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PMA pour toutes : « Je n’ai plus le temps d’attendre »

À 35 et 36 ans, Marie* et sa compagne, qui habitent à Toulouse, tentent d'avoir un enfant via une PMA depuis maintenant trois ans. Elles en veulent au gouvernement actuel, comme au précédent, de ne toujours pas leur permettre d'y avoir recours en France. Marie témoigne auprès de TÊTU.

"En 2013, ma compagne et moi savions que nous voulions un enfant. Quand la loi sur le mariage pour tous est passée, je me suis dit : c’est bon, la voie est ouverte. J’étais persuadée que nous pourrions avoir recours à une procréation médicalement assistée (PMA) en France. Quand on a su que ce ne serait pas le cas, je n’ai pas compris pourquoi.

Puis j’ai dû me résoudre au fait que l’on devrait se rendre à l’étranger. Et nous nous sommes engagées dans un parcours, qui s’est avéré être en fait bien plus compliqué qu’on ne le pensait.

Première étape : trouver un gynéco en France

C’est en 2014 que l’on s’est décidées, alors que l’on parlait déjà depuis quelque temps de fonder une famille. Nous nous sommes dit que ce serait moi qui porterai l’enfant.

On a pris cette décision quand on a eu suffisamment d’argent pour le faire, chaque tentative d’insémination artificielle coûtant environ 1.000 euros, sans compter les transports et tous les frais annexes.

Il a tout d’abord fallu trouver un gynécologue qui accepte de nous aider en France, pour nous prescrire les analyses de sang demandées ou faire les échographies pelviennes, par exemple. Après avoir essuyé quelques refus, nous nous sommes inscrites à l’Association des futurs parents gays et lesbiens (APGL), grâce à qui on a pu trouver un médecin plus facilement et gagner beaucoup de temps.

"Les quatre jours les plus longs de ma vie"

En 2015, nous avons pris contact avec plusieurs cliniques en Espagne. Notre choix s’est finalement porté sur celle qui était la plus proche de chez nous, à trois heures de route de Toulouse.

Nous avons fait trois tentatives, qui n’ont pas fonctionné. La quatrième a été la bonne, alors qu’on commençait à se dire que cela allait devenir compliqué financièrement. C’était deux ans plus tard, en 2017, puisqu’il se passait minimum deux mois entre chaque tentative et que nous devions économiser.

On s’était dit qu’on allait se marier. On avait commencé à tout organiser. À la première échographie, nous avons vu le coeur qui battait. Mais à la suivante, un mois et demi après, il s’était arrêté. J’étais à tout juste trois mois de grossesse.

"C’était un moment d’une grande violence. Les personnels de santé ont refusé que ma compagne reste avec moi."

On est allées à l’hôpital, où l’on nous a dit qu’il fallait faire un curetage. Nous avons pris rendez-vous le 4 août pour l’opération. C’était un moment d’une grande violence. Les personnels de santé ont refusé que ma compagne reste avec moi. C’était les quatre jours les plus longs de ma vie. On a annulé le mariage.

Pas assez d'argent pour une autre tentative

Pour refaire une tentative de PMA, il a fallu attendre que mes règles reviennent. Cela a pris trois mois. Nous avons ensuite essayé d’avoir un enfant avec un ami qui s’est proposé comme donneur, mais ça n’a pas fonctionné.

Normalement, il faut six essais d’insémination artificielle (IAD) avant de passer à la fécondation in vitro (FIV), pour laquelle les chances de réussites sont plus grandes. Nous n’avions pas non plus le budget pour passer ce cap : c’est 5.000 euros par tentative de FIV.

Nous avons eu de la chance : nos familles et amis ont ouvert une cagnotte, qui nous a permis d’avoir un peu d’argent pour recommencer.

"Le temps qu’une loi sur la PMA pour toutes passe en France et qu’elle soit appliquée, j’ai peur d’avoir passé l’âge."

"Si la FIV ne fonctionne pas, on arrête tout"

Nous nous sommes entre-temps mariées et nous pensons retenter d'avoir un enfant dans les mois qui viennent. Mais si la FIV ne fonctionne pas, on arrête tout. Nous avons à vrai dire déjà commencé à faire le deuil de ce projet et à nous dire qu’il n’y aura pas de nouvel essai après ça.

J’ai bientôt 36 ans. Le temps qu’une loi sur la PMA pour toutes passe en France et qu’elle soit appliquée, j’ai peur d’avoir passé l’âge. Je trouve déjà que le mien est un peu limite, et je ne suis pas certaine de vouloir être mère à 40 ans. Je n'ai plus le temps d'attendre. 

"J’en veux au gouvernement"

J’en veux aux gouvernements, précédent comme actuel. Les politiques ont su montrer qu’ils pouvaient faire passer des projets de loi rapidement s’ils le voulaient. En repoussant la PMA pour toutes, ils nous empêchent d’être parents, mais aussi d’avoir un suivi médical sur place, ce qui serait un véritable gain de confort, de temps et d’argent.

On avait beaucoup d’espoir en 2013, on était confiantes. Puis on a commencé à se dire qu’il était totalement dégueulasse que ce soit si compliqué pour nous. Quand on voit des amis hétéros, pour qui c’est facile, pour qui c’est pris en charge… on se dit que tout ça est vraiment injuste.

Nous avons commencé à essayer il y a trois ans. Avec entre chaque tentative un temps nécessaire à assimiler la déception et à s'organiser financièrement et logistiquement pour la prochaine. A chaque fois, il a fallu poser des jours de congé au dernier moment, car selon les cycles, on nous dit 36 heures avant qu'il faut être en Espagne tel jour à telle heure. Pour les échographies, il en faut régulièrement pour voir l'effet des hormones et l'évolution des ovocytes, sans pourvoir bénéficier des arrangements horaires qu'ont les couples hétéro en France, s'arranger avec son travail sans pouvoir dire de quoi il s'agit, alors qu'eux peuvent prendre des arrêts maladie. 

Il est temps que le président actuel mette en pratique le progrès social dont il a tant parlé pendant sa campagne. Qu’il ait le courage de tenir ses promesses.

Nous sommes des citoyennes françaises comme les autres. Nous travaillons toutes les deux. Nous sommes ensemble depuis maintenant 14 ans et nous ne faisons de mal à personne. Nous voulons juste pouvoir créer notre famille simplement."

À LIRE AUSSI : La PMA pour toutes reportée à l’été 2019 : la reculade de trop

*Son prénom a été modifié à sa demande.

Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec.

Crédit photo : Shutterstock.


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