préventionLutte contre le VIH : "Indétectable = Intransmissible", faites passer le message !

Par Anne-Laure Mignon le 30/11/2022
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À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida ce jeudi 1er décembre, il faut diffuser largement l’équation "I = I", c'est-à-dire "Indétectable = Intransmissible". Un message essentiel à la fois pour la prévention du VIH et dans la lutte contre la sérophobie.

Vous avez peut-être déjà entendu cette formule en anglais. "U = U", pour "Undetectable = Untransmittable". Ce qui donne en français "I = I", soit "Indétectable = Intransmissible". Concrètement, cette équation traduit que lorsqu’une personne séropositive au VIH est sous traitement, sa charge virale devient indétectable, tant elle est faible dans le sang. Si faible que le virus est alors intransmissible à l’autre. Une avancée scientifique qui date déjà de plusieurs années, mais qui peine encore à se faire connaître des non-séropos. Raison pour laquelle il faut impérativement contribuer à passer ce message de prévention. 

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Minute scientifique. Aujourd’hui, lorsqu’une personne apprend qu’elle est séropositive au VIH, elle se voit directement prescrire un traitement antirétroviral dans le but d’empêcher le virus de se multiplier, de bloquer son évolution et de diminuer la charge virale – soit la quantité de virus – dans le sang et dans les fluides. Plus on est diagnostiqué et traité tôt, plus vite la charge virale devient indétectable (inférieure à 50 copies/ml) dans le sang – elle est considérée comme intransmissible dès son passage sous la barre des 200 copies/ml.

"Aujourd’hui, c’est le cas après 4 à 6 semaines de traitement en moyenne, explique Michel Ohayon, directeur médical et fondateur du 190, centre de santé sexuelle situé à Paris. Au bout de six mois de charge virale indétectable, on parle alors de Tasp – pour Treatment As Prevention, "prévention par les traitements" –, ce qui signifie qu'aucun risque de transmission du VIH entre partenaires sexuels n'est plus encouru. Le port du préservatif ne s’impose donc plus pour s'en prémunir.

Un fait scientifique incontestable

Mais est-ce qu’on est bien sûr de ça ? Absolument affirmatif. "De nombreuses études scientifiques – menées sur plusieurs années – attestent ce résultat, rassure le médecin. En plus, par précaution, on attend généralement que le résultat de deux prises de sang soit inférieur à 50 copies/ml avant de qualifier une personne d’indétectable". Pour le rester, il faut bien sûr que la personne séropositive suive correctement et régulièrement son traitement (doses prescrites et consignes de prise), que celui-ci soit adapté, et qu’elle ait un bon suivi médical. Quid du scénario où l'on oublierait de pendre son médicament ? "Oublier une fois de temps en temps, ça ne change rien, on restera tout de même indétectable, souligne Michel Ohayon. À condition bien sûr de ne pas l’oublier cinq fois par semaine".

Autre idée reçue, la survenue d’une autre infection sexuellement transmissible (IST) pourrait modifier voire augmenter la charge virale du VIH, et donc amoindrir l’effet protecteur des traitements. "Faux, faux, faux, martèle le médecin. On peut avoir dix-sept IST, cela ne changera rien à l’intransmissibilité". En revanche, question santé sexuelle, Michel Ohayon rappelle qu'il faut continuer à se dépister des autres IST, au rythme d'une fois tous les trois mois lorsqu’on a plusieurs partenaires sexuels. 

"Savoir qu'ils ne risquent pas de transmettre le virus, c'est pour eux une avancée fondamentale."

Michel Ohayon, directeur du centre de santé sexuelle 190.

Cette intransmissibilité est une avancée scientifique majeure. Une libération. Notamment dans la sexualité des personnes séropositives. "On parle de gens dont la vie a été bouleversée par une conséquence de leur sexualité. Savoir qu’ils ne risquent pas de transmettre à leur tour le virus, c’est pour eux une avancée fondamentale", décrit le généraliste. Dans leur vie intime mais aussi dans leur vie sociale, puisque l'information concernant leur indétectabilité peut les délivrer de nombreux préjugés en rapport avec les risques de contamination.

Indétectable = intransmissible, à répéter largement

Il reste désormais un bon bout de chemin à faire pour que cette information I = I soit connue de tout le monde, et que diminuent la sérophobie et les discriminations liées à cette ignorance des questions portant sur le VIH. Qu’elles concernent le travail, l’accès à certains soins, comme les soins dentaires ou funéraires, ou plus globalement les discours. "Aujourd’hui encore on peut entendre des discours du style ’il y a quand même tout ce qu’il faut pour se protéger donc ceux qui l'attrapent…'", déplore le professionnel de santé.

Une ignorance qui existe au sein même de la communauté gay. Dans une vidéo publiée en mai 2021, le mannequin séropositif Yassin Chekkouh témoignait à ce sujet : "On pourrait se dire un peu naïvement que les gays sont plus ouverts sur le sujet, mais c'est complètement faux. Les pires insultes que j'ai reçues venaient de personnes gays". Alors, on rectifie le tir, et on passe le message à son voisin !

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Crédit photo : exposition "VIH/sida, l’épidémie n’est pas finie !" au Mucem de Marseille