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Nicolas raconte quand son médecin lui a proposé de « régler son problème d’homosexualité »

À 25 ans, Nicolas n'en n'est pas à son premier rapport glacial avec un médecin. Habitué à la sérophobie, il ne s'attendait pas à vivre de l'homophobie décomplexée de la part de son généraliste. Il témoigne.

J'étais sidéré, je ne savais pas vraiment quoi répondre. Je ne m'attendais pas à ce que ma médecin veuille m'aider à "régler mon problème d'homosexualité". D'ailleurs, je n'ai pas vraiment su comment réagir, alors, j'ai pris ma carte Vitale et je suis parti un peu penaud. Mais j'entends bien me plaindre auprès de l'ordre des médecins.

La sérophobie quotidienne dans le milieu médical

Ce n'est pas la première fois que je suis mal à l'aise chez le docteur. Vivre avec le VIH, c'est être confronté régulièrement à la sérophobie, de la part de la société mais aussi du corps médical. Le problème, c'est que beaucoup de médecins généralistes ne sont pas formés sur le VIH. Souvent, ils connaissent le virus moins bien que moi. Ça s'entend dans la manière qu'ils ont de poser des questions. Comme tout le monde, les médecins ont des peurs irrationnelles sur le VIH, alors que ce sont les personnes qui devraient être le plus calé sur le sujet. C'est à eux de faire de la pédagogie sur ce qu'est le VIH...

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J'étais suivi par une docteure depuis que je suis petit mais qui ne connaît pas la différence entre le VIH et le sida. Quand je lui ai annoncé que j'avais le VIH, elle n'a plus voulu me toucher. Une fois, je lui ai dit que j'avais un problème à la gencive, elle m'a donné une ordonnance sans même regarder ma bouche. Mon infectiologue, lui, il était sur le cul, il m'a confirmé que ce n'était pas normal. Et puis, il y a eu la phrase de trop. J'ai décidé de ne plus jamais revenir quand elle m'a balancé : "alors, ça va le sida ?".

Elle a finalement trouvé de la place dans son planning

Il y a un an et demi, j'ai choisi une nouvelle praticienne parce qu'elle exerce pas très loin de chez moi. Au début, quand je lui ai demandé si elle pouvait devenir mon médecin traitant, elle était partante. Et puis, elle a vu que j'avais une ALD (affection longue durée, ndlr). Quand je lui ai dit que c'était le VIH, elle a eu un mouvement de recul. Tout de suite, elle m'a dit qu'elle n'avait plus de place, qu'elle ne pouvait pas prendre de nouveaux patient et qu'elle n'était pas spécialisée dans le VIH. Je lui ai alors répondu que j'étais suivi par un infectiologue et étrangement, elle a trouvé de la place dans son planning.

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Quand j'allais la voir, je ne voulais pas m'éterniser. Elle était particulièrement froide, je ne sais pas si elle l'était avec tous ses patients ou qu'avec moi, mais je ne me sentais pas à l'aise. Et puis, après la sérophobie est apparue l'homophobie décomplexée. Vendredi dernier, je lui explique que je suis anxieux à l'idée d'un nouveau confinement et que je n'arrive pas à trouver un rendez-vous dans un centre médico-psychologique (CMP).

Elle m'a fait un courrier pour que je sois plus rapidement pris en charge et elle me balance "comme ça, vous pourrez réglez votre problème d'homosexualité". Bien évidemment, être homo, ce n'est ni une maladie, ni un problème, il n'y a rien à "régler". Quand elle a vu que je tiquais, elle me dit que ce n'est "pas sain pour la société". Je ne sait même pas comment elle a su que j'étais gay, je ne lui en n'ai pas parlé.

Elle ne "voulait pas me froisser"

Le pire, c'est qu'elle a dit ça tout naturellement, comme si ça pouvait être une opinion tolérable. Ça ne la choquait pas de balancer ça. Quand je suis parti, elle a vu que j'étais sidéré. Elle m'a dit qu'elle ne "voulait pas me froisser", alors qu'elle m'a qualifié de nuisible pour la société ! Je ne veux pas laisser passer ça.

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J'avais besoin d'en parler. Alors, j'ai fait un thread sur Twitter. Ça m'a rassuré parce que j'ai compris que je n'étais pas choqué pour rien. Elle a dit avec tellement d'aplomb ses propos homophobes que j'en doutais...! J'ai reçu des centaines de messages, de personnes qui me conseillent des médecins d'Aras. C'est déjà compliqué parfois de trouver un médecin traitant, ça l'est encore plus de trouver quelqu'un qui soit bienveillant.

Après mes messages sur Twitter, j'ai dû recevoir une recommandation pour chaque médecin de la ville... dont celle que je dénonçais. C'est difficile de faire confiance à des recommandations d'inconnus. Mais surtout, une association m'a contacté et m'a proposé de m'aider à préparer un courrier pour me plaindre auprès de l'ordre des médecins. Il faut qu'ils prennent conscience que c'est quelque chose qui ne peut pas être dit dans un cabinet. Je ne compte pas en rester là.

 

Crédit photo : Pxhere


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