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« On revient à nos marches initiales » : la Pride 2020, le réveil militant ?

Des milliers de personnes ont répondu à l'appel d'une trentaine d'associations et de collectifs pour manifester pour l'égalité des droits samedi. Une "pride" politique, comme un retour aux origines des luttes LGBTQI+...

Des drapeaux arc-en-ciel s’élèvent dans le ciel parisien. Il est 16 heures ce 4 juillet sur la place Pigalle, et des milliers de personnes se sont rassemblées pour manifester pour leurs droits. Devant le report au 7 novembre de la Marche des Fiertés de Paris, organisée par l'Inter-LGBT, une trentaine d'associations et de collectifs ont appelé à ne pas attendre cette date pour manifester, alors que la crise du Covid-19 a sévèrement touché les personnes LGBTQI+ les plus précaires. Malgré les restrictions sanitaires, la préfecture a donné l'autorisation pour cette pride d'un nouveau genre. 

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L'ambiance est plutôt joyeuse quand le cortège de tête s’élance sur le Boulevard de Clichy, avec une heure et demie de retard. Le son des tambours résonne, les fumigènes de couleurs s’éparpillent, les ombres à paupières à paillettes brillent. « Assez, assez, assez de cette société… qui ne respecte pas les trans, les gouines et les PD », clame en cœur la foule, surtout composée de jeunes LGBTQ+. Une simple camionnette, arborant une pancarte « nos fiertés sont politiques », mène le cortège de tête, composé de personnes queers racisées en non mixité.

Coup de projecteur sur la communauté queer noire

« Aujourd’hui, on revient à nos marches initiales. il n’y a pas de chars qui chantent à tue-tête des chansons qui n’ont rien à voir avec nos luttes », se réjouit Pierrette Pyram, 40 ans. Elle est présidente de l’association Diivines LGBTQI+, qui lutte pour les droits des personnes LGBTQI+ afro-caribéennes et afro-descendantes.

Pour Pierrette, ce rassemblement c’est « l’occasion de refaire de la marche des Fiertés une marche politique. La Pride prévue en novembre par l’Inter-LGBT est co-organisée avec des collectifs qui n’ont, pour nous, rien à y faire. Je pense notamment au FLAG!, le collectif des policiers et gendarmes LGBT. Car ce sont les premiers à nous avoir discriminés et violentés, dès 1969 à Stonewall. » 

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Mégaphone à la main, elle garde un œil sur les militantes de son association et veille à ce que leurs banderoles soient bien visibles au milieu de la rue de la Victoire. « Je suis ravie », sourit-elle, « il y a du monde. Nous sommes en revendication, avec des pancartes et des mots politiques pour porter nos voix. » Aux yeux de Pierrette, la Marche des Fiertés de Pigalle est importante : « Cette année, plus que jamais, nous devons être là. Vu l’actualité, notamment les discriminations à l’encontre des personnes racisées… Il faut donner un coup de projecteur à la communauté queer noire. » Elle se rendra également à la Marche de novembre… Mais en tant que « contestataire ».

« Rien ne peut interdire notre colère »

Une silhouette fine danse au milieu de la foule. Des cheveux noirs descendent en cascade, jusque sous son mini-short. Perchée sur des talons hauts, Mimi, 26 ans, de l’association Acceptess-T. La crise du Covid-19 ne pouvait pas l’empêcher d’être dans la rue. « Rien ne peut interdire notre colère », clame-t-elle. À ses yeux, l’objectif de cette Marche des Fiertés, c’est de « revenir à l’origine de nos revendications. À Stonewall, quand des femmes trans racisées ont mené la première Pride ».

Mimi est là en tant que travailleuse du sexe transgenre, pour « dire toute la colère accumulée » par la communauté. « On ne peut plus supporter la mort. Il ne faut pas oublier qu’encore beaucoup de nos sœurs meurent à cause du racisme institutionnel et de la précarité », explique Mimi. « Et on veut faire savoir que le confinement a renforcé cette précarité, car elle est liée à la loi de pénalisation des clients… »

De nouvelles revendications

Pablo, 36 ans, militant de Aides « venu en civil » apprécie le côté « revendicatif » de la Marche de Pigalle. « C’est ce qui me manque quand je vais à la grosse manifestation de d’habitude, qui est plus voyante et plus ludique », précise-t-il, la bouche couverte par son masque. « Je n’aime pas que l’on nous associe seulement à la fête… Alors ce type de manifestation, ça permet de se rappeler qu’il y a des associations et des choses à revendiquer et à défendre. » 

Pablo estime que les revendications de la communauté ont évolué. « L’anti-racisme, la transidentité, la parentalité : ce sont des sujets plutôt récents », analyse-t-il. Cette évolution, c’est pour lui le signe que la lutte pour les droits des LGBTQ+ avance dans le bon sens. « Les gays ont accaparé la scène au début, et même si c’était important pour briser la glace, aujourd’hui on arrête d’invisibiliser les autres membres de la communauté LGBTQ+. »

"Beaucoup de jeunesse"

L’autre source de satisfaction pour Pablo, c’est de voir la moyenne d’âge des manifestants autour de lui. « Je vois beaucoup de jeunesse ! Et ça me laisse penser qu’il y a un message qui évolue et qui est transmis aux nouvelles générations. Ils sont énergiques, ils se sont appropriés la lutte, ça me rassure. Vingt ans en arrière, j’ai l’impression il n’y avait pas autant de jeunes. » 

Zaddie et Milya, 16 et 18 ans, font partie de cette jeune génération de militants. Elles sont venues avec un groupe de copines. Avec ses couettes bleus pastel et son fard à paupière assorti, on pourrait penser que Zaddie est ici surtout pour s’amuser… Mais la lycéenne n’en est pas à sa première Marche, et a bien compris les enjeux. « L’autre Pride, c’est plutôt un défilé. Là, on défend vraiment la cause », appuie-t-elle. Elle défend le droit de chacun d’« aimer » et d’« être qui il veut ».

Pour Milya, cette Marche a une saveur particulière. Algérienne, elle est obligée de cacher sa bisexualité à ses proches. Elle ne pense pas que sa famille pourrait l’accepter, car c’est interdit dans son pays d’origine. Elle espère réussir à se glisser en tête de cortège, avec les personnes racisées, pour une fois au premier plan. « C’est pour montrer qu’on a une voix, qu’on est là pour se tenir face aux injustices par rapport à nos origines et à notre orientation sexuelle. Ce n’est pas un choix : on est comme ça, et ça ne concerne personne d’autre que nous. Il faut l’accepter et le normaliser! »

 


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