La programmation sexy, militante et romantique du festival Chéries-Chéris, 23e édition
Culture

La programmation sexy, militante et romantique du festival Chéries-Chéris, 23e édition


Le festival Chéries-Chéris revient pour sa (déjà) 23e édition, du 14 au 21 novembre à Paris. Tour d’horizon des temps forts de la cuvée 2017 avec son président, Cyril Legann.

TÊTU. Quels sont les films forts de cette édition ?

Cyril Legann. C’est une très grande année avec des blockbusters attendus comme Call me by your name de Luca Guadagnino, qui porte un regard tendre sur une histoire d’amour entre deux âges, Seule la Terre de Francis Lee ou Battle of the sexes, par les réalisateurs de Little Miss Sunshine. Et aussi Marvin ou La belle éducation d’Anne Fontaine en séance de clôture. Et à côté de ça, toujours des films beaucoup plus radicaux et indépendants.

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Seule la Terre, le film d’ouverture, c’est une sorte de Brokeback Mountain dix ans plus tard ?

C’est surtout un Brokeback Mountain tourné en Angleterre, à la campagne, dépouillé de toute la lourdeur hollywoodienne. Le réalisateur Francis Lee (interview sur tetu.com prochainement) est originaire de cette région, on a l’impression de vivre avec ces personnages, dans un réalisme presque à la Ken Loach, tout en réussissant le tour de force d’être un mélo d’une puissance rarement égalée. Il va marquer d’une pierre blanche les histoires d’amour gay au cinéma et a d’ailleurs déjà rencontré un très grand succès en festival [notamment le Prix de la mise en scène au Sundance Film Festival, ndlr]. Longtemps, c’est Beautiful things (Hettie MacDonald, 1996) qui a été la référence pour moi.

They d’Anahita Ghazvinizadeh avait été présenté à Cannes, alors qu’il s’agit d’un « petit » film qui n’a pas encore de date de sortie au cinéma. Pourquoi ?

Thierry Frémaux [délégué général du Festival de Cannes, ndlr] donne toujours une exposition aux cinéastes de la Cinéfondation. They reste une production prestigieuse, coproduit par Jane Campion. Il est très ambitieux narrativement et parle d’identité au sens large. Ce personnage non-binaire refuse de se conformer au genre féminin ou masculin et choisit d’interrompre son développement hormonal. Il est perturbé par l’arrivée du copain iranien de sa sœur, et on suit leurs développements parallèles à Chicago.

Comme d’habitude, le festival présente un grand nombre de films qui ne sortiront jamais en salles…

C’est tout l’intérêt de Chéries-Chéris, avec les courts-métrages qui sont très attendus. On ne peut les voir qu’ici, et comme nous sommes le plus gros festival LGBT en France, on peut se permettre d’avoir des films réellement inédits, là où d’autres sont obligés de passer des films qui sortent en salles. Nous ne sommes pas là que pour servir la soupe aux distributeurs ! (rires)

Pour les films français, on retrouve le Marvin de Anne Fontaine (interview sur tetu.com prochainement) inspiré du livre d’Edouard Louis, mais aussi Ma vie avec James Dean de Dominique Choisy, un réalisateur méconnu…

Ce dernier film est plus accessible que ses précédents, c’est une comédie romantique décalée et hyper savoureuse. Il met en scène un personnage de réalisateur qui vient présenter son film dans un festival de province un peu paumé, avec des personnages barrés. C’est très Nouvelle vague avec des dialogues charmants et des situations rocambolesques.

Pour les documentaires, Mister Gay Syria a déjà beaucoup fait parler de lui sur les réseaux sociaux.

Le projet est très intéressant, d’ailleurs la France est impliquée dans la production. On donne la parole à des personnes qui viennent de pays où l’homosexualité est moins acceptée, c’est l’un des enjeux du festival. Cette année, on a par exemple un focus sur le Brésil. On a des invités qui viennent de partout, d’Angleterre, du Chili, d’Israël, etc.

Bruce LaBruce était l’invité d’honneur l’an dernier ; cette année il est en compétition avec The Misandrists. Vous êtes content de l’accueillir de nouveau ?

Bruce est ici chez lui. Dans ce film radical, on retrouve le Bruce politique qu’on aime et qui explose les conventions, c’est assez jouissif, il va étonner beaucoup de monde.

Quel est ce concept de soirée pyjama avec la diffusion de Lolita malgré moi et des clips de divas ?

C’est une innovation ! Lolita malgré moi, c’est le film qui s’est imposé tout de suite. On avait proposé La Mort vous va si bien, Spice World et La Revanche d’une blonde. Il y a vraiment un truc autour de Lolita qui est devenu un classique de l’humour camp. Il y aura aussi des clips d’icônes, de Taylor Swift à Britney Spears. J’aimerais bien qu’on ne reste pas assis dans le noir et que les gens bougent dans la salle ! Réponse le 16 novembre à 23 heure. (rires)

Didier Lestrade avait accepté de faire partie du jury mais il a choisi entre-temps de prendre sa retraite…

Il était vraiment content de venir, ça l’amusait de voir des films LGBT pendant une semaine. Par contre il n’avait pas envie de se retrouver piégé à Paris avec des gens qui sans arrêt lui poseraient des questions. Il a préféré retourner s’isoler, j’ai l’impression que le costume de héros qu’on lui a taillé après 120 Battements par minute était trop large pour lui. Cette année, le parrain, c’est Act Up. Il y a un avant et un après 120 BPM.

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23e édition du festival Chéries-Chéris

du 14 au 21 novembre dans les cinémas MK2 à Paris

Le programme complet sur le site

 

Photo de couverture : Jesus, The Misandrists et Beach rats

  • benji

    God’s own country traduit par Seule la Terre est enfin visible en France ! De belles images ce qui n’est pas toujours le cas et une fin dramatique.

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