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portrait"Drag Race France" : Raphaël Cioffi, éleveur de reines

Par Florian Ques le 25/06/2025
Raphael Cioffi

[Rencontre à retrouver dans le magazine têtu· de l'été, ou sur abonnement] Producteur artistique de Drag Race France, Raphaël Cioffi se félicite d'avoir initié une émission qui donne autant la voix à la communauté LGBT+ sur une chaîne du service public.

Photographie : Audoin Desforges pour têtu·

À quoi ça tient un succès télé ? "J'avais fait en 2017 un PowerPoint pour vendre la scène drag française aux producteurs de RuPaul's Drag Race, retrace Raphaël Cioffi, producteur artistique de la version française de la franchise née aux États-Unis. À l'époque, il n'en y avait pas encore de déclinaison à l'international." L'idée lui était venue dans le sillage de La Manif pour tous : "On était tous traumatisés par cette violence. Mais pendant ce temps, malgré tout, les drag queens nous faisaient sortir de chez nous avec des shows positifs. Il fallait absolument montrer ça." Convaincu que cette positivité cathartique ne peut que faire du bien à la société, Cioffi prend alors son bâton de pèlerin et peaufine son argumentaire : "Le drag n'est pas un art que les gens n'aiment pas, simplement un art que les gens ne connaissent pas."

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Cet été, Drag Race France, lancée en 2022 sur France 2, diffuse sa quatrième saison, sa première édition All Stars, où d'anciennes candidates mémorables du programme viennent prendre leur revanche. Aux premières loges, Raphaël Cioffi : "C'était un peu les Avengers du drag, je me suis pris une énorme claque pendant tout le tournage, raconte-t-il dans un mélange de fierté et de jubilation. Les fans doivent s'attendre à des montagnes russes… où personne n'a bouclé sa ceinture !" Mais hors de question de laisser filtrer quoi que ce soit : même la liste des candidates est classée secret défense.

Le producteur est la pièce maîtresse de cette machine bien huilée qu'est aujourd'hui Drag Race France. C'est à lui de veiller à ce que le cahier des charges soit respecté, que diffuseur et producteurs soient satisfaits et – primordial ! – que les queens prennent leur pied. Il écrit le programme, conçoit les épreuves, veille minutieusement au déroulé de chaque épisode… Longtemps auteur chez Canal+, Raphaël Cioffi sait faire rire les téléspectateurs : il a écrit pour les bulletins météo de Charlotte Le Bon dans Le Grand Journal, pour les cultissimes Catherine et Liliane dans Le Petit – et a longtemps collaboré à têtu· pour des interviews iconiques.

À l'origine, il y avait le drag

Si le drag c'est gay, l'émission ne doit pas s'adresser qu'à la communauté, et le producteur tient à son objectif fédérateur : "Il faut toucher autant mes potes queers à Paris que mes parents à Bordeaux." Ces derniers ne loupent d'ailleurs aucun épisode, le but semble dont atteint. "Au début, ils ne comprenaient rien à ce que je leur racontais, s'amuse Raphaël Cioffi. Maintenant ils en parlent avec leurs voisins. C'est un bon curseur pour déterminer le rayonnement de l'émission. Ma mère est tellement à fond qu'elle m'a déjà écrit le lendemain d'une élimination pour me dire qu'elle n'était pas contente !"

"Je dis souvent que c'est notre Mondial de foot sauf que nous, on met un but toutes les minutes."

Pour lui, Drag Race France n'est pas une émission comme une autre, tant son propre parcours s'y reflète. "J'ai grandi dans un autre genre de théâtre : une pizzeria, développe-t-il. Oui, on est une famille italienne… Je n'ai pas toujours combattu les clichés !" Il estime avoir eu une enfance heureuse, mais quand il prend conscience de son homosexualité, c'est la panique : "Être gay, c'était synonyme de danger. Alors je ne faisais rien. Mais ça engendre de la solitude." À l'âge de 25 ans, après une rupture amoureuse où il perd pied au point de ne plus se reconnaître, il craque et fait son coming out à ses parents. "Ça s'est très mal passé", résume-t-il sans s'épancher sur le sujet. Aujourd'hui, il a 42 ans, et ses parents suivent toutes les aventures de ses queens.

En famille, au bar, on ne cesse de lui parler de Drag Race France. Bien sûr, il trouve géniale la multiplication des viewing parties. "Je dis souvent que c'est notre Mondial de foot sauf que nous, on met un but toutes les minutes, blague le producteur. Plus sérieusement, j'aime que l'émission ne soit pas une ligne d'arrivée mais un point de départ à d'autres choses." Il s'enthousiasme surtout devant le boom des "baby drags", à qui les queens de Drag Race France ont pavé le chemin en talons hauts. Mais sa plus grande fierté, c'est la place qu'a prise l'émission dans le débat public : "À chaque débat sur les sujets LGBTQI+ à la télévision, on a un détracteur en face d'une personne de la communauté. On n'est jamais dans une position de prise de parole mais toujours de justification de notre existence. Avec Drag Race France, on ne montre pas un monde qu'on a envie de créer mais un monde qui existe." Coco, cocorico !

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