trait naïf de l'auteur de BD Philippe Petit-Roulet, y figure, dans un paysage urbain gris et rectiligne, l’arrivée de l’ovni arc-en-ciel tout en rondeurs. La Twingomania prend, et la “grenouille” s’installe dans la culture populaire comme la “dodoche” avant elle.
Une voiture à pédales ?
Avec sa Twingo 4 au sourire retrouvé, la marque compte clairement réactiver le capital de sympathie de cette madeleine générationelle. Une auto gaie qui proclame “à vous d’inventer la vie qui va avec”… Au fait, la Twingo serait-elle une voiture à pédales ? La question n’a rien d’électrique : peu de modèles ont à ce point tourné le dos aux récits de puissance et de statut si fréquents dans l’automobile.
En 2008, cette image déconstruite sert d’ailleurs une nouvelle série de spots publicitaires. Dans notre préféré, un jeune homme tombe sur son père en drag queen, et c’est OK : “Bien dans son époque, bien dans sa Twingo”, proclame le nouveau slogan concocté chez Publicis. Aujourd’hui, c’est dans le coffre qu’est tatoué le mantra de la petite Renault : “Ouvert d’esprit”. C’est peut-être un détail pour nous, mais en 2026…