Abo

séries"Paolo" sur HBO Max : Sébastien Marnier, revanches de classe

Par Florian Ques le 25/09/2026
sébastien,marnier,paolo,réalisateur,HBO,max,série

[Portrait à retrouver dans le magazine de l'automne, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.]Depuis Irréprochable, Sébastien Marnier filme des personnages prêts à tout pour entrer dans des mondes qui ne veulent pas d’eux. Une obsession née de sa propre histoire, qu’il prolonge avec Paolo, sa première série disponible dès ce 25 septembre sur HBO Max.

En une dizaine d’années, Marina Foïs, Laurent Lafitte ou encore Laure Calamy se sont succédé devant la caméra de Sébastien Marnier. Depuis Irréprochable, son premier long-métrage sorti en 2016, le réalisateur et scénariste de 48 ans détourne les codes du thriller pour raconter toujours la même histoire : des personnages issus de milieux modestes qui tentent de forcer les portes d’un monde décidé à les tenir à distance. "Le point commun entre tous mes héros, c’est que ce sont des gens qui s’invitent dans une autre classe sociale et cherchent, coûte que coûte, à y trouver leur place", résume-t-il dans son appartement du IXe arrondissement de Paris.

À lire aussi : Adèle Exarchopoulos : "Je serai toujours du côté de l’amour"

Cette obsession traverse Irréprochable, L’Heure de la sortie (2019) et L’Origine du mal (2022). Elle revient aujourd’hui dans Paolo, sa première série pour HBO Max, adaptée de son roman Mimi, lauréat du Prix du roman gay en 2013. Jérôme Niel y incarne un déménageur mutique qui réapparaît dans la vie d’un ami d’enfance devenu candidat aux élections municipales d’une petite ville de province. "Quand HBO m’a proposé de développer une série, je me suis dit qu’il fallait être malin, reprend le cinéaste. Adapter Mimi n’était pas une évidence, mais je tenais déjà un grand mélodrame avec une architecture de série très solide."

Comme souvent chez Sébastien Marnier, cette fiction puise directement dans son histoire personnelle. Dans Mimi, l’action se déroulait ainsi dans la Cité des 4000 de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), où il a grandi. Paolo déplace en revanche l’action entre Reims et Épernay, dans la Marne. "Je n’avais aucune envie de retourner à La Courneuve, justifie-t-il. Je n’y ai vécu que des choses horribles, avec des agressions en tout genre. Quand on a voulu me donner les clés de la ville après mon premier roman, j’ai refusé."

Dans cette jeunesse difficile, ses parents constituent son principal refuge. À 19 ans, après un chagrin d’amour, il leur fait son coming out. Le lendemain, son père, élu communiste en Seine-Saint-Denis, part pour un déplacement professionnel en Afrique. "Avant de prendre l’avion, se rappelle-t-il, il m’a laissé une lettre de quinze pages. Je la garde encore précieusement."

Son éducation très marquée à gauche façonne aussi sa cinéphilie. Enfant, Sébastien Marnier découvre d’abord les productions des pays de l’Est avant d’accéder, en cachette, aux vidéoclubs. Massacre à la tronçonneuse, Carrie au bal du diable, Orange mécanique… Il y découvre les films de genre et leurs marginaux. "Je comprends totalement pourquoi l’horreur est un genre si important dans la culture queer, analyse-t-il. Sans même en avoir conscience, je m’identifiais à ces personnages."

Longtemps, lui aussi a eu le sentiment de rester à la porte du cinéma français, qu’il juge "inhospitalier et intrinsèquement élitiste" : "J’avais l’impression que tout était plus compliqué parce que je n’étais pas né du bon côté du périph’…" Ses personnages sont prêts à toutes les transgressions pour trouver leur place. Lui a choisi d’ouvrir les portes autrement. Sur ses tournages, il cherche à fabriquer l’exact inverse des rapports de domination qu’il filme. "J’essaie de faire en sorte que mes plateaux soient les moins pyramidaux possible. Je monte au front quand mon équipe est malheureuse, détaille-t-il. Ça doit venir de mon éducation de coco. Être pédé a aussi dû jouer : on a assez souffert."

À lire aussi : "Dix pour cent", "Industry", "Mad Men", "The Good Fight" : l'envie de bureau

Crédits photo : Alessandro Clemenza