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« Projet Pieuvre » : la web-série gay sur Instagram à découvrir absolument !

Projet Pieuvre

A raison d'une capsule vidéo par jour, « Projet Pieuvre » dévoile petit à petit la vie de Ferdinand, de ses amants et de ses amis. Une web-série intime diffusée uniquement sur Instagram. Interview de son réalisateur, Arthur Vauthier.

Réalisateur et comédien, repéré notamment avec « The Kidults », Arthur Vauthier a lancé il y a un mois « Projet Pieuvre ». Une fiction morcelée qui compte de nombreux personnages gays. Il en dit plus à TÊTU sur ce feuilleton « à mi-chemin entre une web-série et un projet vidéo expérimental », sur les relations - amoureuses ou non -, l'intimité et le quotidien.

Arthur Vauthier

Comment expliquerais-tu « Projet Pieuvre » ?

C'est une série d'instants postés sur Instagram. En une phrase, ce sont des moments de la vie quotidienne. « Projet Pieuvre» est pensé pour Instagram et diffusé sur Instagram. Cela induit un mode de narration particulier, où on assume complètement le fait qu'il n'y ait pas de début, ni de fin à chaque vidéo que l'on présente.

La boucle est vraiment quelque chose de très important. Ce sont des petits instants qui tournent sur eux-mêmes. Ils apparaissent au quotidien dans le fil des spectateurs, au milieu de photos et de vidéos que l'on trouve plus classiquement sur Instagram.

Ce réseau social fait aussi partie des sujets de la série. Certains personnages sont instagrammeurs, ils connaissent d'autres protagonistes par ce biais.

Dans notre entourage, on a des amis, des collègues, des amants et des gens que l'on suit sur Instagram. Ils font partie de notre quotidien parfois, même si eux ne le savent pas forcément en retour. On suit leur vie et on a accès à une partie de leur intimité. Dans cette idée, on retrouve quelque chose des relations amoureuses à sens unique.

Ce rapport à Instagram, c'est quelque chose que tu as expérimenté toi-même ?

Disons que je passe quand même beaucoup de temps sur ce réseau social, malgré moi. Avec les « stories » Instagram, les gens racontent beaucoup leur quotidien et le mettent en scène. Ils se filment en soirée en train de danser dans leur salon. Je trouve ça étonnant de voir à quel point on rentre facilement dans leur vie privée. Mais je regarde tout ça, je suis complètement happé par ce truc.

Tes personnages sont des jeunes adultes, gays, parisiens, qui travaillent. Tout comme toi. A quel point tu t'es inspiré de ta vie ?

Beaucoup. C'est ma réalité, et aussi celle de mes potes. Mais je n'ai pas envie que « Projet Pieuvre » soit cela indéfiniment. J'espère qu'à un moment on va réussir à se déplacer de personnages en personnages vers d'autres endroits.

Si à un moment, on se retrouve à filmer des gens comme dans « Les Invisibles », des vieux à la campagne qui s'occupent de leurs chèvres et qui ont aussi des histoires d'amour, ce serait vraiment chouette. C'est clairement dans ma tête quelque part. J'aimerais aussi aller vers d'autres milieux sociaux. On ne voit pas assez les gens qui ne sont pas dans les classes moyennes et privilégiées.

pieuvre

Tu nous expliquais avant l'interview que les intrigues des différents personnages, principalement gays, prennent cette semaine un nouvelle ampleur. Pour l'instant, on suit surtout un personnage principal...

En effet, on suit un personnage en particulier qui s'appelle Ferdinand et dont on a eu l'occasion de voir pas mal de facettes. Je voulais que ce personnage de départ soit un peu un loser dans lequel il est facile de se reconnaître.

Il est un peu flemmard. Son appartement est un peu pourri. Ses histoires d'amour aussi, mais ses amis sont cools. Il a envie d'être acteur, mais il a un job qui ne le passionne pas vraiment et où il ne se sent pas très utile. Il fait de la modération photo pour un site de rencontres.

