[Rubrique à retrouver dans le magazine de l'été, en kiosques ou sur abonnement.] Si le maillot de bain moulant s'est hissé au rang de fétiche, c'est parce qu'il éveille les sens. D'abord la vue, en dévoilant ce qu'il prétend cacher, puis le toucher, grâce au Lycra. Rencontre avec un kiffeur anonyme de l'indémodable Speedo.
Comment a commencé ton histoire d’amour avec le Speedo ?
Dès l'enfance, quand mes parents m'ont mis à la natation, je regardais le maître-nageur en slip de bain. Je trouvais ça beau, mais pas "beau" au sens où un enfant dirait juste "j’aime bien". Il y avait déjà quelque chose qui me fascinait. Le tissu, surtout. Ce côté synthétique, très moulant. La façon dont ça dessinait le corps des hommes, comment ça moulait les fesses, le paquet… C’était déjà ça qui captait mon attention, et je ne ressentais jamais ça avec les monitrices. Mais évidemment, à cet âge, tu ne sais pas ce qu’est le désir.
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C'est à l'adolescence que tu as compris que ton regard d'esthète n'était pas totalement dénué de concupiscence ?
En grandissant, j'ai commencé à nourrir des fantasmes télévisuels. Devant Alerte à Malibu, par exemple ! Les mecs étaient magnifiques, mais la plupart du temps en short. Alors, j’étais à l’affût des épisodes où, exceptionnellement, on en voyait un en slip de bain. Quand Internet est arrivé, à la fin des années 1990, je passais du temps à y chercher des photos des acteurs de la série en Speedo. Là, j’étais déjà jeune adulte et j’ai commencé à comprendre que ce n’était plus seulement esthétique. Ça m’excitait sexuellement.
Après cette révélation, tu l'as adopté dans ton vestiaire ?
Pas tout de suite. J’ai grandi à Medellín, en Colombie, dans les années 1980. C’était très conservateur à l’époque. Tout le monde portait des shorts, mais j’ai compris que le Speedo était associé à quelque chose de très ringard, ou de très gay. J’aurais voulu en porter, mais je savais que mettre un Speedo n’était pas neutre, ça disait quelque chose de toi, presque comme un coming out textile…
On imagine que tu as continué la natation avec assiduité…
J’ai continué la natation. J’aime l’eau, j’aime nager, et j’aime voir des hommes en slip de bain. C’est à la piscine que j’ai eu mes premières expériences un peu érotiques. Ça restait très innocent, au départ. Des regards, des frôlements dans les vestiaires ou les douches collectives… Ce qui était très particulier, c’est qu’on comprenait énormément de choses sans se parler. Tu croisais le regard de quelqu’un sous la douche, tu voyais qu’il restait un peu plus longtemps, qu’il regardait lui aussi. Ça créait une tension sexuelle énorme. Il y a une sensualité silencieuse dans les piscines.
Une espèce de cruising chloré ?
Exactement. Et quand tu es ado, surtout dans les années 1990, c’est énorme, parce que tu n’as pas Grindr, tu ne sais pas où rencontrer d’autres garçons gays, tu n’as pas vraiment de représentation non plus. Donc, les samedis après-midi à la piscine municipale, pour moi, c’était "l’occasion", un lieu de découverte sexuelle. Ailleurs, le reste du temps, je ne pouvais pas vivre ça. Aujourd’hui, je cloisonne davantage sport et rencontres.
Tu as fini par dépasser le stade du jeu de regards, ou bien ça ne baise jamais dans ton histoire ?
Une de mes premières vraies expériences sexuelles s’est faite autour de cette passion. J’avais 20 ans et j’avais rencontré un garçon à la piscine. Il y avait une tension évidente entre nous. En sortant de l’eau, il m’a demandé si j’aimais les Speedo, et il m’a dit que lui aussi. Quand je suis allé chez lui, on s’est mis tous les deux en slip de bain. On s’est longuement caressés comme ça avec avant de coucher ensemble. Je m’en souviens encore parfaitement. Le Speedo fait partie du jeu sexuel. Ce n’est pas juste un dessous sexy qu’on retire vite pour passer "aux choses sérieuses".
Comment est-ce que tu définirais ce charme particulier du moule-bite ?
C'est surtout le fait qu’il ne montre pas tout. Ça peut paraître paradoxal, parce qu’on pense tout de suite à quelque chose de très exhib. Mais justement, ce qui m’excite, c’est ce que le tissu laisse deviner. Je fais aussi du naturisme, donc la nudité complète ne me pose aucun problème. Le slip de bain crée autre chose. Tu vois d'abord une forme, des volumes… sans avoir accès à tout. Alors, tu utilises ton imagination. Ensuite, le Lycra joue aussi énormément. Ce n’est pas du coton, ce n’est pas un sous-vêtement classique. Il a une texture très particulière. Quand un garçon sort de l'eau, le maillot épouse son corps. Sans complètement dévoiler son anatomie, le tissu mouillé se met à révéler son contenu de manière très sensuelle. Je trouve ça infiniment plus érotique que de voir quelqu’un complètement nu.
Tu trouves facilement des camarades de jeu, ou on te regarde bizarrement quand tu en parles ?
Sur les réseaux, je rencontre des garçons qui partagent cette passion. Dans ce cas-là, on aime bien s'envoyer des photos en Speedo. Ça m’arrive aussi d’en porter pendant un date. J’aborde très facilement le sujet des kinks. J'assume de dire : "Mon fantasme numéro un, c’est les Speedo." Il y a des garçons que ça fait marrer, mais d’autres sont contents de répondre : "Moi aussi, j’adore !"
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Crédit photo : Maxime Muller