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Drag QueenNicky Doll : "Le drag est devenu un mouvement libérateur du genre"

Par Raphaël Cioffi le 15/02/2021
Nicky Doll

En participant à la douzième saison de RuPaul Drag’s Race, Nicky Doll (de son vrai nom Karl Sanchez) a mis la planète à ses pieds grâce à son charisme et à ses looks ultrachics. Rencontre avec la drag-queen française la plus suivie au monde.

Cette interview est initialement parue dans le numéro 225 de TÊTU, toujours disponible en kiosques 

TÊTU : Si la peau sur ton visage pouvait parler, elle dirait quoi ?

Nicky Doll : “J’ai soif !” (Rires.) J’essaie vraiment de m’hydrater au quotidien, et surtout je me démaquille parfaitement quand j’ai été en drag. C’est hyper important, on n’a qu’une seule peau! Et la beauté de Karl est aussi importante que la beauté de Nicky.

C’est quoi le drag ?

Pour moi, c’est avant tout un mouvement politique. Le drag permet de faire un commentaire sur une société qui ne prend pas en compte tous les types de personnes qui la composent, ni toutes les différences. La communauté LGBT+ a eu besoin de se recréer une réalité, de faire une satire de ce qu’elle vivait au quotidien.

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C’est difficile de répondre parce que chaque drag-queen a une motivation personnelle qui la pousse à commencer, mais pour moi c’est exactement ça. On m’a critiqué et donné tous les noms d’oiseaux pour mon côté féminin, du coup j’ai créé cette héroïne ultra-féminine et glamour. C’était une façon de reprendre le pouvoir sur mes détracteurs. Mais attention, je ne représente pas pour autant le modèle féminin qu’il faut suivre; je suis une caricature outrancière du genre féminin.

D’ailleurs, j’ai l’impression que le drag lutte contre les clichés de la masculinité, ce qui est génial en soi, mais en utilisant et en véhiculant des clichés sur la féminité...Tout à fait, c’est pour ça qu’il est important de mettre en avant tous les types de drag. Il n’y a pas que les drags ultra-féminines, il y a aussi celles qui sont clownesques, les genderfucks [qui jouent avec les codes du genre], les arty, mais aussi les drag-kings [qui créent un personnage drag d’homme] et les bio queens [femmes qui créent un personnage drag de femme] ! Plus qu’une simple caricature, c’est devenu un vrai mouvement libérateur du genre.

Et ça reste une performance...

Voilà, je suis une performeuse. Regarde, quelqu'un comme Beyoncé, qui sur scène va avoir les cheveux nickels, un maquillage parfait, un corps sculpté, bon bah c’est pas la Beyoncé que tu vas voir le dimanche après-midi. Moi, le dimanche après- midi, je suis en mec. Drag, c’est ce que je fais, pas qui je suis.

À propos de performance, je t’ai vue sur scène : après RuPaul, tu comptes aussi être la première Française
à intégrer les Pussycat Dolls ?

(Rires.) Alors, écoute... pour mes looks, je suis plutôt inspirée par la mode et les mangas, mais c’est vrai qu’une fois sur scène je suis un peu plus... sulfureuse. J’ai beaucoup été inspirée par Nicole Scherzinger et ses Dolls. Je suis très fière de savoir qu’elles me suivent, qu’elles savent qui je suis. Ce serait un rêve de faire une performance avec elles !

Des conseils pour les drags en devenir ?

Déjà, ne surtout pas se comparer. Les réseaux sociaux, quand on est drag, peuvent être très déprimants parce qu’on voit des shootings super glossy. En fait, il faut vraiment commencer à son rythme. Premier conseil pour une performeuse : investir dans un look super élevé pour un show, et faire cette performance plusieurs fois, le temps d’économiser pour créer un deuxième look. C’est au fur et à mesure qu’on se crée une garde-robe.

Comment on donne l’impression qu’une robe à 20 euros en vaut 10.000 ?

Tu sais, je ne pense pas que t’aies besoin d’avoir énormément d’argent pour avoir un drag super élevé, c’est surtout une histoire de goût. Si t’as pas beaucoup de moyens, pars sur du noir, c’est toujours classe. Et il vaut mieux accessoiriser une robe cheap que d’avoir une robe chère sans accessoires.

C’était quoi le plus dur à dire à tes parents : que tu étais drag ou que tu partais vivre à New York ?

Définitivement, d’annoncer à ma maman que je partais vivre aux États-Unis. Elle préfère un fils drag-queen à côté d’elle plutôt qu’un fils drag-queen loin d’elle.

Tu as appris le français à RuPaul ?

Oui! Déjà, je lui ai appris que “saboteur” était un mot français : il parle tout le temps de l’inner saboteur [lorsqu’on se sabote soi-même]. Et “salope”, évidemment !