Mais l'idée est qu'il ne reste pas le personnage principal indéfiniment. Petit à petit, les gens qui l'entourent vont prendre de l'importance. Comme d'autres personnes plus éloignées de lui, mais connectées à lui par Instagram, qui vont apparaître. Et autour d'eux d'autres personnages, d'autres décors, d'autres ambiances.

« Je suis assez halluciné de voit à quel point il ne faut vraiment pas grand chose pour effaroucher la 'communauté Instagram', dont on ne sait pas trop qui elle est. »

Y a-t-il des contraintes particulières à tourner pour Instagram et ne diffuser que sur ce réseau social ?

Les vidéos doivent faire une minute maximum, mais les contraintes sont surtout celles que l'on s'est imposé : le plan fixe, le plan séquence et diffuser une minute par jour.

Mais sur Instagram, la vraie contrainte est celle de la censure. Nous avions peur que certaines choses ne passent pas, et nous avons encore cette peur pour certaines scènes de sensualité à l'avenir. Ce réseau social peut être tellement et si bêtement pudique. Comme lorsque Marina Foïs a posté une photo de Tom Bianchi.

Je suis assez halluciné de voir à quel point il ne faut vraiment pas grand chose pour effaroucher la « communauté Instagram ». Dont on ne sait d'ailleurs pas trop qui elle est.

L'écriture des capsules vidéo (parfois sans dialogues) peut perdre un peu le spectateur au début. Il n'y a pas de mise en place classique des personnages. Pourquoi ce choix d'écriture ?

Je trouve que ça ressemble plus à la vraie vie. Quand je regarde ma vie et celle des gens autour de moi, je n'ai pas l'impression qu'elle soit écrite comme un scénario clair, avec l'épisode 1 qui entraîne l'épisode 2, qui entraîne l'épisode 3, etc. Tout est un peu entremêlé.

En une seule vie, chacun passe par plein de lieux et de contacts différents. Au milieu de tout ça, il y a des histoires à raconter. C'est un peu un puzzle. C'est au spectateur de remettre les choses dans l'ordre et de voir ce qui l'intéresse spécifiquement.

« L'homosexualité des personnages est au centre du projet, mais elle se retrouve imbriquée dans un monde plus vaste. »

Tu ne prends jamais le spectateur par la main. Ni pour comprendre l'intrigue, ni quand tu abordes l'homosexualité des personnages. C'était important d'amener le sujet de cette manière ?

Oui, c'était important de montrer que, même si elle est au centre du projet, l'homosexualité des personnages est infusée dans plein d'autres choses. Le personnages principal est homosexuel. Il a un meilleur ami homosexuel et en couple avec un mec. Il a des amants.

Mais il a aussi des collègues, il a aussi des potes qui ne sont pas gays. L'homosexualité se retrouve imbriquée dans un monde plus vaste.

« Projet Pieuvre » aborde les histoires d'amour, Grindr et le porno gay avec une simplicité dont on a peu l'habitude en France. Est-ce que la fiction grand public a encore du mal avec ces sujets ?

Pour prendre l'exemple de la série « Looking », elle avait tous les ingrédients pour être cool, mais ce n'est pas ce que j'en ai pensé. Ce qui m'a beaucoup gêné, c'est que les personnages n'étaient que gays. Tout tournait autour de leur homosexualité.

Je ne me reconnaissais pas dans cet excès-là. Je vais dans des bars gays et dans des lieux ouverts à tous. Les deux font partie de ma vie. Et ça va très bien. C'est dommage de montrer l'homosexualité repliée sur elle-même dans une bulle, sans prise avec le monde extérieur. Et le rapport avec ce monde extérieur peut aussi ne pas être uniquement conflictuel.

Dans la fiction avec une dimension militante, il y a eu pas mal de choses cools ces derniers temps, comme « 120 Battements par minute » et « Les Engagés ». Dans un autre genre, j'ai bien aimé un film comme « Seule La Terre », où les deux personnages sont gays, vivent une super histoire d'amour mais font et sont aussi d'autres choses.

 

Crédit photo : Salomé O'Yallon.


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