« Les Garçons sauvages », troublants et excitants de Bertrand Mandico
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« Les Garçons sauvages », troublants et excitants de Bertrand Mandico


Un ovni cinématographique à l’homoérotisme éclatant s’est installé dans les salles : Les Garçons sauvages, incarnés par une bande d’actrices incroyables. Plongée dans l’univers délirant de Bertrand Mandico.

Synopsis : Début du vingtième siècle, cinq adolescents de bonne famille épris de liberté commettent un crime sauvage. Ils sont repris en main par le Capitaine, le temps d’une croisière répressive sur un voilier. Les garçons se mutinent. Ils échouent sur une île sauvage où se mêlent plaisir et végétation luxuriante. La métamorphose peut commencer…

Les garçons sauvages Bertrand Mandico

En contemplant ces garçons perdus sur une île, menés par un « Capitaine » un peu pervers, on pense à une adaptation érotique de Peter Pan. Bertrand Mandico commence par répondre qu’il n’y a pas pensé. Puis, à la réflexion : « Le Peter Pan de Walt Disney m’a beaucoup marqué, enfant. C’est le Disney où j’ai vu le plus d’érotisme avec ce Capitaine un peu androgyne. Mais j’ai plus pensé à Pinocchio, avec cette île où tout est permis. Ils boivent, fument, il n’y a que des garçons. A la fin, ils se transforment en âne. »

Fruits poilus

Sauf qu’ici, les cinq vauriens se transforment en filles. Le tout dans un homoérotisme total qui vient chercher les spectateurs et les spectatrices, toutes identités et orientations sexuelles confondues : « Ce qui m’intéresse, c’est que ces comédiennes en garçons puissent émoustiller tout le monde. Avec toujours une tension sexuelle entre eux. » Le film montre cette tension avec un humour revigorant : des « fruits poilus » qui évoquent de monstrueuses testicules, le pénis tatoué du capitaine (« une langue de bœuf », nous signale Bertrand Mandico), les arbres qui produisent une sorte de lait à grandes giclées, sans oublier les parties génitales des garçons qui se décrochent « comme sur une statue grecque »« Il y a une forme d’ironie, un sens du grotesque, explique Mandico. Pour moi, la sexualité est mouvante, multiple, c’est ouvert. Je pense qu’on peut être hétéro, gay, lesbienne, bi, et puis imaginer d’autres choses. Je n’aime pas le cloisonnement. J’aime bien l’idée que tous les possibles soient représentés. Dans l’histoire, les garçons deviennent des filles, mais j’imagine qu’ils puissent redevenir des garçons. Je rêverais d’un monde où on peut changer de sexe à volonté. »

Quand on lui demande s’il s’est intéressé au vécu et aux revendications sociales des personnes trans, Bertrand Mandico évoque une approche volontairement « naïve et idéaliste » : « Je trouverais ça trop prétentieux de m’inscrire dans le débat social. Moi je m’en extraie, j’essaye d’amener de la fiction là-dedans, une vision plus onirique, pour essayer d’ouvrir des vannes. En tout cas, j’en peux plus des rapports binaires entre les hommes et les femmes dans les films. J’avais envie de traiter l’identité sexuelle différemment. Le cinéma queer m’a nourri et me nourrit toujours. Mon premier film marquant, ce serait Un Chant d’amour [de Jean Genet, ndlr]. »

Pissotière

Résultat : un film queer comme on en a rarement vu. En contraste avec ces garçons androgynes, le Capitaine s’impose en vieux loup de mer cuir et moustache, façon Querelle de Fassbinder : « On est dans l’iconographie pissotière. Ça m’amusait beaucoup que ce soit les jeunes garçons qui soient mateurs. Je ne sais même pas si le Capitaine a des vues sur les garçons ».

Les garçons sauvages Bertrand Mandico

L’un d’entre eux, Hubert, semble en tout cas tomber amoureux du Capitaine : « Oui, il pourrait être un personnage gay », confirme Bertrand Mandico. Sans parler de cette scène de saoulerie nocturne qui finit en véritable partouze entre les garçons… En une seule prise, précise le réalisateur. Sur une chanson de Nina Hagen. Pas possible de faire plus gay. « Initialement, ils se faisaient même sodomiser par des plantes pendant leur nuit d’ivresse ! Et en fait, je l’ai coupé, ça ne fonctionnait pas au montage… » Chez Mandico, pas question de « rassurer » les hétéros comme dans Call me by your name : « Je n’aime pas quand on fait un film gay ou queer pour hétéros. Il y a un fond commercial que je n’aime pas. On va gommer tous les aspects dans la culture gay qui peuvent choquer les hétéros, les polir. Ça m’ennuie. »

Les garçons sauvages Bertrand Mandico

Bertrand Mandico assure la promo du film tout en terminant le montage de Ultra-pulp, un moyen-métrage qu’il a tourné cet automne. Les Garçons sauvages est son premier long-métrage. Le réalisateur est encore surpris par le succès du film auprès de la presse et des critiques. « Pour le moment, les salles sont pleines lors des avant-premières ! se réjouit-il. J’ai fait le film que j’ai envie de voir. J’espérais ne pas être le seul à vouloir voir ce genre de film ! Je suis assez optimiste : on peut amener le public vers un genre de cinéma un peu précieux, qui a une dimension expérimentale. Même si de mon côté, je ne le vois pas de la sorte. » Mandico travaille sur « un film pharaonique, qui se déroule sur les rivières sibériennes, très homoérotique. Beaucoup plus frontal que Les Garçons sauvages ». On demande à voir !

 

 

Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico

Avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek, Mathilde Warnier.

En salles

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