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musiquePet Shop Boys, 40 ans d'utopie pop

Par Laure Dasinieres le 29/06/2026
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[Article à retrouver dans le magazine de l'été, en kiosques ou sur abonnement.]Premier album du duo de synth pop britannique Pet Shop Boys, Please fête ses 40 ans. Alors qu'il s'apprête à fêter ça lors d'un concert au Zénith ce 1ᵉʳ juillet, retour sur cinq chansons phares de ce groupe symbole d’une jeunesse gay dansant pour conjurer le VIH-sida et le thatchérisme.

"West end girls" (1984)

Sortie pour la première fois en single en 1984, cette chanson connaît son véritable succès en 1986, lors de sa ressortie, devenant celle par qui Neil Tennant et Chris Lowe accèdent à la notoriété : elle est vite numéro un au Royaume-Uni, au Canada et aux États-Unis. Morceau mêlant synthpop et influence hip-hop – un genre en pleine émergence –, "West End Girls" s’inspire pour ses paroles du poème The Waste Land (La Terre vaine) de T. S. Eliot et aborde le sujet des différences sociales, dans une pure tradition anglaise que l’on retrouvera plus tard chez Blur ou Pulp. Quarante ans après sa sortie, "West End Girls" reste un hit : alors qu’elle est peu reprise dans la fiction ou la publicité, cette chanson a été lancée 70 millions de fois sur les plateformes de streaming britanniques en 2024, ce qui en fait la chanson des Pet Shop Boys la plus écoutée.

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"Always on My Mind" (1987)

En 1987, Neil Tennant et Chris Lowe sont invités sur la chaîne britannique ITV pour une émission spéciale consacrée aux dix ans de la mort d’Elvis Presley. À cette occasion, ils reprennent "Always on My Mind", chanson enregistrée par le King en 1971, et la transforment en tube Hi‑NRG aux accents dance-pop et disco. À Noël, cette année-là, le morceau est le single numéro un des ventes au Royaume-Uni. Un marqueur culturel particulièrement fort outre-Manche. Classée parmi les meilleures reprises de tous les temps dans un sondage de la BBC en 2014, la chanson figure dans plusieurs films appréciés par la communauté queer, comme Matthias et Maxime, de Xavier Dolan, en 2019, ou All of Us Strangers, d’Andrew Haigh, sorti en France en 2023 sous le titre Sans jamais nous connaître. On l’entend également en 2017 dans une publicité Burberry mettant en scène Cara Delevingne et Matt Smith.

"It’s a Sin" (1987)

Premier extrait de l’album Actually, "It’s a Sin" continue d’explorer la trame synthpop tout en laissant apparaître une dimension camp, théâtrale et dramatique qui deviendra une signature du duo. Le titre s’inspire directement de l’éducation catholique très stricte que Neil Tennant a reçue à la St. Cuthbert’s High School de Newcastle, ville du nord de l’Angleterre. "Quand j’allais à l’école, on nous enseignait que tout était un péché", raconte le chanteur. Avec un clip mis en scène par Derek Jarman, artiste et cinéaste gay mort du sida en 1994, difficile de ne pas voir dans ce "péché" une référence à l’homosexualité, à une époque où l’épidémie de VIH-sida commence à faire des ravages. En 2021, la chanson donne d’ailleurs son nom à la minisérie It’s a Sin, de Russell T. Davies, qui suit des jeunes gays dont la vie est bouleversée par l’épidémie de VIH dans les années 1980. Une référence qui conduira Olly Alexander, acteur principal de la série, et Elton John à reprendre le morceau sur la scène des Brit Awards cette même année.

"Being Boring" (1990)

Extraite du quatrième album des Pet Shop Boys, Behaviour, paru en 1990, "Being Boring" s’inscrit dans la plus pure tradition synthpop et new wave britannique. À la fois dansante et mélancolique, la chanson est accompagnée d’un clip en noir et blanc aussi glamour qu’intemporel, réalisé par le photographe américain Bruce Weber, qui signe alors aussi plusieurs campagnes pour Calvin Klein. Si le titre trouve son origine dans une critique japonaise reprochant au duo d’être devenu "ennuyeux", la chanson évoque surtout le passage à l’âge adulte, la mémoire et la perte. Elle revêt une résonance très personnelle pour Neil Tennant. "Elle parle de l’un de mes amis, qui est mort du sida. Elle évoque notre adolescence, notre déménagement à Londres, le fait que j’aie réussi ma vie, tandis que lui est tombé malade", explique le chanteur. Il consacrera deux autres morceaux à cet ami disparu : "It Couldn’t Happen Here", en 1987, et "Your Funny Uncle", en 1989. Considérée par The Guardian comme l’une des plus belles chansons jamais écrites sur l’épidémie de sida, "Being Boring" est également souvent vue comme l’un des sommets de la discographie du duo.

"Go West" (1993)

"Go West" est d’abord interprétée en 1979 par les Village People. Même si son compositeur s’est défendu d’en avoir eu l’intention, le morceau devient rapidement un hymne gay célébrant San Francisco comme un eldorado homosexuel. Les Pet Shop Boys, qui assument pleinement cette ode à une utopie queer, la reprennent d’abord lors d’un concert caritatif organisé à Manchester au profit d’une association de lutte contre le VIH-sida en 1992, avant de la sortir en single l’année suivante. Le duo abandonne alors la patine disco de la version originale au profit d’une production ­synthpop plus froide, dont les accents rappellent l’hymne soviétique. Le clip détourne d’ailleurs toute une imagerie communiste, si bien que la chanson est souvent interprétée comme une référence à la chute de l’URSS, survenue deux ans plus tôt. Cette double lecture explique sans doute pourquoi le morceau apparaît aussi bien dans Priscilla, folle du désert, de Stephan Elliott (1994), que dans Au-delà des montagnes, de Jia Zhangke (2015). Ironie du sort, tant on connaît l’homophobie qui règne au sein des stades, "Go West" est devenue, dans des versions adaptées, un chant repris par des supporters de clubs de football dans plusieurs pays, dont la France.

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Crédit photo : Extrait du clip Being Boring des Pet Shop Boys, réalisé par Bruce Weber