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interview"La beauté ne compte pas pour moi" : dans la salle de bain de Mahaut Drama

Par Florian Ques le 02/04/2025
Mahaut Drama, dans sa baignoire

[Interview à retrouver dans votre magazine têtu· du printemps] La Drama Queen du stand-up, passée de France Inter à Quotidien, vient de publier son premier livre, Que jeunesse se passe, aux éditions Robert Laffont. Une autofiction : Mahaut Drama vient d'avoir 30 ans.

Photographie : Audoin Desforges pour têtu·

  • C'est ici que tu répètes tes chroniques et tes spectacles ?

Non… En revanche ici je fais un truc un peu insupportable. Quand je prépare quelque chose d'important, je me regarde dans la glace et je me répète à haute voix : "Tout va bien aller, c'est une très belle journée, tu es belle." Et je pense que ça marche !

  • C'est quoi ton secret pour te sentir fraîche ?

J'adore porter l'odeur très capiteuse du parfum Shalimar de Guerlain, c'était celui que portait ma grand-mère. Je brosse aussi impérativement mes sourcils. Et enfin, c'est con, mais un petit coup de rouge à lèvres, ça prend une minute et ça fait la différence.

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  • C'est un peu ta marque de fabrique ! D'ailleurs, on s'attendait à tomber sur une vaste collection de rouges à lèvres, mais en fait tu n'en as pas tant que ça…

J'en mets depuis mes 12 ans, j'adore ça ! Au lycée, mes potes m'offraient des Chanel ou des Dior à chaque anniversaire. Mais en vérité, le seul qui est vraiment bien, c'est le sans transfert mat, couleur 94, de Sephora. Les drag queens le valident.

  • Tu es capable de sortir sans rouge à lèvres ?

Depuis quelques années j'arrive à sortir sans maquillage, mais ce n'est pas mon kif ultime. Si je retrouve mes amis au café sans rien sur le visage, c'est presque un symptôme de dépression. J'aime vraiment être apprêtée et me sentir jolie.

  • Tu es dure avec ton image ?

Au collège, les gens me disaient que j'étais grosse, ce qui, dans leur bouche, signifiait moche. Mais moi, quand je me regardais dans le miroir, je ne voyais pas en quoi j'étais laide. (Rires.) Ok, j'étais ronde, mais je me trouvais bien proportionnée. Le stand-up m'a beaucoup aidée à m'accepter mais, dans le fond, je pense que j'ai toujours porté un regard juste sur moi-même, sans adoration ni dégoût. En revanche, c'est vrai que mon visage est toujours trop gonflé le matin. Catherine Deneuve demandait à ne pas jouer avant 15 h, le temps que le sien s'affine : elle a tellement tout compris.

  • Dans ton livre, Que jeunesse se passe, tu racontes plusieurs amitiés fortes avec des hommes gays ou queers. Ce sont eux qui t'ont aidée à embrasser ta pansexualité ?

Je dirais qu'ils m'ont toujours fait me sentir normale. Je suis aussi tombée amoureuse de plein de garçons qui se révélaient être homosexuels, c'était comme une malédiction. Je me suis demandé si je n'étais pas un homme gay enfermé dans un corps de femme. Pour qu'une personne m'intéresse, il faut une connivence, une complicité. Mais la beauté ne compte pas pour moi, je suis même sortie avec des personnes reconnues pour leur laideur. (Rires.) Ma petite sœur est lesbienne et masc, donc je suis contente d'avoir pu évoquer ma sexualité avant elle. Ça a pu l'aider à comprendre que c'était ok de s'accepter et d'en parler.

  • Chez toi l'amour ne rime pas avec exclusivité…

J'ai vite compris que ma nature profonde était de séduire et de ne pas m'empêcher d'aimer. Mais je ne veux pas l'imposer. C'est terrible quand l'autre l'accepte simplement par amour. Après il faut un cadre, bien sûr ! Avec la personne avec qui je suis aujourd'hui, c'est simple : tu te protèges, tu ne dragues pas quelqu'un devant moi, tu fais le nécessaire pour ne pas provoquer d'attachement avec une autre personne. Pas de deuxième rendez-vous, quoi.

  • Justement, tu as une routine beauté pour te préparer avant un rendez-vous ?

Du mascara, un trait d'eyeliner, un coup de parfum, de la musique en fond et beaucoup de rêves. Dans ces moments-là, je suis l'héroïne de mon propre film ! Comme dans la chanson de Nougaro : "Sur l'écran noir de mes nuits blanches, moi je me fais du cinéma…" En rêvant ta vie, tu ne fais de mal à personne.

  • Finalement, est-ce que ton maquillage ce ne serait pas… l'humour ?

Oh waouh, quel poète ! (Rires.) Je ne cache pas un clown triste. C'est juste une façon d'être au monde : l'humour est un liant si facile. Je me méfie des gens qui n'en ont pas. Et de ceux qui mangent du boulgour, mais c'est une autre histoire.

  • L'indispensable de ta salle de bain, c'est donc le rouge à lèvres ?

Tout à fait, avant même la brosse à dents !

  • Et l'objet le plus intime qu'on peut y trouver ?

Mes pots de paillettes et de strass. Si je t'en donne, c'est comme si je te donnais une petite partie de moi.

  • Ça change ! Le Filip nous avait parlé de sa poire à lavement…

Ah mince, je n'ai pas de poire à lavement. Déçu ? Mais j'ai une crème pour les hémorroïdes. Tu as déjà essayé d'en mettre sous tes yeux pour faire désenfler les cernes ? [Les médecins déconseillent, ndlr]

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