facebook

Santé/Sexo

Fétichisme : BDSM, cuir, latex, odeurs… et toi, c’est quoi ton kiff ?

Texte Tom Umbdenstock

Illustration Pol Anglada

BDSM, Cuir, puppy play ou TN… Qu’importe le fétiche, pourvu qu’on ait l’ivresse. Explorateurs obsessionnels des sens, les fétichistes le sont aussi de notre époque.

image article

Avant de préparer cette enquête, j’avais du fétichisme une image rétro faite de cuir, de moustaches et de quelques défilés lors des Prides. Je savais que les baskets ou les survêtements en faisaient saliver certains, mais, dans mon esprit, les pratiques fétichistes ne servaient qu’à pimenter une sexualité usée, au moyen d’accessoires conquérants. Je mêlais considérations psychanalysantes et obsession romantique dans laquelle chacun pouvait d’ailleurs se retrouver : une idée fixe de l’être aimé où le désir se focalise sur une nuque, un parfum, des cheveux bouclés. Loin de là : le fétichisme se touche, se pense, et se vit. C’est un élément constitutif de la vie de ces hommes, qui dit quelque chose d’eux et, en cela, de notre époque.

« Avec le puppy play, les relations sont nettement plus intenses que dans le sexe basique »

« Avec mon compagnon, ça fait des années qu’on n’a rien fait sans puppy play, sans les vêtements qui vont avec, sans accessoires ou sans jeu. Le reste ne m’excite plus », raconte Dokuta (son nom de puppy), 33 ans. « Le sexe vanille [conventionnel] ne m’intéresse plus, explique Freki (son nom de puppy), 23 ans, adepte du cuir, du latex et du néoprène. Avant, j’ai eu des relations classiques, et c’était inintéressant, ça ne me suffisait pas. Avec le puppy play, t’as tout un côté jeu. Les relations sont nettement plus intenses et intéressantes que dans le sexe basique. » Leur fétichisme consiste en des jeux de rôle où les partenaires incarnent un chien et son maître, et se parent de tenues et d’accessoires.

Avec son ex-copain, Kentin, 29 ans, a de son côté mis les deux pieds dans le fétichisme des kiffeurs, essentiellement autour des vêtements, des baskets et des chaussettes de sport. « On démarrait nos rapports en survêt ou même en short et en TN [baskets emblématiques de la marque Nike], se souvient-il. Ça pouvait arriver qu’on se mette à poil, juste en TN/chaussettes. »

À chacun sa matière fétiche

Pour se mettre vraiment dans la peau des fétichistes, il faut saisir leur goût pour la matière : « T’as du nylon, du coton, du lycra, qui ressemblent plutôt à des combis moulantes, poursuit Kentin à propos des survêtements. T’es pas compressé comme dans un jean. Tu es à l’aise. » Ce qui l’anime, lui, c’est la fluidité de la matière – qui libère ou contraint, selon les préférences. Damien, multifétichiste ascendant kiffeur de 23 ans, détaille : « On a une érection quand on est dans un sentiment de bien-être et d’excitation. Quand t’es dans un survêt, tu vas être plus confortable que si tu portes un jean serré ou une doudoune qui t’étouffe. » Mathieu, dans le cuir, apprécie au contraire qu’on puisse se sentir « contraint, pas forcément libre de ses mouvements ».

« La transpiration mélangée à du silicone, les odeurs corporelles, ça m’excite »

Dès lors, l’objet fétichisé transforme le pratiquant en explorateur des sens. Julien, fétichiste du latex de 27 ans, évoque les sonorités du matériau : « C’est un peu des bruits de plastique. Ça s’entend et ça contribue largement à l’excitation. Je ne vais pas forcément les provoquer, mais c’est une sensation qui s’ajoute aux autres. » L’odeur aussi contribue à son émoi : « Au départ, je n’aimais pas trop, mais au fur et à mesure j’ai trouvé ça excitant. C’est de la transpiration mélangée à du silicone, des odeurs corporelles, moites », poursuit-il. Chez Kentin, l’odeur des baskets TN est centrale : « C’est une excitation en plus. Il y en a qui kiffent les odeurs des dessous de bras. Moi, ce ne sont que les odeurs de pieds de certaines personnes qui me plaisent. »

...

Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail