cinémaSorties ciné : "Rafiki", une romance pop en danger et un improbable imbroglio sentimentalo-criminel

Par Renan Cros le 25/09/2018
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TÊTU vous propose une sélection de films à ne pas rater au cinéma. Deux salles, deux ambiances, deux couples de femmes cette semaine. D’un côté un mélo lesbien pop et politique, de l’autre un curieux plaisir coupable complètement camp. Faites votre choix.

« Rafiki » : romance pop en danger

Il y a dans « Rafiki », le long métrage de la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu, une réplique magnifique. Kena, jeune lycéenne énergique, regarde Ziki et lui dit : « Faisons un pacte. On ne ressemblera jamais à tous les autres. A la place, nous serons quelque chose de vrai ». Peut-on faire plus belle déclaration d’amour, d’amitié et de liberté ? Toute l’essence de cette bulle pop d’amour et de courage tient là-dedans. Deux lycéennes, vibrantes, vivantes, aimantes, qui cherchent à être quelque chose de vraie.

Dans ce Kenya hyper conservateur où l’homophobie tue encore, la trajectoire amoureuse de ces deux-là prend des airs de révolte. Pourtant, au départ, Wanuri Kahiu a l’intelligence de filmer cette romance entre deux lycéennes avec la candeur et la bienveillance rose-bonbon des comédies romantiques. Faisant sienne l’énergie d’une jeunesse qui aime la couleur, la musique, la danse et la fête, la réalisatrice stylise légèrement l’image pour donner aux prémices de cette histoire d’amour un look de conte urbain, une dimension pop réjouissante.

On observe à travers les flashs de la ville et les contours des nuits kényanes Kena et Ziki se rapprocher, se frôler, s’interroger sur leurs relations et espérer ensemble un avenir.

Par le talent des interprètes (formidables et attachantes Samantha Mugatsia et Sheila Munyva) et l’audace de cette mise en scène bonbon acidulée, « Rafiki » séduit par sa douceur apparente et la vérité simple qui s’en dégage.

La violence homophobe à l’état pur

Evidemment, dans le contexte politique des violences homophobes du pays, la tragédie finit par s’imposer. Le virage est on-ne-peut-plus classique et on pourrait s’agacer, un peu, que le film si doux, si simple, bascule ainsi. Mais la réalité écrase la fiction et l’oblige à se tordre. L’autorité politique et religieuse, le poids de la société, les conflits de classe viennent étouffer un film qui n’était qu’une ode à la sensualité et à la liberté.

La colère sourde du film finit par éclater à travers l’écran. C’est la violence homophobe à l’état pur que raconte le film, le constat navrant d’un pays où les LGBTQ vivent encore et toujours dans la peur. Qu’en 2018, une histoire d’amour LGBTQ au cinéma soit encore obligée, malgré elle, d’en passer par là, est bien la preuve qu’il faut plus de« Rafiki » dans les salles. 

Le film, interdit au Nigéria, a vu ces derniers jours son interdiction levée pour sept jours. On voudrait se réjouir, il le faudrait. Sept jours, c’est déjà beaucoup et pourtant peu pour un film qui tend à tout un pays un passeport vers la liberté.

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Crédit photo : Big World Cinema.

« L'ombre d'Emily » : soap à la grimace

Faut-il prendre « L'ombre d'Emily » au sérieux ? Pas sûr. Amateur de cinéma cartésien et de polar documenté, passez votre chemin. Le nouveau film de Paul Feig ressemble à une version accélérée d’une saison oubliée de « Desperate Housewives ». Soit un improbable imbroglio sentimentalo-criminel qui croise deux voisines, un deuil, un mari à convoiter et beaucoup, beaucoup de secrets.

On y suit l’enquête d’une maman blogueuse (sic ! elle débarque même au cinéma) pour retrouver son amie et voisine disparue Emily. Raconté au départ le long d’un très explicatif flash-back, le film construit son petit mystère avec pas mal de chic ironique. S’en donnant à cœur joie dans le bonheur résidentiel factice, Paul Feig n’a pas trop à insister pour entraîner Anna Kendrick et Blake Lively dans un sur-jeu qui sent bon le « Dynastie » période Joan Collins.

Pour peu qu’on aime jouer les petits détectives et qu’on goûte à cette imaginaire surannée des petits secrets de l’American Way of Life, on prend un plaisir pervers à voir le récit louvoyer vers un improbable twist furieusement camp. Too much ? Oui, assez. Crédible ? Pas tellement. Et alors ? Si tant est qu’on aime ça, « L'ombre d'Emily » permet de s’offrir une réjouissante parenthèse de cinéma popcorn, ludique, vain et plutôt divertissant. Et puis ça vous donnera une raison de plus de vouloir espionner vos voisins… !

Crédit photo : Big World Cinema.