amazonOpen Democracy accuse Amazon d'aider des associations LGBTphobes à faire de la collecte de fonds

Par Nicolas Scheffer le 28/12/2020
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Amazon aurait laissé plus de 40 organisations LGBTphobes faire de la collecte de fonds sur sa plateforme, selon le média Open Democracy. L'association dénonce un manque de cohérence du géant du commerce en ligne avec ses valeurs affichées.

"Faites partie de quelque chose de plus grand". Amazon encourage officiellement une politique particulièrement inclusive pour les personnes LGBT+. Cela ne l'empêcherait pas de permettre à des organisations anti-LGBT+ de toucher de l'argent... avec le porte-monnaie de ses clients. Selon une enquête de l'association Open Democracy,  le géant du commerce en ligne aurait permis à des dizaines d'organisations anti-LGBT+ de faire de la collecte de fonds via son programme de dons aux États-Unis.

Le programme AmazonSmile a récolté 215 millions de dollars depuis son lancement en 2013. Il permet de faire un don au moment du paiement de ses achats. Sur la plateforme dédiée à la collecte de fonds, 0,5% des dépenses sont reversées aux associations. Cet argent a été distribué à des "centaines de milliers d'organisations de charité - des associations qui font de l'humanitaire dans le monde, qui s'occupent du bien-être animal, des hôpitaux, et d'autres", selon Amazon. La plateforme oublie que dans les "autres", se trouveraient des organisations américaines ouvertement LGBTphobes.

Le Covid ? "La colère de Dieu"

La liste des organisations aidées a été scrutée par Open Democracy. Elle a retrouvé des organisations qui ont engagé des procédures juridiques aux États-Unis et à l'international pour limiter le mariage pour tous, l'adoption ou des lois discriminatoires.  Parmi les bénéficiaires problématiques, on compte l'ACJL, qui a organisé des campagnes de lobbying en Europe contre l'égalité des droits, notamment en Pologne. L'organisation avait été pointée du doigt plus tôt cette année, car son avocat en chef n'était autre que celui de Donald Trump.

Selon Open Democracy, les dirigeants de plusieurs des organisations concernées ont tenu des propos clairement homophobes. Dans une interview, le pasteur Mike Bickle, à la tête de l'International House of Prayer’s assure que que l'homosexualité "ouvre la porte au royaume du diable". L'ouverture du mariage à tous les couples "encourage" un "agenda diabolique et immoral".

Proche de Donald Trump, le révérend Ralph Drollinger décrit dans un billet le Covid-19 comme "la colère de Dieu". Selon lui, la pandémie est une punition pour les péchés de la société et sa "propension au lesbianisme et à l'homosexualité". Il prêche toutes les semaines à la tête du  White House Bible Study Group et aurait aussi profité de la générosité des clients d'Amazon.

Le directeur de Human Life International, a appelé à "s'opposer au mouvement LGBT" et assuré que l'homosexualité était lié à la pédophilie. Bob Vander Plaats, à la tête de The Family Leader, également présente dans le programme, a qualifié l'homosexualité de "risque de santé publique".

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Des règles qui interdisent les organisations LGBTphobes

"Les entreprises, si elles mettaient en accord leurs paroles et leurs actes, ne devraient pas donner accès à leur plateforme à de telles organisation qui cherchent à limiter le droit des autres", indique Evelyne Paradis, directrice exécutive de l'ILGA-Europe, citée dans un communiqué. D'autant que les règles du programme indiquent que ces associations ne peuvent pas "participer, encourager ou promouvoir : l'intolérance, la discrimination ou les pratiques discriminatoires fondées sur l'origine, le sexe (sic), la religion, la nationalité, le handicap, l'orientation sexuelle ou l'âge".

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Des organisations bientôt révoquées ?

"Si à un moment, une organisation enfreint les règles, son éligibilité au programme sera révoquée", indique à Business Insider un porte-parole de l'entreprise. Mais Amazon n'a pas voulu dire explicitement qu'il interdirait à ces associations d'être éligibles au programme. Cette enquête montre également les failles dans le suivi et la sélection de la part du commerçant concernant les associations aidées.

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"Nous espérons qu'AmazonSmile continuera de respecter les droits et la dignité de tous et ne fera pas de discrimination contre une organisation religieuse", a déclaré à OpenDemocracy l'association évangélique Billy Graham. Le président de cette asso a déclaré que Satan était l'architecte de mariage pour tous et des droits des personnes LGBT+. Il a également attaqué le pape François pour "tenter de normaliser l'homosexualité".

Jeff Bezos, le fondateur et PDG d'Amazon a accepté le prix de l'Égalité de Human Rights Campaign en 2017. En 2012, il a promis de donner 2,5 millions de dollars pour aider à promouvoir le mariage pour tous dans l'État de Washington. En France, depuis 2016, Amazon est partenaire de Dons solidaires. Elle n'a pas déployé la même plateforme qu'aux États-Unis mais redistribue une partie de ses invendus à 500 associations partenaires, notamment pour offrir des cadeaux à des enfants.

 

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