expoRétrospective Gianni Versace, l'alchimiste de la mode

Par Ivan Zhekov le 17/07/2026
Exposition sur le couturier Gianni Versace à Paris

Après Londres, Berlin et Malaga, la rétrospective Gianni Versace installe ses quartiers au Musée Maillol, à Paris.

Il transformait tout en mode, même le kitsch. Près de trente ans après son assassinat, le 15 juillet 1997, Gianni Versace fait l’objet d’une exposition itinérante qui investit le Musée Maillol, à Paris (VIIe), jusqu’au 31 octobre. Vêtements, croquis, photographies, accessoires, images de défilés : la Gianni Versace Retrospective rassemble plus de 600 objets qui racontent l’itinéraire prolifique du créateur italien et les racines de son génie unique.

En ouverture de la rétrospective, les années 70 qui ont vu naître le maître. La mode italienne est alors définie par une élégance sobre : coupes droites et couleurs neutres sont de rigueur. Mais en créant sa marque en 1978, un jeune styliste de 32 ans vient bousculer Milan, la capitale italienne de la fashion. Lui ne vient pas de la bourgeoisie du nord de l’Italie mais de Calabre, une région du sud fortement marquée par les civilisations de la Grèce antique, dont la culture nourrit profondément son esthétique. On en retrouve les traces dans les pièces exposées de cette première période : la fameuse tête de Méduse qui fait le logo de la marque, ou encore le méandre grec, un motif labyrinthique dont il fait sa marque de fabrique. 

Versace, la Calabre à Milan

En s'inspirant de l’environnement de son enfance, qu’il mêle à l'iconographie byzantine et aux motifs baroques des palazzos italiens, Gianni Versace montre que la mode est avant tout personnelle. En résulte un style déjà inimitable, rehaussé par une approche maximaliste qui lui donne une patte jugée “mauvais goût”. Mais l’Italien est un boulimique de l’art. Dans les années 80, sa rencontre avec Andy Warhol, initiateur du mouvement pop art, donne un nouveau carburant à sa propre créativité. Pour sa collection printemps/été 1991, Versace reprend à l’Américain ses portraits de Marilyn Monroe et de James Dean, dont il fait un motif sur une robe portée par Naomi Campbell, exposée au Musée Maillol. Vingt-sept ans plus tard, pour la collection printemps/été 2018, un défilé hommage à Gianni, le motif est réinterprété et posé sur deux robes et une combinaison strassée. Cette année, la chanteuse américaine Sabrina Carpenter et l’influenceuse française Léna Situation ont porté la robe lors du Met Gala à New York. 

Les années 1990 sont un parfait terrain d’épanouissement pour Gianni Versace. La société du spectacle passe la seconde, pratiquant allègrement le mélange des genres qu’il affectionne tant. Pour son clip de “Freedom ! ‘90”, George Michael en appelle aux mannequins qui ont fait leurs débuts sur le podium de Versace : Naomi Campbell, Christy Turlington, Linda Evangelista, Cindy Crawford et Tatjana Patitz. Un an plus tard, pour un défilé XXL (109 looks et 47 minutes !), l’Italien invite ces mêmes femmes à marcher sur ladite chanson. La boucle est bouclée et les supermodels sont nées : plus seulement des mannequins mais des stars de premier plan, au même titre que Madonna. Un tournant de la mode que nous fait revivre une salle entière de l'exposition.

Gianni, des idées de génie

Encensé, libéré, le styliste italien ajoute une dernière couche à sa griffe personnelle : ses inspirations plongent de plus en plus dans l’imaginaire gay, tendance BDSM. Un matériau inépuisable pour celui qui ambitionne de libérer l’homme de son carcan du costume trois-pièces et d’en faire un objet de désir. Le voilà qui habille les hommes en gilets de cuir ou Madonna en maîtresse domina pour des clichés dans le livre de la chanteuse, Sex. Cette mise en valeur du cuir sert une visibilité queer audacieuse : Versace ne cache ni se références, ni son homosexualité, et s’implique d’ailleurs dans la lutte contre l’épidémie de sida. Parmi les rares stars à offrir son nom et sa visibilité pour la cause, il soutient l’amfAR, la fondation pour la recherche contre le sida fondée par Elizabeth Taylor.

In fine, la Gianni Versace Retrospective est aussi le flash-back de toute une génération artistique. La fusion entre mode et pop culture se traduit jusque dans le cercle proche du créateur : Madonna mais aussi Kylie Minogue, Grace Jones ou encore Elton John. Ce dernier devient un des plus grands collectionneurs de Versace, avec plus de 100 chemises, dont certaines sont présentées dans la rétrospective. Une autre star de l’époque, Prince, crée la bande-son du défilé Haute Couture automne/hiver de 1995, qui est en réalité un avant-goût de son dix-septième album, The Gold Experience. Quelques mois plus tard, pour promouvoir sa collection printemps/été 96, Gianni rappelle le kid de Minneapolis pour un shooting avec le photographe de mode le plus recherché du moment, Richard Avedon. Prince y pose en débardeur métallique, comme une cotte de maille, arborant sur sa joue l’inscription “Slave” (esclave), image qui annonce sa rupture avec sa maison de disques. Si Gianni Versace est devenu le couturier de référence des stars les plus engagées, c’est qu’il a déjà compris que dans la mode, l’image compte autant que le vêtement.

>> La Gianni Versace Retrospective est à découvrir au Musée Maillol, à Paris, jusqu'au 31 octobre.

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