facebook

Virginie Despentes : “Les fascistes sont toujours homophobes et antiféministes”

Elle parle rarement. Mais, lorsqu’elle prend la parole, l’autrice de Baise-moi et de Vernon Subutex, Virginie Despentes, a le don de surélever le débat. TÊTU est parti à la rencontre de l’écrivaine qui a le plus fortement marqué la littérature française des trente dernières années. Et qui éclaire d’une lumière crue, mais toujours bienveillante, nos identités queers.

Entretien paru en décembre 2020 dans le numéro 225 de TÊTU. 

Lionel Jospin ne s’en est toujours pas remis. La dernière fois que Virginie Despentes prenait la parole dans les pages de TÊTU, c’était en 2012 pour démolir l’ancien Premier ministre socialiste, qui avait exprimé son désaccord avec le mariage pour tous sur un plateau télé. Despentes super-héroïne, celle qui monte au front, en première ligne, pour se battre à nos côtés, et dont la voix résonne et compte encore. Ses tribunes font d’ailleurs toujours autant de bruit, comme celle écrite en début d’année après qu’Adèle Haenel a claqué la porte des César.

On lui a dit qu’on avait besoin d’elle pour fêter nos 25 ans. Elle nous accueille alors près du parc des Buttes-Chaumont, dans un appartement lambda avec une terrasse un peu moche donnant sur un immeuble moche. S’il y a une chose qui l’émeut, ce sont les chiens. Nous, on aime beaucoup son petit bouledogue. On sourit quand elle nous propose de l’eau, du thé ou du café, un genre “hôtesse d’accueil” qui lui va mal. “Ça vous dérange pas si je fume ?” – c’était plus prévisible. Pour nous répondre, Virginie Despentes a pris son temps, sans une once de prétention. Les ors des institutions littéraires ont, semble-t-il, glissé sur celle qui a quitté l’académie Goncourt en janvier 2020.

Baise-moi est sorti en 1993, deux ans avant le lancement de TÊTU. Un tel livre pourrait-il sortir aujourd’hui ?

Je pense, oui. Aujourd’hui, on accepterait mieux l’idée qu’une femme parle de sexe. À l’époque, certains critiques se demandaient vraiment de quel droit je me permettais ça : la sexualité appartenait aux hommes, ça allait de soi. Il y a depuis deux mouvements contradictoires et concomitants : une augmentation de la censure et de la sexophobie, et une plus grande acceptation qu’une femme puisse travailler sur la sexualité....


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail