VIHSidaction 2022 : "Il faut sensibiliser sur les nouveaux accès gratuits au dépistage"

Par Gabriel Moullec le 25/03/2022
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À partir de ce vendredi 25 mars se tient pour trois jours le week-end du Sidaction 2022, destiné à récolter des dons (au 110) pour la lutte contre le VIH/sida. Entretien avec sa directrice générale, Florence Thune, pour poser les enjeux de cette 28e édition.

Rappeler que la lutte contre le VIH n'est toujours pas derrière nous. Ce week-end des 25, 26, et 27 mars 2022 a lieu la 28e édition de la campagne de récolte de dons du Sidaction, placée sous ce message : "Le VIH ne fait pas disparaître l'amour. Par amour, faisons disparaître le VIH". D'après les dernières données de Santé Publique France, pour l'année 2020, 173.000 personnes vivent en France avec le VIH quand on estime que 24.000 ignorent leur séropositivité. Ce dernier nombre pourrait être revu à la hausse après l'épidémie de Covid-19 qui a fait diminuer le nombre de tests de dépistage du VIH de 14% pour l'année 2020 par rapport à 2019. Pour pallier ce retard, les associations tentent de réactiver la prévention et les dépistages, un défi alors que la jeunesse se montre de moins en moins bien informée sur le VIH/sida. Et ce, alors que le traitement du VIH a énormément progressé ces dernières années, permettant aux personnes vivant avec le virus d'avoir une espérance de vie équivalente à la population générale et de ne pas le transmettre. État des lieux, avec la directrice générale du Sidaction, de la situation en matière de traitement et de prévention du VIH.

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On sait que le nombre de tests de dépistage du VIH a chuté avec la pandémie de Covid-19. Comment rattraper ce retard ?

Florence Thune : Il n'y a pas de petites actions. On va contribuer à rattraper ce retard en finançant notamment des associations qui font de la prévention sur le terrain, ou en promouvant l'accès au dépistage auprès des populations qui sont éloignées du soin. Nous allons aussi sensibiliser, diffuser les messages sur les nouveaux accès au dépistage : depuis le mois de janvier 2022, les tests sont accessibles dans n'importe quel laboratoire en France, sans ordonnance et sans frais. Plus on aura de moyens de se faire dépister et de modes de dépistage, plus on pourra rattraper ce retard.

Il y a un an, on craignait que l’épidémie de Covid ne fasse perdre dix ans dans la recherche sur le VIH. Est-ce qu’on est aujourd’hui en mesure de confirmer ce retard et où en est la piste du vaccin préventif ?

C'est difficile de confirmer ce chiffre : quand on a commencé à l'évoquer, on était en plein milieu de la crise du Covid et je ne sais pas si on en est sorti. Pour le VIH, on parle parfois d'une fin d'épidémie pour 2030 mais malheureusement, je pense qu'on ne va pas y arriver. Malgré tout, les recherches ont repris et sont de nouveau actives en laboratoire, ce qui était le souci en 2020. Il faut rappeler également que la recherche sur le VIH a beaucoup servi à celle sur le Covid. Concernant le vaccin, on considère que l'essai actuellement en cours sur l'humain en est un parmi d'autres. L'ARN messager est une nouvelle piste mais on a appris à faire preuve de patience et de prudence car il y a malheureusement eu beaucoup d'échecs par le passé.

Que financent les dons au Sidaction en 2022 ?

Les dons sont injectés à des associations à la fois en France et à l'étranger. On a financé plus de 80 recherches en 2021. On parle beaucoup du vaccin, mais ce qu'on espère voir un jour, ce sont des personnes en état de rémission. Nous faisons également de l'accompagnement de personnes précaires ou discriminées.

La PrEp injectable est désormais autorisée en France, est-ce à vos yeux une révolution ?

Cette nouvelle prophylaxie fait partie de la révolution globale des moyens de prévention. La PrEP sous forme de comprimés était déjà une première révolution et la forme injectable en est une autre. Nous espérons obtenir une diversité d'outils de prévention où chacun pourra choisir la méthode qui lui convient le mieux, un peu comme les femmes qui ont à leur disposition différents moyens de contraception.

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Votre dernier sondage révèle que les jeunes sont extrêmement mal informés quant au VIH. Si le rôle de l’école doit bien sûr être renforcé dans la prévention contre le VIH, par quels autres canaux la prévention pourrait-elle passer ?

Il faut que le gouvernement fasse des campagnes, notamment sur les réseaux sociaux qu'utilisent beaucoup les jeunes. Cela permettrait d'améliorer la prévention mais aussi la manière dont les personnes séropositives sont perçues. Je rêve de belles campagnes du ministère de la Santé sur la réalité de la vie avec le VIH et les discriminations subies par les personnes séropositives.

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À trois semaines du premier tour, Aides a lancé une campagne dénonçant l’absence du sujet VIH dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle. Vous partagez cette inquiétude ?

Il est peu question de santé tout court dans cette campagne. Quand on voit l'état des hôpitaux, à quel point il est compliqué pour des personnes précaires d'avoir accès aux soins, j'aimerais que ce soit véritablement un sujet. Il faut redonner confiance en la science, qui a été particulièrement malmenée ces deux dernières années. C'est ce qui va nous faire progresser et pas seulement dans la lutte contre le VIH.

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Crédit Photo : Sidaction