Existrans 2017 :
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Existrans 2017 : "Le changement d'état civil est encore soumis à l'arbitraire des juges"


La 21ème Marche de l’Existrans s’élancera ce samedi 21 octobre à Paris. Les revendications des personnes trans et intersexes restent insatisfaites en comparaison avec d’autres pays européens et sud-américains.

Emmanuel Macron avait eu une réponse péremptoire sur les revendications des personnes trans et intersexes dans l’interview qu’il avait accordée à TÊTU« Selon moi, la loi Justice du XXIe siècle a répondu à ces préoccupations en allégeant la procédure ». Le président de la République fait référence à un amendement de cette loi Justice, passé il y a tout juste un an, et qui permet de procéder au changement d’état civil sans passer par un médecin.

Dans les faits, c’est plus compliqué, comme le détaille Jules du Collectif Existrans en cette veille de manifestation :

La loi écrit que « l’absence de preuves médicales ne doit pas constituer un refus ». Mais cela laisse le champ libre aux administrations et au juge pour évaluer la situation selon leurs stéréotypes. Par exemple, récemment, un mec trans qui n’avait effectivement pas d’attestations médicales mais un certain nombre d’attestations de la famille et du travail a obtenu son changement d’état civil avec un commentaire du juge sur « sa belle barbe ». Et si on n’a pas de barbe, ça se passe comment ?

Les associations pointent quasi-unanimement du doigt l’impasse de cette loi « qui nous demande encore de justifier de notre transidentité selon des stéréotypes femme/homme binaires et caricaturaux ». Or, en Argentine, à Malte, au Danemark, en Colombie, en Irlande, en Norvège, en Belgique et en Grèce, le changement de la mention de sexe à l’état civil est libre et gratuit, c’est-à-dire qu’il s’effectue directement en mairie.

Parler de la vie quotidienne

À cause des difficultés pour obtenir un état civil conforme à leur genre, les personnes trans et intersexes rencontrent un grand nombre de difficultés concrètes dont les médias rechignent à parler au profit de sujets « larmoyants », comme les qualifie Jules : « Ils se focalisent par exemple sur l’opération. Ce n’est que récemment que certains médias parlent des rapports dans la famille, au travail, des choses de la vie quotidienne. Oui on a plus de risque d’arrêter les études car on n’est pas accueilli correctement, oui on a plus de risque de ne pas trouver de travail même quand l’entretien d’embauche se passe bien, toujours à cause de ces papiers ».

L’Association des journalistes LGBT a justement réalisé une vidéo dans laquelle des personnes trans s’adressent aux médias sur la manière de parler de leurs vies.

 

Pour mieux être entendue par les pouvoirs publics sans passer par les associations LGBT qui ne sont souvent composées que de personnes « LGB », la Fédération trans et intersexe s’est mise en place en début d’année. En attendant la manifestation de demain, Jules se réjouit que l’Existrans soit une marche unitaire qui rassemble des personnes de toute la France et de l’Europe.

 

La liste compète des revendications qui seront portées par l’Existrans demain sont à lire ici.

Départ de la manifestation à 14h au métro Belleville à Paris. À noter que l’Existrans met en place cette année des mesures pour permettre aux personnes handies (terme militant pour désigner une personne handicapée en contestant l’aspect péjoratif et négatif de la vision médicale du handicap), malades et/ou à mobilité réduite ainsi qu’aux personnes sourdes de participer.

 

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  • Stephanie Martin

    Je lis avec un étonnement certain que, selon Têtu, « les associations LGBT ne sont souvent composées que de personnes « LGB »… Peut-être vous fondez-vous sur votre connaissance de la situation parisienne (et encore, ce n’est pas vrai, par exemple, pour le Centre LGBT de Paris) ? Ou sur la situation qui, c’est vrai, prévalait encore en France il y a une dizaine d’années… Aujourd’hui, les personnes transgenres sont très nombreuses au sein des associations LGBT (qui méritent donc bien leur nom), y compris dans les CA et les bureaux de ces associations. C’est particulièrement le cas à la Fédération LGBT, et pour ne citer qu’elles, dans des villes comme Bordeaux, Nancy, Nantes, Nice, Reims, Rennes, etc. Et je suis sûre que vos lecteurs pourraient en citer bien d’autres !

    Cela, bien sûr, n’empêche nullement les personnes transgenres d’avoir aussi leurs associations spécifiques (ANT ou ACCEPTESS-T, pour ne citer que les plus importantes), leurs groupes de réflexion ou d’auto-support. Pour peser, et être écoutée, une minorité doit s’organiser elle-même. À une condition : ne pas s’auto-isoler, ou se séparer du mouvement LGBT. Unis, on est plus fort !

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