« Ne plus la voir est comme une déchirure » : les ami.e.s de la lycéenne transgenre décédée en décembre lui rendent hommage

TRIBUNE. Ce vendredi, un hommage a été rendu à la jeune lycéenne transgenre qui s'est donné la mort, mi-décembre, à Lille. TÊTU a proposé à ses ami·e·s proches de publier un texte en hommage à leur camarade, avec leurs mots.

Note de la rédaction :  La jeune femme était en cours de transition. Cette jeune lycéenne n'avait, selon plusieurs sources que nous avons contactées, pas arrêté son nom d'usage. Elle envisageait de se faire appeler Avril mais avait demandé à ses ami·e·s de continuer de l'appeler par le prénom qui lui a été assigné à la naissance. Le nom de la jeune femme a provoqué de nombreux débats dans la presse et sur les réseaux sociaux. Dans ce texte, où quatre ami.e.s proches lui rendent hommage, iels ont décidé de continuer à l'appeler par le nom qu'iels lui connaissaient. 

"Aujourd'hui nous écrivons pour Fouad, une adolescente partie trop tôt, mais avant tout notre amie. Nous la connaissions depuis environ mi-septembre, date à laquelle elle était arrivée. Elle était dans nos classes ou nos spécialités et ne plus la voir est comme une déchirure.

C'était une adolescente transgenre, racisée, qui vivait en foyer depuis environ un an car rejetée par sa famille. Elle avait commencé sa transition depuis quatre mois et en était fière, elle était heureuse d'avoir pu commencer cela et être celle qu'elle voulait enfin être.

"Notre lycée ne faisait qu'utiliser le pronom 'il'"

Malheureusement, tout n'était pas rose et ne se passait pas parfaitement bien : la transphobie du quotidien, ne pas être correctement genrée par notre lycée ou par d'autres personnes, les problèmes personnels qu'elle avait pu avoir et bien d'autres choses ne l'aidaient pas à se sentir épanouie à 100%.

À LIRE AUSSI - À Lille, le suicide d’une adolescente trans de 17 ans suscite la colère

Notre lycée, qui ne comprenait pas sa transidentité, ne faisait qu'utiliser le pronom "il" alors que c'était "elle". Même après sa mort et dans le mail de l'annonce de son décès, la direction utilisait le mauvais pronom. Ce fameux jour, quand elle est arrivée en jupe et s'est fait exclure, les élèves étaient tous choqués car ne s'attendaient pas à ce qu'une élève soit virée car elle portait une jupe. Avant que la CPE et le principal ne viennent la chercher, elle nous a demandé si sa tenue nous choquait. Bien évidemment que non car c'était une simple jupe. 

"La transphobie tue"

Après cela, elle nous avait raconté qu'elle avait reçu énormément de messages de soutien, qu'elle ne s'attendait pas à ce qu'autant de gens prennent sa défense et elle était heureuse que la direction soit revenue sur sa décision et qu'elle puisse venir enfin en jupe (mais aucune excuse de la part de la CPE).

Le lendemain, nous avions collé des affiches dans notre lycée avec comme messages "La transphobie tue", "Respectez les pronoms des personnes transgenres", "Une femme transgenre est une femme, un homme transgenre est un homme" et autres. Le lycée les a retirées car nous ne leur avions pas demandé l'autorisation. Deux semaines après ces collages, Fouad s'est donné la mort.

À LIRE AUSSI - Transidentité : le rappel à l’ordre salutaire du défenseur des droits

Nous avons appris la nouvelle brusquement, un simple mail aux personnes de sa classe en la mégenrant pour annoncer son décès. Je l'ai appris grâce à mon ami Anabelle et nous avions passé la soirée à pleurer au téléphone. Et le lendemain aussi. Un mélange de haine, de tristesse prenait place en nous et nous nous posions beaucoup de questions. Nous ne l'oublierons jamais, elle restera pour toujours avec nous.

"Fouad était drôle"

Fouad était drôle, toujours à faire des blagues, à avoir la phrase qu'il faut quand il faut, elle était à l'écoute. C'était vraiment un personnage, elle était unique en son genre et nous l'adorions pour ça. Avec elle, on pouvait parler de tout et de rien. Quand nous lui parlions de nos problèmes, elle était là. Elle savait que nous étions là pour elle, mais elle n'a pas su comment nous appeler à l'aide. 

À LIRE AUSSI - La journaliste Audrey Crespo-Mara persiste avec son traitement problématique de la transidentité

Aujourd'hui, nous demandons des stages, des interventions, que des choses soient faites pour l'accueil des personnes transgenre et non-binaire en milieu scolaire. Malheureusement, le personnel des lycées n'est pas assez éduqué sur ce sujet-là et l'accueil des personnes transgenre ne peut donc être fait avec bienveillance.

Repose en paix Fouad."

Zya, Anabelle, Louise et Anouk

Crédit photo : Capture c'écran Twitter / @j_bouteiller


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail