365 jours sans sexe pour 500 millilitres de sang
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365 jours sans sexe pour 500 millilitres de sang


En suivant les consignes du don du sang, un jeune homo dénonce l’absurdité du droit français et américain : un an d’abstinence sexuelle pour un demi-litre de sang.

« Le fait que j’ai donné mon sang cette semaine ne devrait pas être exceptionnel. Et pourtant ça l’est. Pour le faire, j’ai dû abandonner toute forme de sexe pendant un an. La raison ? C’est que je suis gay » racontait Jay Franzone, citoyen américain, dans le New York Post la semaine dernière.

don du sang Jay Franzone

Le don du sang est « un acte généreux et solidaire qui soigne chaque année 1 million de malades » souligne l’Etablissement français du sang. Pourtant, une partie de la population en est exclu. Non pas en raison de son état de santé, mais seulement en raison de son orientation sexuelle. Depuis les années 1980 et l’épidémie du sida, n’importe quel homme ayant eu ne serait-ce qu’un rapport sexuel avec un autre homme a l’interdiction, à vie, de donner son sang. Une privation à perpétuité qui a pris fin en 2015 aux Etats-Unis, et en France l’année dernière. Résultat, un homme ayant des relations sexuelles avec des hommes (un HSH dans le jargon officiel) doit désormais se soumettre à 12 mois d’abstinence sexuelle pour accéder au don du sang « total » (à savoir le plus fréquent, où le prélèvement inclut les cellules et le plasma). Une restriction à laquelle n’est pas soumise un hétéro, que celui-ci pratique ou non la sodomie, preuve que ce n’est pas la « pratique à risque » mais bien le principe discriminatoire de « groupe à risque » qui mène toujours la danse. Absurde (Qui s’y pliera ? Qui mentira ?), cette nouvelle consigne est dès lors taxée d’hypocrisie par les associations LGBT.

« Je ne peux même pas recevoir de fellation, mais mon meilleur ami peut coucher avec une dizaine de filles »

Jay Franzone, 21 ans, est Américain. Et puisqu’il est gay, il ne peut pas donner son sang, à moins de se soumettre à cette chasteté imposée. Pour dénoncer cette mesure, il a décidé de la suivre à la lettre et d’expliquer ses raisons au plus grand nombre de médias (Time, Rolling Stone, Huffington Post, ABC…). Sa démarche, qu’il explique sur Instagram et sur un site dédié, est devenu un étendard pour la modification des règles en matière du don du sang. Sur HBO, il soulignait :

Je ne peux même pas recevoir de fellation. Il y a un risque minuscule; même pas mesurable. Donc moi je ne peux pas pratiquer de sexe oral pendant toute une année, mais mon meilleur ami peut coucher avec dix filles différentes l’espace d’une semaine et aller donner son sang, sans problème. Et sans aucune protection. Fondamentalement, quelque chose ne va pas.

don du sang Jay Franzone

Aux Etats-Unis, l’incapacité pour les gays de donner leur sang est devenue franchement insupportable après la tuerie perpétrée contre un night club gay à Orlando, l’été dernier. Ciblée par cette attaque, la communauté LGBT était impatiente de contribuer à l’effort collectif en venant en aide aux blessés, mais celui-ci était inaccessible pour de très nombreux gays à travers tout le pays. Une centaine de membres du Congrès – l’équivalent du Parlement – avait alors écrit une lettre à la Food and Drug Administration, l’urgeant de se pencher sur un système moins discriminatoire. Chose qu’a promis d’étudier la FDA.

Donner son sang sans délai, d’autres pays le font

Jay Franzone est peut-être l’un des premiers gays à donner son sang « sans mentir » sur son orientation sexuelle aux Etats-Unis depuis des décennies. Dans sa lutte pour une politique de don du sang plus égalitaire, il participe aussi à la National Gay Blood Drive inaugurée à l’été 2013 : gays et bisexuels de 52 villes américaines étaient invités à se faire dépister puis à se rendre, résultat négatif en main, dans un centre de don du sang pour s’y faire refuser l’accès.

En Espagne, en Italie, en Pologne, en Lettonie, en Suède, au Mexique, en Colombie, en Argentine, au Chili, au Pérou, en Afrique du Sud et même en Russie, les hommes gays et bisexuels peuvent donner leur sang, sans restriction et sans délai.

 

Crédits photos Tamzin B. Smith Portrait Photography

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