cinéma“La Gradiva”, portrait brûlant d’une jeunesse en éruption

Par Florian Ques le 20/10/2026
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Pour son premier long-métrage, Marine Atlan embarque une classe de terminale en voyage scolaire à Pompéi. Entre désirs, tensions et rapports de pouvoir, La Gradiva prend le pouls d’une adolescence bien moins insouciante qu’il n’y paraît. Un petit chef-d’œuvre à découvrir au cinéma ce mercredi 21 octobre.

“On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans”, écrivait Arthur Rimbaud dans son poème Roman, en 1870. Marine Atlan semble bien décidée à lui donner tort. Dans La Gradiva, son premier long-métrage en salle ce 21 octobre, la réalisatrice prend au contraire les tourments de l’adolescence très au sérieux. “J’avais envie de prendre au sérieux ce qui n’est pas sérieux, explique-t-elle, et d’aller observer avec le regard le plus frontal possible ce mélange de nonchalance, de sensibilité et de toute-puissance qui va avec l’adolescence.”

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Pour observer ces tensions à l’œuvre, Marine Atlan choisit le cadre d’un voyage scolaire, loin des parents et des repères habituels. Direction Pompéi, où une classe de terminale passe quelques jours à explorer les vestiges de la cité antique. Un décor qui n’a rien d’anodin. “Cette ville m’obsédait car elle fonctionne comme une sorte d’écho à la photographie, explique la cinéaste. Déjà toute jeune, j’étais fascinée par les archives, les photos de famille, tout ce qui permettait de garder une trace du passé.”  Entre les ruines d’une ville figée dans le temps, les désirs et les frustrations de ses jeunes personnages, eux, sont bien vivants.

Formée à la Fémis, Marine Atlan a d’abord fait ses armes comme cheffe opératrice, notamment aux côtés de Louise Hémon (L’Engloutie) et d’Alexis Langlois (Les Reines du drame), deux cinéastes qui ont beaucoup compté dans son parcours. De cette expérience, elle a gardé un goût pour le travail collectif, mais aussi une attention particulière à l’image, qui se retrouve dans sa manière de filmer au plus près des personnages. “Je suis quelqu’un qui circule dans des mondes très collectifs et ça doit se ressentir dans le film”, souligne-t-elle.

Car La Gradiva est avant tout un film choral, où les trajectoires se croisent au fil des déambulations dans Pompéi. Il y a James, beau gosse qui multiplie les expériences sexuelles, Suzanne, jeune fille à l’écart du groupe et mal dans sa peau, ou encore Toni, cancre de la classe ouvertement gay. Un personnage dont la sexualité ne pose aucun problème à sa bande de copains, comme le souhaitait la réalisatrice. “Je suis bisexuelle et j’ai toujours été entourée de personnes queers”, confie-t-elle. Sa découverte de Trouble dans le genre, de Judith Butler, à 20 ans, a notamment marqué sa manière de penser les identités et les rapports sociaux. “Elle m’a permis de mettre des mots sur des choses que je percevais et d’éclairer tout un système.”

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Crédit photo : Tandem

Ces questions traversent le film sans forcément occuper le premier plan. Dans l’une de ses scènes les plus réussies, les élèves discutent politique autour d’une table, après le repas. Au fil des échanges, leurs désaccords révèlent les différences de classe, de genre et de vécu qui les séparent. Filmée avec un naturel presque documentaire, cette conversation en apparence anodine fait émerger, sans discours démonstratif, les rapports de pouvoir qui structurent le groupe.

Mais La Gradiva ne se contente pas d'observer cette petite société adolescente. Aux deux tiers du récit, le film quitte brusquement le terrain de la chronique pour celui de la tragédie. Un virage assumé, mais difficile à négocier pour Marine Atlan. “C’était dur pour moi de tendre vers la tragédie, admet-elle. Mais il s’agissait de raconter que le tragique est systémique.” À l’heure où les récits queers heureux gagnent en visibilité, la cinéaste a choisi une autre voie. “Il y a plein de récits queers positifs qui émergent et ça fait un bien fou. Moi, j’ai plutôt choisi d’aller vers le tragique en me disant que c’était un outil pour insurger et éveiller les consciences.”

À l’aune des manifestations lycéennes qui secouent la France, le film prend une saveur que sa réalisatrice n’aurait su anticiper et rappelle qu’à dix-sept ans, les rapports de domination sont déjà bien installés et l’insouciance commence déjà à s’estomper. Juste de bout en bout, même dans ses moments les plus anodins, et porté par un casting de jeunes révélations, La Gradiva est l’un des films français les plus renversants de 2026.

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Crédit photo : Tandem