procèsSursis et obligation de soins requis envers Jean-Marc Morandini pour "corruption de mineurs"

Par têtu· le 24/10/2022
Jean-Marc Morandini est jugé pour "corruption de mineur"

L'animateur de télévision Jean-Marc Morandini (CNews) a comparu ce lundi devant le tribunal correctionnel, pour répondre de messages de nature sexuelle envoyés à deux jeunes de 15 ans.

Mise à jour, 22h, avec AFP : Face aux accusations de corruption de mineurs et au tribunal correctionnel de Paris, Jean-Marc Morandini a tour à tour plaidé "l'humour", ou bien "l'imprudence". L'argument n'a pas convaincu le ministère public, qui a requis un an d'emprisonnement avec sursis et une obligation de soins. "Ce n'est pas une imprudence d'avoir des échanges sexualisés avec des mineurs, c'est un délit", a souligné le procureur Aurélien Brouillet, s'alarmant de l'absence de "prise de conscience" du prévenu. Le jugement sera rendu le 5 décembre.

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Jean-Marc Morandini devant ses juges. L'animateur de télévision comparaît ce lundi 24 octobre devant le tribunal correctionnel à Paris, pour répondre de messages envoyés à deux jeunes de 15 ans, en 2013 et en 2015-2016, qui consistaient pour l'un à évoquer des scénarios sexuels et, pour le second, à lui demander d'envoyer une photo de lui dénudé. Passibles de cinq ans d'emprisonnement, ces faits allégués de "corruption de mineurs" sont contestés par cette figure de la chaîne CNews, âgé de 57 ans, qui anime une quotidienne dédiée aux médias après avoir présenté notamment les émissions "Crimes" sur NRJ 12 ou "Présumé innocent" sur Direct 8.

L'affaire Morandini est partie de la plainte de deux adolescents déposée en 2016 au moment où Les Inrockuptibles révélaient comment l'animateur se serait fait passer pour la directrice de casting d'une websérie érotique pour pousser de jeunes comédiens, majeurs, à s'exhiber nus. Ce deuxième dossier lui vaut d'être renvoyé en correctionnelle pour "harcèlement sexuel" sur un de ces comédiens – la date de ce second procès n'est pas encore connue.

"Il voulait que je me masturbe devant lui"

La première plainte pour "corruption de mineurs" est venue d'un adolescent auquel l'animateur de CNews aurait fait des propositions sexuelles dans des échanges électroniques, entre février et mars 2013, au moment où l'animateur était chargé de l'émission "Vous êtes en direct" sur NRJ 12. Face aux enquêteurs en 2016, le plaignant avait évoqué des conversations ayant "dérapé" vers son orientation sexuelle et la masturbation alors qu'il n'avait que 15 ans. "Du fait qu'il était extrêmement médiatisé et populaire, j'ai fini par rentrer dans son jeu", avait-il déclaré, selon des éléments alors rapportés par 20 Minutes.

Le second plaignant, qui s'est depuis désisté de sa plainte, avait de son côté raconté avoir été contacté en juillet 2009 par la société de production de Jean-Marc Morandini, via un site de casting, pour un projet de remake de Ken Park, film américain mettant en scène des relations sexuelles très crues entre adolescents. Pour les besoins du casting, il avait assuré s'être rendu au domicile de l'animateur, s'être déshabillé devant lui et dit avoir refusé de se masturber comme le lui demandait ce dernier. "Il voulait que je me masturbe devant lui. Il m’a dit que les gens qui avaient déjà passé le casting l’avaient fait et que, si je ne le faisais pas, je n’aurais pas le rôle. (…) Il me regardait comme si j’étais un bonbon", avait témoigné le garçon âgé de 16 ans au moment du casting

Jean-Marc Morandini dénonce un "lynchage"

Placé en garde à vue en 2016, l'accusé s'était défendu en assurant qu'il n'était pas informé de l'âge du premier plaignant et qu'il avait cessé toute relation avec le second dès lors qu'il avait appris qu'il avait moins de 18 ans. "On considère que l'infraction de corruption n'est pas constituée : il faut avoir eu le but de pervertir un mineur et c'est très difficile de savoir ce que recouvre exactement cette qualification", défend son avocate Me Corinne Dreyfus-Schmidt, qui assure que son client a "été victime d'un lynchage médiatique terrible" tout au long de ces six années d'instruction.

Partie civile au procès, l'association Agir contre la prostitution des enfants (APCE) dit, elle, attendre une réponse pénale "exemplaire". "Les jeunes sont particulièrement exposés lorsqu'il s'agit de métiers attractifs tels que des castings, dans lesquels ils sont en position de faiblesse", fait valoir Bérengère Wallaert, sa déléguée générale, dans un communiqué.

Fin 2016, cette affaire avait provoqué une crise ouverte à iTELE – l'ancien nom de CNews – dont l'homme d'affaires Vincent Bolloré avait pris le contrôle un an plus tôt. Pendant un mois, la rédaction s'était mise en grève pour protester contre l'arrivée à l'antenne de Jean-Marc Morandini qui venait d'être mis en examen pour "corruption de mineurs". Le mouvement s'était soldé par le départ de près d'un tiers des journalistes de la chaîne d'information. Dans une tribune alors adressée aux grévistes, l'intéressé avait demandé de le "laisser travailler", arguant de "la présomption d'innocence".

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Crédit photo : Geoffroy Van Der Hasselt/ AFP