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« Ce n’est pas la réalité » : le président de Aides répond aux accusations de « culture du viol » au sein de l’asso

Quinze salariés dénoncent des faits d'agression et de harcèlement sexuel au sein d'AIDES. Le président de l'association assure son soutien au victimes et indique que des outils de préventions et des sanctions sévères ont été utilisés pour y répondre. Il répond aux questions de TÊTU.

Quand il a ouvert le lien de StreetPress, Aurélien Beaucamp, président de AIDES, a reçu un coup de massue. L'association de lutte contre le VIH, les IST et les hépatites est accusée de laisser se développer une "culture du viol". Le journal en ligne parle même "d'omerta" au sein de l'association. Dans son plaidoyer, l'association lutte pourtant contre toutes les discriminations. D'ailleurs, le président a accompagné sur les réseaux sociaux la libération de la parole et le mot-clé MeTooGay.

Dans l'enquête, 15 salariés racontent des agressions sexuelles dans les lieux de prévention, des nudes envoyées sans consentement, des avances sexuelles de bénévoles. Une forme de tolérance de propos sexistes et de comportements déplacés en interne est aussi dénoncée. Auprès de TÊTU, Aurélien Beaucamp apporte son soutien aux victimes. Il regrette que l'enquête parle de déni de la part de AIDES alors que l'association a sanctionné sévèrement des auteurs de violences et développé des dispositifs de libération de la parole. Interview.

Est-ce qu'il y a une culture du viol au sein de AIDES?

Evidemment, notre position est en soutien aux victimes. On ne remet pas en question les témoignages qui sont rapportés dans l'enquête. En revanche, la question du déni de la part de l'association n'est pas vraie. Ces faits remontent aujourd'hui à une dizaine d'années et ils ont été traités, par des licenciements et des radiations de l'association.

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Ce sont des sujets qui ne concernent pas AIDES en particulier. On vit dans une société où les rapports de domination existent. Pendant longtemps, il y a eu une omerta dessus, que ce soit dans une entreprise, un établissement public ou une association. Les victimes ne trouvaient pas un lieu sécurisant et pertinent pour se sentir autorisés à en parler. Au début des années 2010, les victimes n'avaient pas d'outils pour faire remonter des abus, on s'est attelé à cela depuis plusieurs années.

Quels sont ces dispositifs ? 

Il nous fallait créer un environnement pour être à l'aise et libérer la parole. On a désigné en interne des référents de lutte contre ces violences et on appelle très régulièrement à les solliciter. On a également mis en place une procédure de signalement anonyme. Depuis deux ans, on propose des formations. Sans avoir le chiffre exact, on peut estimer que la moitié des salariés et des bénévoles ont été formés.

Depuis 2019, j'ai radié personnellement plusieurs personnes, notamment un administrateur dans l'association depuis 25 ans. Nous n'attendons pas une décision de justice pour agir. C'est un sujet de débat, mais là-dessus, il ne peut pas y avoir de riposte graduée.

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Ces dispositifs ont été détaillés au journaliste à l'origine de l'enquête et ne sont pas mentionnés dans l'article, ce que je regrette. L'article laisse entendre qu'on laisse perdurer les choses, qu'on n'a pas réagi et ce n'est pas la réalité. Nous allons continuer à étoffer notre arsenal contre les violences sexistes et sexuelles.

Est-ce qu'il y a une tolérance vis-à-vis des violences ?

Non, il y a une tolérance zéro. On nous reproche une liberté de ton basée sur le non-jugement et la bienveillance. Ce sont des postures qui nous sont utiles avec les personnes que nous recevons à AIDES. Elles nous font part de leurs pratiques sexuelles et de leur consommation de produits sans crainte parce que nous les accompagnons dans la réduction des risques. Mais ces notions ne sont pas pour autant une tolérance de la violence !

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Un homme raconte avoir été agressé plusieurs fois lors d'une action qui s'est déroulée dans une boîte de nuit. Il a été renvoyé au même endroit le mois suivant. Est-ce une erreur ? 

Là, ce n'est pas un problème interne, mais de confrontation à des consommateurs. Ce n'est pas pour autant acceptable. Ce n'est pas normal que le responsable de l'action ait eu cette réponse. On arrive à des témoignages comme ça parce qu'à AIDES à cette époque, on n'avait pas les outils nécessaires pour y faire face. On est du côté des victimes et on va continuer à créer un environnement où elles sentent qu'elles peuvent parler.

Faut-il que l'association porte davantage la question du consentement auprès des personnes qu'elle accompagne ?

Le consentement fait partie de la réduction des risques. Nous le travaillons avec des populations vulnérables, nous les accompagnons par exemple lors de dépôts de plaintes. On a désigné des personnes ressources sur ces sujets. Nous travaillons aussi avec d'autres associations qui maîtrisent mieux ces sujets et nous orientons vers ses structures quand il le faut.

L'enquête fait état de garçons qui ont été envoyés faire des actions sur leur physique. Est-ce que ça a existé et est-ce que ça existe toujours ? 

Ça s'est passé, on ne va pas mentir. Lorsque j'étais jeune militant, j'ai fait l'objet de réflexions de cet ordre. Charge à nous de bien former les gens, d'accompagner les personnes sur ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas. Ce genre de pratiques n'a pas sa place à AIDES.

Est-ce que dans cette enquête, il y a des choses que vous n'aviez pas perçu ?

Des militants sur le terrain ont identifié qu'il fallait travailler sur ce sujet il y a quatre ans, on a avancé depuis. Nous sommes déjà au courant de ce qui se passe. Je sais qu'on est dans une société où un système de domination est fait pour que les victimes se taisent. En tant que responsables associatifs, c'est notre responsabilité de tout mettre en oeuvre pour que l'environnement permette aux victimes de parler. On met en place des choses qui mettent du temps avant de produire leurs effets. Mais dès qu'on est saisi d'une situation, on prend les mesures nécessaires.

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Des victimes parlent de devoir de loyauté envers l'association... Qu'est-ce que vous en retenez ?

Être loyal envers l'association, ce n'est pas se taire. C'est partager nos combats et nos plaidoyers. Nous luttons contre les discriminations quelles qu'elles soient et c'est un minimum de se l'appliquer à nous-même. On cherchera toujours à protéger la victime qui a le courage de parler.

 

Crédit photo : Mélodie Descoubes / Unsplash


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