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SOS homophobie rapporte une hausse « alarmante » des LGBTphobies en 2019

D'après SOS homophobie, les actes LGBTphobes qui leur ont été rapporté sont en hausse depuis quatre ans. Les agressions physiques transphobes et la haine en ligne ont explosé.

Une augmentation "alarmante". Le rapport annuel de SOS homophobie, dévoilé ce lundi 18 mai, fait état de 2.396 témoignages d'actes LGBTphobies reçus entre le 1er janvier et le 31 décembre 2019. Soit une hausse de 26 % par rapport à 2018, contre 15 % l'année précédente. "Cela fait quatre années qu'il y a une hausse en continu, souligne Jeremy Faledam, coprésident de l'association, auprès de TÊTU. C'est assez préoccupant, cela montre que qu'on est loin d'avoir remporté la victoire contre les LGBTphobies, qu'il reste énormément de travail pour faire reculer les stéréotypes."

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En particulier, les agressions physiques ont concerné 237 signalements en 2019, contre 231 en 2018 ; 70 % rapportent des coups et blessures, 13 % des agressions sexuelles ou des viols. Les agressions physiques transphobes, elles, ont bondi de pas moins de 130 %. Les femmes trans en sont les premières victimes, à l'image d'Anaëlle, "frappée et insultée par une dizaine d’adolescents pendant une demi-heure, [qui] témoigne : « C’est ma 3e agression physique en deux ans en Bourgogne. »"

Paradoxe

Cette explosion de violence, explique Jeremy Faledam, est aussi le revers de la visibilité croissante des personnes trans : "Après l'agression très médiatisée de Julia, place de la République, on a reçu beaucoup de témoignages. C'est tout le paradoxe. Cette visibilité engage à une prise de parole plus importante et favorise une meilleure représentation des personnes LGBT+, mais expose à des violences aujourd'hui encore. C'est ce qui est dramatique."

Comme le rappelle le rapport, l'année dernière, une étude Ifop pour la Fondation Jasmin Roy-Sophie Desmarais et la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti- LGBT (Dilcrah) a montré que 85 % des Français estimaient que l’homosexualité est "une manière comme une autre de vivre sa sexualité".

"Un climat qui favorise le passage à l'acte"

Comment expliquer, alors, l'augmentation parallèle des actes LGBTphobes ? "La visbilité accrue et la meilleure intégration des personnes LGBT+ dans société crispent une frange très minoritaire de la société qui les transforment en violences et en discriminations, décrypte Jeremy Faledam. On est dans un moment paradoxal où les choses s'améliorent mais, pour autant, de grandes crispations et violences s’expriment."

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À cet égard, SOS homophobie relève que l'année 2019 correspond au deuxième plus grand nombre de témoignages, juste derrière 2013. Deux années qui ont vu des centaines de milliers de Français défiler dans les rues contre l'ouverture du mariage aux couples de même puis de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. "Quand on a des discours publics qui affirment des stéréotypes hétérocentrés, on a un climat qui favorise le passage à l’acte, les agressions contre les personnes LGBT+, estime le coprésident de l'association. Faire un lien direct serait un raccourci trop rapide, mais on peut pas complètement l’écarter."

Haine en ligne et loi Avia

Autre enseignement de l'édition 2020 du rapport : les signalements d'actes LGBTphobes en ligne, premier contexte concerné, ont crû de 56 %. La moitié d'entre eux ont eu lieu sur Twitter. Alors que la loi Avia sur la haine en ligne, adoptée la semaine dernière, compte inciter les plateformes à supprimer certains contenus sous peine d'amende, les associations LGBT+ sont apparues plus divisées que jamais, certaines s'inquiétant d'un risque de censure et d'atteinte à la liberté d'expression, comme l'Inter-LGBT ou le Syndicat du travail sexuel (Strass).

Si SOS homophobie a contribué à l'élaboration de la loi, Jeremy Faledam reste prudent : "Pour nous, c'est un outil qui va être utile parce qu'il responsabilise les plateformes. Ceci dit, la loi a évidemment ses défauts. Il y a une divergence d’opinion sur le fond avec d'autres associations mais tout le monde n’est pas d’accord chez nous. On partage certaines inquiétudes exprimées par d'autres associations et instituions, sur la liberté d’expression par exemple. On pense que c’est un outil nécessaire, qui peut être amélioré mais qui est un premier pas."

Une réaction publique insuffisante

Dans ce contexte, les pouvoirs publics sont-ils à la hauteur des enjeux ? Pour Jeremy Faledam, le confinement a agi comme un révélateur de certaines carences. Celui-ci sert d'ailleurs d'accroche à l'éditorial du rapport, car il a exacerbé les violences : "On a remarqué une augmentation des cas rapportés dans le cadre du voisinage et sur Internet, avec des cas de personnes directement victimes de propos LGBTphobes ou de cyberharcèlement. On a eu quelques témoignages d’agressions dans l'espace public, de la part de personnes pour qui ce n'était pas habituel. Le fait qu’il y ait moins de monde dans la rue rend les personnes LGBT+ plus vulnérables."

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La réaction du gouvernement face à cette situation comme depuis le début du quinquennat a été insuffisante, juge le coprésident de l'association : "L’action du gouvernement s’est essentiellement portée sur le soutien et l'accompagnement des associations, qui sont très importants mais limités. Le travail des associations ne pourra jamais remplacer l'action de l’État. Il faut que celui-ci s’engage à mener des politiques publiques ambitieuses  Ce qui s’est passé pendant le confinement le confirme. Le plan d’action, arrivé tardivement, a prévu un budget pour que les associations prennent en charge le problème. Ce n'est pas du tout ce qu’on demandait. Cela révèle le fait qu’il y a un manque de prise en charge de ces questions."

SOS homophobie est joignable sur sa ligne d’écoute anonyme au 01.48.06.42.41, par formulaire de témoignage (sos-homophobie.org/temoigner) ou via son "chat’écoute" (sos-homophobie.org/chat).

 

Crédit photo : Lewisiscrazy/Wikimedia Commons


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