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Avec "Coby" et "They", le festival de Cannes s'empare des questions trans


120 battements par minute, le film coup de poing sur les années Act Up à Paris, réalisé par Robin Campillo et faisant figure de favori pour la Palme d’or cette année, n’est pas le seul long métrage abordant les questions LGBT à la Croisette. Deux films prennent à bras le corps la transidentité.

Coby, le documentaire, et They, la fiction. Deux histoires très différentes, mais une même question : la transidentité.

« Coby à Cannes, c’est un acte militant »

Dans le premier film, Coby, le réalisateur Christian Sonderegger suit le parcours de Jacob, garçon trans female to male vivant dans une petite ville du Middle West américain.

Christian ne suit pas n’importe qui : Jacob est son demi-frère. « Ça a été très facile et agréable de tourner avec ma famille, a-t-il annoncé à Têtu, mais Coby ne raconte pas seulement la transition, la chrysalide de Suzanna vers Jacob. Le film raconte aussi ma découverte de cette partie de ma famille, et tout un nouveau pan de nos relations. » En effet, Christian n’a jamais été élevé avec Jacob, ni avec sa mère : il a été adopté à la naissance par une famille française. C’est à l’âge de 32 ans qu’il prend contact avec sa mère biologique, Hélène, et sa famille américaine. À l’époque, Jacob a 12 ans. Quelques années plus tard, en 2008, il annonce à sa famille sa volonté de changer de sexe. Christian, alors en visite dans sa famille américaine, a l’idée de suivre sa transition et d’en faire un documentaire.  » Ce film a complètement changé ma vision des choses. Pendant très longtemps j’ai eu des amis et des colocataires homosexuels mais je n’avais jamais connu de trans avant, ni même vraiment prêté attention à ces problématiques. J’étais le « français lambda », avec une vision bloquée. J’ai été bouleversé par sa transition. » Jacob, ou Coby pour la version courte, a été filmé par Christian en 2010.

On s’était tous dit que ça allait être quelque chose de très dur à vivre, que ça serait peut-être mieux de ne pas le faire. Mais au final, comme l’a dit son père dans le film, ne pas aller vers ce que ton corps te demande de faire, ne rien changer, est une décision tout aussi drastique que de choisir de transitionner. Ce n’est pas un drame, pas une maladie ou un traumatisme qu’il faut soigner, c’est une métamorphose, un beau changement d’état qui a permis à Jacob de devenir la personne qu’il était vraiment.

Coby raconte aussi comment Jacob et sa famille ont vécu sa transition dans leur petit village du Middle West, à majorité républicaine et pro-Trump.

Son courage a été incroyable. Beaucoup de gens qui changent de sexe décident de s’installer ailleurs, mais Jacob est resté et a assumé. Tous les habitants de son village ont vu sa transition. Il a changé le regard et la façon de penser des gens. Le fait d’être à Cannes aujourd’hui, c’est un acte militant pour lui, parce que je trouve qu’on a encore une vision très archaïque de la transsexualité en France.

 

They, le questionnement adolescent

 They raconte l’histoire de J., 14 ans et vivant avec sa famille à Chicago. Depuis deux ans, J. prend des médicaments qui retardent sa puberté, et se fait appeler par le pronom anglais they, (un pronom neutre sans trop d’équivalent en français) car il ne sait pas s’il souhaite rester un garçon ou devenir une fille. Pour se décider, chaque jour J. écrit sur un bout de papier ce qu’il ressent : G pour garçon, F pour fille, ou alors un blanc s’il n’est pas sûr. Le film se déroule sur un week-end, à l’issu duquel J doit prendre une décision sur son identité.

Ce n’est pas la première fois que la réalisatrice Anahita Ghazvinizadeh travaille sur la thématique de l’enfance et des questions identitaires. Un de ses premiers courts-métrages, When the kid was kid, conte le parcours d’un petit garçon qui aime se déguiser et s’habiller comme sa mère. Interrogée par nos confrères du Deuxième Regard, Anahita Ghazvinizadeh a confié « avoir toujours été attirée par les enfants et la jeunesse. J’aimais beaucoup l’idée de suspension, de ce moment où l’on prend le temps de savoir qui on est, juste avant de grandir. » Son film a la particularité de bousculer la binarité du genre :

Pour moi, J. n’est pas forcément un personnage trans mais c’est une personne qui est entre-deux. C’est avant tout un personnage de fiction. (…) Pour moi, il est l’idée qu’il peut exister plus d’ambiguïté, ou plus d’espace pour qu’on ne soit pas confiné à une étiquette dès notre enfance. La pression de devenir adulte, c’est aussi parce qu’on doit clairement se définir dans notre genre. J’aimais beaucoup cette idée que suspendre la puberté est aussi un moyen de ne pas quitter l’enfance.

Si They est le premier long métrage de la réalisatrice Anahita Ghazvinizadeh, ce n’est pas la première fois que l’américo-iranienne vient à Cannes : en 2013, son court métrage Needle était projeté et récompensé du premier prix de la sélection Cinéfondation. Cette année, They est en lice pour le prix de la Caméra d’Or.

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