En février, Wendy et Diana avaient été arrêtées en vertu de la loi anti-homosexualité en Ouganda, accusées de s'être embrassées en public.
Les poursuites sont abandonnées, mais la peur reste intacte. Ce vendredi 17 juillet, le parquet ougandais a confirmé l'abandon de la procédure pénale visant deux femmes arrêtées en février dernier à Arua, dans le nord du pays d'Afrique de l'Est, pour s'être embrassées en public. "Je confirme que l'affaire a été abandonnée", a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) la porte-parole adjointe du parquet, Irene Nakimbugwe, sans qu'aucune explication détaillée n'ait été donnée sur les motifs de ce revirement.
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Tout part d'une dénonciation de voisinage, le 18 février, dans un quartier d'Arua où vivent Wendy F. et Diana D., âgées de 21 et 22 ans. Selon la porte-parole de la police locale, citée par l'AFP, "les voisins ont contacté la police en se plaignant que les deux femmes se livraient à l'homosexualité et avaient été vues en train de s'embrasser en public". Les accusateurs auraient même pris des photos pour les transmettre aux enquêteurs. Placées en détention, les deux suspectes sont restées incarcérées plusieurs semaines avant d'être libérées sous caution.
L'homophobie institutionnalisée en Ouganda
La nouvelle loi anti-homosexualité ougandaise, votée en 2023, figure parmi les législations homophobes les plus dures au monde. Elle punit les rapports homosexuels de la prison à vie et instaure un crime d'"homosexualité aggravée", passible de la peine de mort. La "promotion" de l'homosexualité est elle aussi criminalisée, tout comme le fait de louer un logement à un couple de même sexe ou de ne pas dénoncer une personne homosexuelle de son entourage.
Dans un rapport publié en mai 2025, l'ONG Human Rights Watch souligne que la loi a "institutionnalisé l'homophobie" et fait basculer la communauté LGBT ougandaise dans "un climat de peur". L'ONG HRAPF, forum de promotion des droits humains en Ouganda, avait recensé 55 arrestationss sur le fondement du texte dès l'année suivant sa promulgation. Volker Türk, haut-Commissaire de l'ONU aux droits humains, parle quant à lui de 600 violations des droits humains liées à l'orientation sexuelle ou à l'identité de genre depuis l'adoption de la loi.
Dans ce contexte, l'abandon des poursuites lesbophobes contre les deux femmes d'Arua a été accueilli avec soulagement mais réserve. Frank Mugisha, avocat des droits humains en Ouganda, rappelle qu'"elles n'auraient jamais dû être arrêtées, détenues ou soumises à une procédure pénale pour un acte consensuel présumé car embrasser n'est pas un crime, et personne ne devrait être persécuté pour ce qu'il est ou pour la personne qu'il aime". Et de plaider à nouveau pour l’abrogation du texte. Reste que dans ce pays majoritairement chrétien et conservateur, le durcissement de la loi ant-homosexualité a été largement soutenu par l'opinion publique.
Crédit photo : AFP